Cf. d'Avripiiy, Mcinoircs chroiiohriiqncs, annéo
2. •■ En milre, ikiiis tenons |)nur non di'liljén' ce ([ui a pu être censé délil)éié au ])réjudice du dmit des Kiilises. Car noire pensée n"a pas été de décréter quoi que ce soil ni de porter préjudice aux susdites l-^i; lises. »
LKS SOIHCES DU •• l'AI'E . 09
ff'lnhlir le vrai toxlc <lu (léhiil cl,e la lellre, sans jtourhml donner cclIc-ci Idul cnfièi'c, pni'cc <\\U' la dernirre plii'aso ne lui scniMnil pas assez liuniiliaiilc. Il siiiiprini;! h' hMnoiiifnatJ:^ tic conlianc<> qu'il avaif si iniprudcinnicnl ;i('i'r»i'd(> à Z:ici-aria, « «pii lra\aill;iil à l'utnic sui- les ()l'it,'iuau\. cl doid la piiil>ili'- n'i'lail [las plus doniciisi' que la science » ; il lit aussi disparaître cette; injure gratuite faite à rhonn(Meté de Feller, qu'il jugeait h'-gèrenient, et qu'il supposait capaldc de faire passer la prudence et la dclicatesse avant la vérit*'-. .Mais il était loin de venir à résipiscence, car il faisait [)récéder la lettre de ces réflexions :
« Non seulement le pape exigea une rétractation formelle de la part des évèques réunis, mais il paraît que la foiinule decette rétractation fut i-édigéeà Rome. Sans doute <piil y eut à cet égard une infinité de [)onrparlers, d'additions, de retranchements, de variations, d'explications, comme il arrive toujours dans ces sortes de cas; cependant les expressions dont on convint enfin définitivement ne présentent pas la moindre tournure française même à l'oreille la plus latine, tandis que dans les trois autres formules que nous a conservées P^Ieury (et qui néanmoins expriment absolument les mêmes choses) le gallicisme perce d'une matiière assez sensible. Au reste il importe peu de savoir où, et par qui, la dernière rédaction fut arrêtée : il suffit de rappeler que la lettre de rétractation fut écrite, et adressée au pape par chacun des Évèques signataires, comme il l'avait exigé. »
On est édifié, maintenant, sur la {M'écision, mieux encore sur Timpartialité de J. d(^ Maistre, toujours aveuglé par la passion. Egaré jjar Zaccaria, dans lequel il avait une absolue confiance, il était exposé à nKUKjuer souvent la véi-itable voie.
JûSEl'H DE MAISTKE ET LA l'APAUTE.
Les sources allemandes de J. de Maislrc ne nous retiendront pas longtemps. Car l'auteur du Pape ne les a pas pratiquées directement, et son fils Rodolphe lui traduisait les passages absolument indispensables. Il disait de la langue allemande : « Je la déchiffre assez difficilement, mais je suis extrêmement aidé par mes enfants qui l'entendent et la parlent couramment * ». Il n'a lu attentivement qu'un ouvrage écrit en cette langue : Der Triiimph der Philosophie im nchlzehnteii Jahrhunclert, dont il fait le plus grand cas : « L'action continuelle de l'esprit moderne s'y trouve détaillée, dit-il, avec beaucoup d'ordre et de clarté - ». Ce livre, paru en 1803, est un vaste répertoire de toute la littérature contre-révolutionnaire; les deux volumes dont il se compose sont bourrés de tous les documents qu'un adversaire des philosophes peut souhaiter; les textes y sont réunis avec une science très étendue et puisés à des sources très variées.
Mais la pensée allemande, telle qu'elle venait de se manifester à l'Europe dans la seconde moitié du xviii'' siècle et dans les premières années du xix", est profondément antipathique à J. de Maistre, et il ne iaut pas s'étonner qu'il ne doive rien ni à Kant, ni à Fichte,
1. Corrcsp., letlre du 25 mars 1820. — Cf. /</., t. III, p. 377.
2. Œuvres, t. YIII, p. 310, note. — L'ouvrape anonyme a été écrit par J. Kasp. Miillor et a paru à « Germantown, bei Eduard Adalljert Rosenlilatt ». Les deux volumes (XV, 071 p., et Y, 036 p.) complétcnl Proyart {Louis X\I dctrâiw avant cl\'tre roi, IS(IO), rectifient Barruel {.Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme. 1707, n. éd. 1803, 5 vol.) et tendent à réfuter Mounier {De l'influence nUrilniêe aux philosophes sur la Révolution française, Tubingue, 1801 , in-8, 2")0 p.).
LES SOIKCES DU " l'AI'i: . 1\
ni à Scholliiii,'. Il confond dans un r<,'al nirpris fous los |>liiloso|»Iics allemands; le |)lns grand do tous, Kant, ne lui cslcoiiiin (|in' par son interi)i'rte auprès des Français, \illiers, (pii i)uhliait en 1801 un livre inlitulé : PltilosoplUe de Kiml on principes fondamenlaux de la philosophie transcendantale, el encore, pour comprendre Mlliers, a-t-il consulté \' Edimburg lieview, qui a rendu, dit il, un cf)mpte très approfondi de son ouvrage et il se borne à constater que le fameux livre de Kant, la Critique de la raison pure, porte \\\\ titre ridicule '.
« Je lis beaucoup les livres anglais », disait J. de Maistre à l'un de ses admirateurs.
b'Angleterre. en effet, était dans l'Europe comme la fille aînée du protestantisme; c'est là que l'esprit d'opposition à l'unité catholique avait produit les conséquences les plus sérieuses, et, semblait-il, les plus définitives. J. de Maistre, qui ne cessa de guerroyer contre le protestantisme, et d'appeler de ses vo:'ux le retour de l'Eglise anglicane à l'obédience du pape, suivait de très près le mouvement d'idées, dont l'Angleterre fut le point de départ à la fin du wni' siècle.
L'Angleterre traversait une crise véritable : ce pays, qui depuis trois siècles avait conquis sa liberté, (jui pouvait passer pour l'école où l'Europe était venue apprendre le libéralisme et les droits de Ihonime. voyait tout à coup ses propres principes adoptés par la France, mais développés, portés à leurs plus extrêmes conséquences, et comme privi's du lest que le temps avait