‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 52 sur 152 · Pape, il, ch. vu, art · texte numérisé non relu

Pape, il, ch. vu, art

de s"appuycr sur le témoignage de Fleury, « qui ne gâte pas les papes », dit-il; et dans son manuscrit, il écrivait :

« Fleury qui ne gâte pas les papes, comme on sait, ne refuse point cependant de reconnaître que Grégoire VII semble envoyé par le ciel pour la réforme de la simonie et de V incontinence ». (Disc. IV sur THist. ecclés., n" 1.)

Mais G. -M. de Place veillait : il vérifia la citation, et à l'endroit indiqué, il ne trouva qu'un mot sur Grégoire VII, rangé parmi les « papes vertueux et zélés pour le rétablissement de la discipline ». C'est dans le Troisième discours {n° 17), qu'il découvrit une phrase ayant quelque ressemblance avec la citation de J. de Maistre, et il la transcrivit : « Ce pape, disait Fleury, né avec un grand courage et élevé dans la discipline monastique la plus régulière, avait un zèle ardent de purger l'Église des vices dont il la voyait infectée, particulièrement de la simonie et de l'incontinence du clergé ». On a remarqué la différence : Fleury ne dit pas que Grégoire VII ait été envoyé par le ciel; il est même si loin de le penser, que le passage cité est suivi de ces déclarations peu équivoques : « Mais dans un siècle si peu éclairé, il n'avait pas toutes les lumières nécessaires pour régler son zèle; et prenant quelquefois de fausses lueurs pour des vérités solides, il en tirait sans hésiter les plus dangereuses conséquences ».

J. de Maistre ne s'obstina pas; à l'observation de l'érudit censeur, il répondit : « Je croyais avoir assez présente l'expression envoyé du ciel. Cependant comme M. de Place a vérifié, écrivons pour plus de sûreté : ce pape né avec un grand courage..., etc. ' ». II va sans dire

1. A un nuire de ses corroclcurs qui lui siiiualait une inexacti-

LES snuRcns nu " pai'E '. 88

(1110 la sccoiiilc |ilii;isr (|iic iKMis avoiis rainjortôc osl |)rii(l(Miimciil ii(''trlii,n''c, cl ((lie Fl(Mii-y, sous la plume do .1. de Maistrc, nous est cMcore pri'sculr comme un apologistc d(^ ce |ta|>r, doni il disaiL : « Je suis clïrayé (|uaud je vois dans les leltrcs de (Irégoire VII les censures pleuvoir, pour ainsi dire, de lous ccMés ».

J. de Maistrc a un penchant si décidé vers l'inexaclitude, qu'il introduit sans s'en douter des altérations dans les textes les plus connus, et que, si on l'en avertit, il les justifie et les maintient. C'est ainsi qu'il écrivait à propos de la Déclaration de 1682 (texte du ms.) :

« Ce même article II contient encore une insu})portable assertion, savoir que les souverains poiiUfes et l'Église universelle ont approuvé sans disUnclion ni explicalion les décrels du concile de Constance et nommémeid les sessions IV et V. «

En présence de cette assertion ainsi soulignée, il est impossible que le lecteur ne s'imagine i)as qu'on lui cite les termes mêmes du second article. CependanI plusieurs mots, entre antres ceux-ci : sans distinction ni explication n'appartiennent pas au lexle. Le sens de la proposition ne les contredit [)as, si l'on veut; et les consécpiences que les gallicans en ont tirées sont couformes à celte irderprétation. .Mais il y a pourtant une inexactitude; prévenu, de Maistre répond que sa citation « est Ixwucoup plus juste ([ue le texte (ce qui n'est risible (ju'en apparence). Quand les députés disent que les sessions \\ et V furent ap|)rouvées par le saintsiège, s'ils veulent dire sans restriction, ils menleiit, avec restriction, ils ne dis(Md rien. \ Oilà pourquoi j'ai ajouté sans distinction ni explic(dion. car c'est bien ce

tudp il parlai! do ■■ l'imiiicnsL' danfior des cilalions de mcmoirp • {ÉUidrs rclufnHi:i('A. ") ((clobrc 18'.)7, p. 2G); on voudrai! ipic ri'Ue roiivic!i(m rcùl Miiciix servi.

qu'ils voulaient dire. Il suffirait donc de ne pas souligner ' ».

Comme il s'écoula un assez long temps entre le moment où l'ouvrage de J. de Maistre fut achevé, et celui où il parut, l'auteur fut obligé de faire certaines modifications, à l'occasion de certains faits ou de certaines publications. Mais il ne s'embarrassait pas pour si peu.

Ainsi, en 1817, les ultramontains furent désagréablement surpris par l'apparition d'un livre posthume de M. de Barrai, l'ancien archevêque de Tours, la Défense des libertés de l'Église gallicane et de rassemblée du clergé de France, tenue en 1682. A cette nouvelle, Lamennais écrivait : « L'éditeur est l'abbé de Barrai, frère du défunt prélat. Il doit se trouver d'étranges choses dans cette Déjense. Si je n'en étais venu au dernier degré d'indifférence pour les choses et de mépris pour les hommes, je m'amuserais peut-être à donner une petite leçon à M. l'abbé- ». J. de Maistre ne résista pas à la tentation.

Un chapitre essentiel de VÉglise gallicane a pour titre : Double condamnation de la Déclaration de 1682, prononcée par ses auteurs mêmes (IL partie, ch. vu). Les évêques français, dit-il, ont proscrit la Déclaration de deux manières : 1" par la lettre de rétractation de 1093; et 2" par le fait que cette déclaration fut exclue du recueil, où le clergé consignait tous ses actes. Or, quoi de plus significatif? « La conscience seule du clergé, s'écrie-t-il (il n'en est

1. L'éditeur, tàchniit d'accoider ses scrupiili^s avec les désirs de l'auteur, a doue écrit : « Que les sessions IV et V du concile de Constance furent approuvées par le saint-siège aposloliquc et confirmées pi:r la praliqiw de toute VÉglise et des pontifes romains (sans dislinclidii ni e.\|>li(ati(iii) '..(£■. O'., II, cli. iv, p. 142.) — Dans le nis. l'auleiir ciMuiiieiitail ainsi cello partie de la déclaration : ■• Il faut nialhcureuscnient le ledire ; (in les (le|iul('s avaient i)crdu l'esprit, (lu ils se persuadaieni cpie le uKinde callKpIiipK^ l'avait perdu ».

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