Lettre inédite (du 20 au 23 juin 18IS
LES SOURCES DU " PAPE . il
\a's passMî^'cs cités, reproduits on caraclèrcs français, sont en slavon-russc on rnsse dl-^ij^lisc; M. Paul Boyer, l(? savant professeur de l'Eeole des langues orientales, a bien voulu nous dire que ces passages, sauf de siinp](>s fautes d'ini[)ression, sont exactement rapixjrlés'. iMais si les citations sont exactes, elles sont arrangées, c'est-à-dire que .1. de Maistre réunit souvent en une s(>ule phrase des fragments (pii, dans le texle cité, se répartissent entre plusieurs passages.
A titre d'exemple, on peut apporter ces paroles de saint .I(^an Clirysostome, re[)roduites en slave dans un livre rituel de l'Église russe, intitulé Prolog : « Dieu dit à Pierre, vous êtes Pierre, el il lui donna ce nom parce (pic sur lui, comme sur la pierre solide, Jésus-Christ fonda son Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle; car le créateur lui-même en ayant posé le fondement qu'il affermit par la foi, quelle force pourrait s'opposer à lui? » Ce texte se trouve bien dans le Prolog, à Toffice du 29 juin, mais les phrases reproduites ne se suivent pas ^.
L'entrée de la Russie sur la scène théologiciue de l'Occident était un coup de théâtre. Comme il le disait dans un passage supprimé du manuscrit : « Parmi toutes les Eglises photiennes, aucune ne doit nous intéresser autant que rÉglise russe qui est devenue entièrement européenne, depuis que la suprématie exclusive de son auguste chef l'a très heureusement
1. Nous no saurions trop rcmorcicr l\'mincnL profosscnr, ([ui s'est mis à noire disposition avec une parfaite complaisance.
2. Pajic, 1, eli. X, p. 84. — De plus, ,1. de Maislre paraît s'être laissé influencer ici par le texte de la Vuigate, Multh., XVI. IS, plutôt (|u'il n"a traduit le l(>xte slavon-russe. Il dit : ■< les portes de renier ••. al(KS (]iie le texle slavon-russe dit : •• les portes de la nuit ".
78 JOSEPU DE MAISTRE ET LA ['APAUTE.
séparée pour toujours des faubourgs de Constantinople ». Cette nation, qu'il appelle, dans une note également supprimée, « la plus mystérieuse des nations », il nous la montrait, dans la classe la plus mystérieuse de la plus mystérieuse des nations, dans ses prêtres et ses théologiens.
11 venait nous exposer le conflit qui existe en Russie entre les théologiens et les gens du monde, les premiers bien informés que la cause du schisme n'est pas dans l'addition du Filioque, puisque deux conciles œcuméniques furent tenus à Constantinople depuis cette addition sans aucune plainte de la part des Orientaux; les seconds fort ignorants sur ce point : « Je puis assurer, écrivait l'auteur, que pendant un très long séjour en Russie je n'en ai pas rencontré un seul, instruit sur ce point. Tous croyaient que la grande scission avait eu pour cause principale la question de la Procession ' ».
J. de Maistre a une prédilection marquée pour les arguments qu'il emprunte aux adversaii'cs de ses idées.
Cette méthode est analogue à celle dont M. Brunetière faisait récemment la théorie dans son Ltilisation du positivisme, quand il écrivait :
« Les meilleures démonstrations, les plus décisives, et, ainsi qu'on dit, les plus topiques ne sont-elles i)as celles qui se tirent, ou qui se dégagent, en quelque manière, de l'effort même qu'on avait entrepris, avec le ferme l)roi)OS et en vue de ruiner ce (ju'elles établissent 2? >