‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 47 sur 152 · JlÀU'rcg, l. VIII, p. 2W-2i · texte numérisé non relu

JlÀU'rcg, l. VIII, p. 2W-2i

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déposé dans leur expansion : ces principes, dont un développement lent et régulier avait assuré en Angleterre les effets bienfaisants, éclataient en France avec un cortège de violences et d'attentats révolutionnaires. Aussi Faristoci-atie anglaise l'ut-ellc inquiétée dans la possession séculaire de ses privilèges : la liberté, elle la respectait, à la condition qu'elle ne s'accompagnât pas d'un enthousiasme facile à dériver vers les violations du droit; le droit de discussion, elle le maintenait inscrit dans sa constitution, à la condition qu'il ne tournât pas à l'ébranlement des assises sociales. Aussi les whigs furent-ils partagés d'opinion à l'égard de la Révolution française, et J. de Maistre ne pouvait détacher sa pensée des grandes scènes oratoires, qui se déroulaient au sein du Parlement anglais, et qui, parties d'un bill destiné à régler la situation de la colonie de Québec, se fixaient tout à coup de la manière la plus imprévue vers la France de 1790, et mettaient aux prises des orateurs de premier ordre, un Fox et un Burke.

Mais c'est surtout quand les écrivains anglais agitaient les différentes faces du problème religieux, que J. de Maistre les lisait avec passion. Le protestantisme, ayant transporté de la politique dans la religion le principe de la souveraineté du peuple, J. de Maistre étudie les effets corrupteurs de ce système : ici, c'est le D"" Beattie qui est directement visé ^ : ici les anecdotes du D' Williams King lui servent à jeter le ridicule sur tout le clergé anglican; ailleurs, les doctes auteurs de la Biblioihcqne brilannique ; ailleurs enfin Buchanan, Gibbon,

1. Papp, 11, ch. II, p. Kil. Le livre du D' BcnUic, Nature and Jiniiuilability of Tnilh [Nalurc cl iiitmiitahililt' di' la vrrilé) piiru on 177U, allpifinit sa liuiticmc ("ditidii eu 1S12; BcaUio osl aussi {"aulfiir des Preuves de la vérilé de la reliijioii chrélieiine (1788), ouvrage traduit en français (1823).

LES SiHUCKS l»l' •• l'AI'K . 1.]

II(»I)Ik's, Iliimc, William Joiu'S, \r faiialùnte Warburloii. d'aulrcs eiM-orc soni ril(''s. a|t|)nniv<''S ou n'-Cutr'S. 11 avait suivi avof, iiiliniinciil irinh'-nM, les puliiicalions de la s()ci(''l('' asiali([U(> de Calculla cf de ses priucipaux nifuil)i('s, NN'ilIiaui Joncs, sou fondalcui'. lîculloy l't (^laudius llncliaiiau. ('.elle socif'-h-, ci'é«''e ou ITsi. [KMK'ti'a dans le saneluaii-e do la rcliyiou et dans les archives dos adorateurs d(> Hraliuiah ; ell(> lit des découvertes aussi utiles à la science qu"au christianisme. Ses mémoires imprimés à (Calcutta et réimprinu'^ à Londres étaient lus assidûment par .1. de Maislre ', qui, si,ij;nalant les utiles travaux de l'Académie de (lalculla. dira dans les Soirées, (pie ï rKuroi)e doit des actions de grâce à cette société anglaise - ».

Mais c'est rinllucncc de Burke surlout qui est manifeste sur l'esprit de J. de Maistre. Ikirke n'est cité qu'accidentellement au cours du livre Du Pape; uiais, par d'au Ires ouvrages, on voit quelle admiration profonde .1. de -Maistre éprouvait pour l'homme d'État anglais. C'est à Hurke qu'il a emprunté son hypothèse ingénieuse, d'après laquelle une nation peut résister à un souverain, sans toucher à la souveraineté : Burke, en effet, avait soutenu que les Anglais avaient pu résister à Jacques II, sans porter atteinte au principe de la souveraineté, parce que Jacques II, par son apostasie, avait comme signé son abdication volontaire.

C'est dans Burke encore qu'il trouve l'un des symptômes les plus marqués du rapprochement entre le

1. Deux Miliiiucs, lijuluits (Ml rr;un,'ais. i)aniront imi 1803, avec (les ridlos de Dt'lamlirc, de Cuvier el de 1. angles. Sur W. Jones l'I les licclif relies (isùUiiiiu-s, voir les Arcliit'rs lilténiiiTs de ISOri.

2. T. !, p. IS:î; cf. id., \0.\, 2S2, elc. Cf. Lettres an ci. mie Jean l*(il(>cki sur la clininul()!:ie l)il)lii[uo ((^ùivr. ciiiiiiL. t. VIII, p. 101 u 12.J).

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pape et l'Église anglicane. Lorsque Thomas Payne publia sous le titre de Droits de Vhomme, une véhémente réfutation de Burke dans laquelle il défendait les doc-, trines de la plus pure démocratie, il reprochait à liurke « de faciliter aux Anglais le retour au catholicisme et de les conduire à l'infaillibilité religieuse par l'infaillibilité politique ». J. de Maistre note avec soin cette accusation, qui lie les doctrines politiques aux doctrines religieuses et il prend avec hauteur la défense du « vénérable » Burive : « Sans doute, s'écrie-t-il, ce grand patriote, ce grand écrivain, ce prophète célèbre qui devina la Révolution française, est coupable parce qu'il ne veut pas croire c[ue le peuple ait droit de voter dans les carrefours le renversement de la constitution; parce qu'il enseigne que la volonté réunie et légalement constatée des trois pouvoirs est un oracle à la voix duquel tout doit plier; parce qu'il croit que les Anglais sont liés par le vœu de leurs pères qui formèrent, qui acceptèrent , qui consacrèrent cette constitution , privant ainsi leurs successeurs du droit de la refaire et s'arrogeant insolemment ï infaillibilité. Burke est coupable, il s'approche de Rome : l'accusation est remarquable ' ».

La question n'est pas de savoir si J. de Maistre n'exagère pas la pensée de Burke, et si Burke lui-même interprète exactement l'esprit de cette constitution anglaise, dans laquelle Fox voyait la « reconnaissance des droits inhérents aux peuples, en leur qualité d'hommes ; de ces droits que nulle prescription ne peut effacer, que nul accident ne peut détruire - ». Ce qu'il faut retenir, c'est que J. de Maistre, grand lecteur des livres anglais, des papiers publics imprimés en Angle-

1. Hrjh'.cions ,^(//' /(■ ]ii'()lfxl<intisiitc, l. VIII, p. iiO.

2. Gilù par Villemnin, Tableau de la liltéraliirc fniiiniisr nu xviu" siècle, t. IV, p. VXi (iklil. de ISriS).

LES SOIRCKS Dl •• l'AI'K . 1Y>

tciTc, siirloni «le la Revue d'Edimboiinj et du (jnarlerly h'cvicii' , (•iii'('i,'-isli';iil sdii^iiciisi'iiiciil les h'-nioignages l'oiidtis à la |)a|)aiil('' cl à la souvcraiiiotr. |)ar une nation <|ni ('tail la Icitc classiquo dn libre o\am(Mi.

l'isl-il ni("Mii' cxccssir de pn-liMnlrr (pic le l'upr de .1. do .Miiistrc ne l'ail (juc développer celle athnirahle pi-roraison du discours que le grand orateur Krskine prononçait contre un antre livre de Thomas Payne, VAge de raison, violent pamphlet dirigé contre le christianisme? I^i'slvine disait : « Sous riuels autres auspices que ceux du christianisme les hbertés du monde, autrefois perdues, ont-elles été reconquises? Quel autre zèle que celui des chrétiens fervents a consacré les libertés anglaises? Et même, do nos jours, sous quelle autre sanction la liberté et le bonheur sont-ils répandus dans les régions les plus ('-joignées de la terre? Quelle œuvre de civilisation, (luelle grande communauté sociale cette sauvage religion de la nature a-t-ellejamais établie? Nous voyons, au contraire, les peuples qui n'ont eu pour se diriger d'autres lumières (jue celles de la nature, enfoncés dans la barbarie, ou esclaves sous des gouvernements arbitraires, tandis que sous la dispensation chrétienne, le monde avance lentement, mais toujours i)]us ('(•lairé à chaque pas, selon les prophéties de rÉvangiie, et marchant, je crois, pour dernier terme, vers un bonheur universel et éternel ' ».

I. Villeiiiiiin, Inr. cit., p. 24S. — Le livre III du Pape, qui traite (lu Pape dans son rapport avec la civilisation et le bonheur des peuples, débute ainsi : « Pour connaître les services rendus au monde par les souverains pontifes, il faudrait copier le livre anglais du docteur l{yan, intitulé : B'u-nfaits du christianisme ; car ces bienfaits sont ceux des Papes, le christianisme n'ayant d'action extérieure (pie par eux •■. L'auteur du Génie du cUristianisme aurait pu trouver l'auteur du l'ajif inj^rat à son endroit.

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Nous avfnis vu (l(''jà (oui ce (juc .1. de Maislre dul aux polémiques religieuses de Russie; nous nous contenterons ici de quelques indications complémentaires.

La partie la plus neuve et la plus intéressante de sa documentation a trait aux témoignages de l'Eglise russe, en faveur de la suprématie pontificale ', aux Observations particulières sur la Russie ^, enfin au livre IV, dans lequel il étudie les rapports du pape avec les Eglises nommées schismatiques. G. M. de Place ne cesse de s'extasier devant ces témoignages, et il va jusqu'à dire C|ue « si la loyauté de l'auteur ne lui était pas connue, il mettrait peut-être en doute certains faits ». A propos du premier chapitre du livre IV, il lui écrivait : « Ce chapitre renferme des observations d'une très haute importance, et rendues sensibles par des faits qui paraîtront bien extraordinaires ».

En effet, J. de Maistre était sur d'intéresser et de frapper par ces documents, qu'une amitié obligeante lui avait procurés. « Je vous recommande en grâce, par-dessus tout, monsieur, écrivait-il à G. -M. de Place, mon chapitre x du livre I. Il me paraît qu'il n'a point arrêté vos yeux. Cependant c'est une importation de la plus haute importance qui tombera en Russie comme une bombe et qui ne pouvait être mis dans le conmierce que par moi. Je dois ces inappréciables textes à une main féminine bien respectable. Ils sont écrits par le seul être des Etats du roi (jui entende l'csclavon ■'. »

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