‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 45 sur 152 · Eglise gallicane, II, cti. m, manuscrit · texte numérisé non relu

Eglise gallicane, II, cti. m, manuscrit

rite pontificale, et il ne se montra ni bien instruit, ni bien sincère •.

Un des adversaires les plus connus du gallicanisme, c'est Roccaberli, mais quoi? sa diatribe contre la déclaration de 1682 contient 3 volumes in-folio, et, si ■enflammé que l'on soit contre le gallicanisme, on y regarde à deux fois avant de s'engager dans une pareille lecture.

J. de Maistre l'avoue : «■ Je n'ai point lu ce livre, dont la masse était, ce me semble, le plus grand défaut; car il était du reste fort aisé d"avoir raison contre la déclaration 2 ».

Les historiens de la papauté qu'il faut suivre, ce sont : Baronius, Pagi, Le Cointe, Marca. Thomassin, Muratori et Orsi. Mais Orsi tient lieu de tous les autres : ainsi Marca est cité quelque part d'après Orsi, Baronius également {Pape, 11, ch. vi). Quoi d'étonnant? « On peut voir, dit J. de Maistre, tous ces faits détaillés dans l'ouvrage du cardinal Orsi, qui a épuisé la matière. > (Pape, II, vi.)

Il semble donc que l'ouvrage dOrsi ait été la source principale de l'érudition de J. de Maistre. Comment en douter, lorsqu'on le voit s'applaudir naïvement de l'avoir lu : « Combien d'hommes aujourd'hui, s'écrie-t-il, ont la

1. Le lazariste Soardi fit paraître à Avignon un livre dédié au pape Benoît XIV : De Suprciiia Pontificis auctoritatc, hodicrna Ecclesiae gallicanae doctrina (lin de 1747). Ce livre ayant été imprimé à Paris en 1748, le Parlement ordonna (arrêt du 25 juin) la saisie de tous les exemplaires.

2. Église (jailicanc, U, ch. vni, p. 194. — Au Parlement. Tavocat général, M. de Lamoignon, dans son réquisitoire, disail ■■ que les trois volumes de Roccaherti sont si mal digérés, que les propositions, qui y sont avancées sans être prouvées, sont si absurdes par elles-mêmes. .. (|u"elles ne méritent aucune réfutation ». Un arrêt du Parlement en date du 20 décembre lODo interdit en France la vente de cet ouvraa».

LES SOURCES Df •• PAPE 63

l'oiTO (lo liiv» (jiiairo voliinios in-f|iinrl() do suito, et <|ii;ilr(' voliiiiics t'ciils ni hiliii ». Orsi seul :i i-aison; Orsi doit rlrr cru, toiijouis cl parloiil. Bossuol est condaniiK' sans (Mit cnlciidii, mais Orsi l'a dit.

Orsi, dominicain. Inlur cardinal, a écrit en latin (1739 et 1740) et en italien (1741) sa réfutation de Hossuet : De irreforinabili rom. Ponl. in définie iidis fidei controversiis judicio. Cet ouvrage a été réfuté ex-professo par le cardinal de la Luzerne, dans son livre Sur la déclaralion de rAssemblée du clergé de France en 1682 (1821). La Luzerne avait composé son livre pendant l'émigration, vers 1813, et d'abord il résolut de ne pas le publier jjour ne pas engager une polémique inutile sur les principes gallicans; mais, en 1821, il changea d'avis, après l'apparition du Paj)e '.

La Luzerne suit Orsi pas à pas, le confronte avec Bossuet, et contre les ultramontains ('lablit vigoureusement la doctrine du concile de Constance, renouvelée à IJAle et reconnue à Florence.

Zaccaria est, avec Orsi, la source ordinaire où J. de Maistre a puisé. Le Jésuite Zaccaria, né en 1712, dans le Milanais, fut un historien, un philologue et un théologien de grande réputation. Mêlé à toutes les controverses ecclésiastiques, il fut appelé à Rome par Pie VI, qui plus d'une fois le chargea de répondre aux ennemis du saint-siège. J. de Maistre a lu son Anli-Febronias, qui est la réfutation d'un ouvrage paru en 1763 à Francfortsur-le-Mein, sous ce titre : Febronius Juslinus Iclus, fde

\. Ce livre in-8 (405 p.) est divisé en trois parties : 1° questions diverses (orif:ine de répiscopal, nature du fiduvernement de TK^Iisc, (•(inciles j;éni'raiix, etc.); 2" discussion de l'inl'aillihilité d'aprcs les textes dt» rKcrilure invo(|ucs par les ullrauiontains; 3" examen de la même cpiestion d'après la tradition, (•"est-à-dire l'auturité des docteurs et les faits.

statu Ecclesiae et légitima potestate Romani Pontificis, liber singularis ad reuniendos dissidentes in religione christianos compositiis '.

L'auteur de Febroniiis était le baron de Hontheim, évêque in parlibus de Myriophyte, suffragant de l'électeur de Trêves. Le livre fut mis à l'index (décret des 27 février 1764, 3 février 1766 et 3 mars 1773), et l'auteur se rétracta (1778).

Le Febronius. traduit deux fois dans notre langue ^, n'obtint cependant pas un grand succès auprès des théologiens français. En 1775, le prince Clément-Wenceslas de Saxe le dénonçait au clergé de France assemblé; le clergé refusa de s'en occuper, parce que l'assemblée touchait à la fin de ses délibérations, et aussi parce que « cet ouvrage est à peine connu en France d'un petit nombre de théologiens, et que, loin d'y avoir aucune autorité, il passe, parmi ceux qui le connaissent, pour favoriser les opinions nouvelles, pour être inexact sur les objets de la plus haute importance, et surtout pour s'écarter du langage dont le clergé s'est toujours fait une loi, lorsqu'il a été dans le cas de s'expliquer sur la primauté d'honneur et de juridiction qui appartient au successeur de saint Pierre, et sur l'autorité de l'Église de Rome, centre de l'unité, et mère et maîtresse de toutes les Églises ^ ».

\. Une deuxième édition avec des appendices parut en 1763; une troisième en 1773, comprenant o volumes.

2. La première traduction est anonyme et a pour titre : Traité du qouvernement de l'Église et de la puissance du Pape (1766, in-4, et 1767, 3 vol. in-12); Tautre, abrégée, fut faite par un prémontré, le P. Lissoire, sous ce titre : De l'État de l'Église et de la puissance légitime du pontife romain (1766,' 2 vol. in-12).

3. Mémoires du clergé, année 1775, p. 870. — ho Liber singularis était plus célèbre chez les autres peuples : en Espag-ne. dit le futur cardinal Caprara, il servait •■ décode à la cour et à la nation »; en Porlufral il fut publié en latin ot on portug-ais; à Vienne,

LKS SOURCES Dl' •• PAPE . 6î)

I,;i iN'InlaliDii du Febronius par \o P. Zaccaria a Ion jours •'•II' (Ml i^'i'aniic favour auprès des apoloi^nslcs ultrainctulaiiis; cl lorsque, eu iMilS, un clLiiioiiic de liciiiis. A. i'cllirr. aiiiioii(;n le projet de li'aduire VAnti-Fchronius. ï\ lui (((iiiplinienh' en ces ((M'mes par Doni Prospcr (juéraMi,'er, n\>\>r de Solesnios fl2 mars 1H;)8) : « Je suis lieui'cux autant (juc ic puis lèlre de vous voir donner vos soins à une traduction do VAiili-Febronius. C'est là un livre excellent de tout poitd, et sur letpiel il n"y a rien à ménager. Toutefois, votre traduction, pour être complète, devra s'étendre jusqu'à VAiili-Febronuis vindiadus, dans le(]uel il y a un monde de choses importantes et un comi)lément indisi)ensable. Zaccaria est un des homniQs les plus forts, et en même temjjs les plus d('-voués ((u'ait jamais eus l'Ég-lise ' t.

J. de Maistre fut un grand lecteur de l'Anli-Febronius et de VAnli-Febroidus vindicalus; une bonne partie de son ('•rudition en fait de théologie et d histoire ecclésiastique lui vient de ces deux livres, comme on peut le voir dans les Fragments inédils de Joseph de .Maisire, cjui sont en l('le de r«''dilion du Paju' apparlenaid à la (■f)llection des lions livres. On nous y présiMite le futur auteur du Pape notant d'après Zaccaria « rimmcnse quantité de docteurs, théologiens et jurisconsultes (jui ont soutenu la puissance du pape sur les rois directe ou indirecte* », ou I l'iuiscrivant un passage de Zaccaria relatif à l'élection lies pai)es et déclai'é' « reinar(inalde » '-.

TdO exciiii)iair('s en furent vendus on nmins d'un an; en Alleiiia.uiie il était rite dans l(■^^ ccolcs et faisait autorité dans le conseil des princes (cf. G. Gitynu, rAllciiuujiic rclitjieusc, le cutliulicisntc, t. I. p. U-IS).

1. L'.iiili-Fi'hronins (en italien), parut en 1708 (2 vol. in-t) et 1" iiili-Febriiiiiiis viiulirndts (en latin), parut en 1772 (i vol. in-.S) : l'auteur n'Iutail llniillieiin et Tun (\o ses défenseurs. Tticodonig a h'alud,-.

2. Celte transcripliiin dis nnle-^ de J. de Moistre ahonde en

Nous allons montrer, par un exemple, que de Maistre n'était pas à labri de V erreur, même après avoir consulté Zaccaria. Il s'agissait d'établir que la fameuse lettre de 1693, adressée par un certain nombre d'évèc(ues français au pape, comportait une rétractation de la Déclaration de 1682. De Maistre écrivait (texte du Ms.) :

Non seulement le pape exigea une rétracta Lion formelle de la part des évêques nommés qui étaient au nombre de 37, mais il envoya lui-même la formule [Note : La lettre des évêques qu'on lira tout à l'heure itarait évidemment écrite en Italie. Je ne crois pas qu'aucune oreille vérKablement latine puisse en douter. 11 y a un exemple semblable dans la lettre qui fut écrite dans l'affaire du jansénisme par les quatre évêques réfractaires, et qui amena ce qu'on appelle la paix de Clément XI. Mais ici la chose est évidente, et quiconque en doutera peut être sûr qu'il no sait pas le latin. — L'abbé Zaccaria, (pii travaillait à Rome sur les originaux, ot dont la ])robité n'était pas plus douteuse que la science, affirme que la lettre au pape Innocent Xil fut souscrite par plus, de 80 évêques J'rançais (Anti-Febroniiis viiidicatiis, in-8", t. II); peutêtre qu'outre les 37 évêques nommés, les autres évêques titulaires qui avaient formé l'assomblée délibérante de 1(382 signèrent aussi pour compléter la rétractation. Rien ne paraissait plus raisonnable. Rome pourrait faire connaître la vérité sur ce jjoint de fait, <pi'on peut.au reste ignorer sans inconvénient.] — et il exigea que la lettre lui fût adressée par chacun des évêques en particulier; et c'est ce qui fut exécuté. Les évêques disaient donc au pape dans celte lettre :

Autant l'oubli de nos devoirs nous a rendus grievenient coupables envers votre autorité, autant nous sommes aujourd'hui empressés de nous prosterner aux pieds de Votre Sainteté pour exprimer de notre propre mouvement et avec une pleine franchise l'ambre douleur dont nous sommes pénétrés dans le fond de nos C(eurs, à raison des choses (jui sa sont passées dans l'assemblée {de J(!S-J). et qui ont souverainement déplu à r. S. ainsi qu'à ses prédécesseurs. En consé(iuefice, si quelques points ont pu cire considérés comme décrétés dans cette assemblée sur la jtuissance ecclésiastique et sur l'autorilé pontificale,

fauU's l\ |)(ii:i;i|ihi(iues : pernutno, au lien de persuasio; erralio, au lieu (le crealio: (Uidriani, au lieu de liadriani; le cardinal de Uilly, au lieu (le lii.^sy. etc.

LES SOURCES DU •• l'.M'E . 67

nuits les Iciioiis jniiir non dérirlcs cl nous déclarons (jints doivent cire regardes comme tels.

[Ao/(," : (Juarn graviloc in vestram ;iii(-lorilalciii, offlcii iioslii miiiioinorcs, deli<[uirnus, lam liljcro jn-ofilemur, et aitt'iic ilci'laïamus nos veliomenlor ([iiidcm cl snpra omiic id quod di«i polcst ex corde dolerc de rébus ijoslis in coniiliis itrao diclis qiiae Sanclilati Veslrae cl ojusdeni praecessoril)iis siinimoiiere disjjlieuerunt; ac proinde quiiifiiiid in iis coniiliis circa ecclesiasticam polcslatcni, pontiliciani auclorilaleni decrctuni censeri i)oluit, jiro non dccrelo liajjemus el habendum esse declarajnus (Zaccaria, Anli-Fcbronius vindicalus, lonic II.) I

.\. B. — La première plirase de ce désaveu (Hanl un peu dure jtour i'amour-propre même repenlant, on ne crut pas comnieltre une énorme laisificalion, en adoucissant un peu ce dél)ut iiurniliant dans les copies qui circulèrent en France. On imprima donc ainsi : « Ad pedes sanctitalis veslrae provoluti, j)rofitcmur ac declaramus nos vehemenler, etc. (Feller, Joiirn. Itist. el liltcr., ]"' février 1792, p. 174; 15 seiitcmbre 1791, p. 039). Il peut se faire aussi que la prudence et la délicatesse connues de l'abbé de Feller l'aient eni^airé lui-même à faire ce changement, à une épO(|uc où chacun était encore à sa place. Sur ce point, je n'ai (jue des iirésomplions.

La question est capitale : gallicans et ultramontains ont bataillé autour de cette lettre de 1693; aujourd'hui Mirme, après tous les documents nouveaux publiés par -M. (iérin^ ou par M. J.-Th. Loyson-, une opinion ferme ne s'est pas encore dégagée. Nous n'en voulons donc pas à J. de Maistre de n'avoir pas apporté une solution à ce problème particulièrement délicat; nous n'exigeons même pas qu'il ait fait les recherches qui ont permis à M. Gérin ou à M. Loyson de nous révéler des faits nouveaux; mais il est regrettable qu'il ait suivi Zaccaria les yeux fermés, si l'on peut dire, et qu'il ait aussi complè-

1 . Hcclicrcltcs liisloriiiiies sur l'assemblée du clenjé de l-'rnnce de HiS-J, iSCi'.», in-S, r)7l |).

2. L'Assemblée dn clcnjé de l-'rance de tiiS'J, IS7(I, iii-S. ."toO p. — Cl' livre osl une rcfululiou du prccédenl.

tement que possible outragé la vérité, telle quun érudit consciencieux pouvait la dégager en 1817. Zaccaria s'est trompé sur la teneur même de la lettre : jamais les prélats français n'ont souscrit cette phrase humiliante : « Autant l'oubli de nos devoirs nous a rendus grièvement coupables envers votre autorité... ». En 1693 il circula quelques copies fort altérées de la lettre des évêques; Juricu, entre autres, en publia une dans laquelle les prélats reconnaissaient avoir agi conlra ecclesiam; mais la fausseté en fut démontrée aussitôt'. L'énorme falsificalion imaginée en France pour adoucir un peu le début trop humiliant n'a jamais existé que sous la plume des historiens mal renseignés. Car le texte vrai se trouve dans plusieurs écrivains contemporains, de différentes opinions, Fleury et d'Avrigny, par exemple.

Enfin le texte même de la lettre ne permet pas de reconnaître comme authentique le début humiliant que Zaccaria et J. de Maistre lui supposent. Voici comment elle finit :

« Praelerea pro non deliberato habemus illud quod in praejudicium jurium ecclesiarum deliberatum censeri potuit. Mens quippe nostra non fuit quidquam decernere et ecclesiis praedictis praejudicium inferre -. »

Zaccaria s'était bien gardé de citer cette fin; car il aurait été évident que des expressions d'excuse, telles que celle-ci mens quippe nostra non fuit, ne se seraient pas rencontrées dans une même lettre avec une confession aussi énergique que le graviter deliquimus.

J. de Maistre, averti par G. -M. de Place, se résigna à

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