‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 50 sur 152 · Kdil. ciassiiiue de Briinscliwici;-, n" S · texte numérisé non relu

Kdil. ciassiiiue de Briinscliwici;-, n" S

li. Essai sur /"/i/s/o/rc (ji'iK'ralc, cli, XNX.

LKS SOIRCES nr •• l'APE . 81

pouvoir cxcrci'' par nii papo (wtntrc I-ollinin>, roi de I.orl'iiiiic, excuminui)ié pour avoir n'-piulit'' sa (riiiinc cl voulu rpousor sa uiaîtresse, et ce scandale lui inspirait ces rénoxions peu ultraniontaincs :

9 [>es rvtVjues nationaux prétendirent longtemps devoir (Mre les juges de ces causes : les pontifes de l{(tnie les évoquèrent toujours à eux. On n"(>xaniine point ici si (M*tte nouvelle jurisprudence est ufih; ou dangereuse; on n'écrit ni comme jurisconsulte, ni comme conlroversiste : mais toutes les provinces chrétiennes ont été Iroulilées jtar ces scandales. Les anciens Romains et les |)eiiples oi-ientanx lurent plus heureux en ce point. i.rs droits des pri-cs de lamilh', le secret de leur lit. n'y lurent jamais en proie à la curiosité publique. On ne connaît point chez eux de pareils procès au sujet d'un mariag(^ ou d'un divorce k. Est-ce là i)roclamer l'excellence de cette police étal)lie en Europe par la i)apauté"? Tel est le défaut ordinaire des citations de J. de Maistre : il détache une ou plusieurs phrases de lenseml)le avec lerjuel elles faisaient corps, et il leur prèle un sens favorable à son argumentation personnelle. On dirait qu'il lit un adversaire, moins pour entrer dans la logique de son raisonnement, que pour surprendre des aveux compromettants, et ces aveux il excelle à les détourner du contexte i)our les approprier à sa thèse.

C'est ainsi que, n'ayant pas lu directement les philosophes du wiii'' siècle, il s'applaudit naïvement do puiser les citations les plus caractéristiques de leurs (cuvres dans l'ouvrage allemand indiqué plus haut : Der Triuwpli der Philosophie : t Ce livre anonyme, ditil, écrit pnr un ministre luthérien, mérite sous ce point de vue une pleine croyance ' ». Sans doute il a raison de

1. <jualir cluipilrcs sur la Hiissir, (JtAiv. coinpl., t. Vil!. |i. ;110, noie.

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ne pas s'en fier aux disciples ou aux panégyristes, pour juger d"un écrivain; ne sentant pas l'indispensable nécessité de remonter aux originaux, il a bien fait de iiégligcr lout ce fatras des adulateurs. Mais parce qu"il peut contre Voltaire ou d'Alembert invoquer l'autorité d'un ministre lalhériea, a-t-il le droit de chanter victoire? Les préjugés du ministre luthérien lui offrent-ils une garantie de fidélité? Un prêtre catholique, peut-être, eût été plus suspect; mais en définitive, pour surprendre les . encyclopédistes en mauvaise posture, jurer sur la parole dun tiers, fût-ce un ministre luthérien, la méthode est dangereuse. On prend son bien où on le trouve, à la vérité, et pour combattre les adversaires du catholicisme, c'est un procédé piquant d'emprunter les armes d'un luthérien. Néanmoins il faut se défier de ces réfutations obliques, par lesc{uelles on croit d'autant mieux atteindre son ennemi, c[u'on le frappe d'un coup plus inattendu. J. de Maistre ne semble pas avoir eu le goût ou le scrupule des références exactes. Ainsi dans sa discussion sur les libertés de l'Église gallicane, il prend Bossuet à partie : « Dans un passage de ses oeuvres, dit-il, cjue ma mémoire a parfaitement retenu, tout en refusant de m'indiquer l'endroit où il se trouve, Bossuet dit que les libertés de l'Eglise gallicane ne sont autre chose que le droit qu'elle a d'être protê<jce par le roi ' ». Ce souvenir vague lui suffit pour argumenter contre Bossuet, et même pour se donner le ridicule de compléter arbitrairement la cilaiion, en ajoutant que celte adjonction serait assez dans la manière réservée de Bossuet. Un auteur qui se permet de compléter ainsi la pensée de ceux cju'il attaque n'offre pas les garanties qu'on serait en droit d'exiger.

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