Sur les chemins de la cruyana; p. \M
LES SOIHCKS Ul ■ l'AI'i: . 79
M. niiiiiclit'ic préfère celle ulilisalion des ennemis à l;i MH'lliode liislorique, qui « peut-i'lre, dit-il, en pliilosopliic, (•((lunie en liHérature et en arl, n'esl souvent <pi"Mii aiilrr nom de ce (jnc Ton a nommé très ingériicuscmenl cl 1res juslemenl VindiJJ't'rence au conlexie ». Mais csl-il viai (pie les historiens se pn'oceupenl uni- (liii-inciil d'expliijuer une œuvre, sans siiu{uié(cr des rapports (pie celte (j-uvrc soutient avec la vérité, de laclifjn (pi'elle a exercée sur les contemporains, et de celle (piVlle exercera dans l'avenir? Quel historien digne de ce mim ne cherche pas en (juelle mesure une œuvre, pliilosopliitiue ou littéraire, agit sur la pensée des hommes?
Celte indifférence au conlexie, c'est J. de Maistre et M. Hrunetière qui la pratiquent en toute sérénité : c'est mon droit, dit lun, de « laire de la théologie, ou tout an moins de l'apologétiijue, avec les idées de l'homme (jui s'en est le |)lus émancipé (A. Comte) ' ». C'est mon ilroit, disait l'autre antérieurement, de fonder la théocratie sur les idées des pires individualistes que l'on (•()nnaisse, les protestants, ou sur les témoignages des croyants ayant le plus abditjué entre les mains du pouvoir civil, les orthodoxes russes. On pourrait leur faire quelques objections.
Car une idée qui fait partie d'un système, ne peut pas en être isolée, pour être interprétée suivant l'ingéniosité d'un commentateur, quelque sincère qu'il soit. i;ile a une valeur relative, si l'on peut dire, qu'il faut respecter. La seule manière scientiti(pie <\'uliliser les aveux d'un adversaire, c'est de leur rendre la valeur
I. Sur 1rs iliciiiln.'i ,lc la cruyiinci', préface. |i. xin. — Ucruiuvicr (lisuil : " l.u phase religieuse du posilivisuie est la plus viulonle et lu plus extniurdiuaire iicgaliuii de sa phase première, l'hilusuiihic analylinuc de l'Iiistuitr. I. [\. p. 'JWi.)
logique qu'ils avaient dans l'ensemble d'une construction intellectuelle.
Pascal, au dire de J. de Maistre, a rendu un témoignage éclatant à la suprématie du pape. Le voici :
<i 11 ne faut pas juger de ce qu'est le pape, par quelques paroles des pères... mais parles actions de l'Église et des pères, et par les canons. Le pape est le premier. Quel autre est connu de tous"? quel autre est reconnu de tous, ayant pouvoir d'influer par tout le corps, parce qu'il tient la maîtresse branche qui inllue partout? »
Règle importante! s'écrie l'auteur du Pape après l'auteur des Pensées; oui, mais il fallait lire la pensée de Pascal tout entière; or elle se continue ainsi : « Qu'il était aisé de faire dégénérer cela en tyrannie! C'est pourquoi Jésus-Christ leur a posé ce précepte : Vos aulem non sic ' ». Ou encore il fallait faire suivre la première partie de la pensée de son complément, que voici : « Duo aut 1res in unum. L'unité et la multitude. Erreur à exclure l'une des deux, comme font les papistes qui excluent la multitude, ou les huguenots qui excluent l'unité- ». On s'aperçoit que l'ultramontanisme de Pascal reste à prouver.
Voltaire, lui aussi, sert de preuve aux ])ienraits répandus sur l'Europe par la papauté : « Il résulte, disait-il, de toute l'histoire de ces tenq)s-là, (jue la société avait peu de règles certaines chez les nations occidentales; que les états avaient peu de lois, et que l'Église voulait leur en donner' i. J. de Maistre n'en veut pas davantage, pour proclamer le bon sens naturel de Voltaire, et regretter que la passion l'en prive si souvent. En réalité, Voltaire vient d'exposer renqiiélemcnt de