‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 54 sur 152 · I. Mriiioirr^ cUronitliujiiiiirA, aiincc KiOlt · texte numérisé non relu

I. Mriiioirr^ cUronitliujiiiiirA, aiincc KiOlt

gnage de dAvrigny, qu'il proclamera trois pages plus loin <i historien très véridique, très exact », et il continua à présenter les faits tels qu'il les trouvait dans le livre de VExposition de la doctrine de VÉglise gallicane par Dumarsnis. Uumarsais, à la vérité, était un « étrange théologien » ; mais son éditeur, le savant magistrat Clavier, attestant le fait, il n'y avait pas à s'inquiéter : «■ Je no change rien, écrivait J. de Maistre. Laissons passer: d'autant plus qu'au fond tout revient au même : c'est toujours un, parlement protestant qui commande à la Sorbonne y.

On voit l'insinuation : J. de Maistre tient à sa thèse, que la doctrine de Bossuct et des anciens docteurs, toujours cités comme des oracles, n'est au fond que celle du Parlement. Pour que la confusion apparaisse nettement, J. de Maistre s'empare du témoignage de Clavier, qui lui apporte un argument, et il ne daigne pas même examiner les textes contraires.

Une autre fois, mis en face de deux autorités divergentes il répondait : « Bausset d'un côté, d'Avrigny de l'autre; j'ai droit de persister.... Je ne l'aurai jamais assez répété; je suis obligé de choisir j>. Pour prendre parti en connaissance de cause, il eût fallu recourir aux pièces originales, et J. de Maistre aime mieux décider suivant les convenances de sa thèse.

Nous venons de voir que J. de Maistre ne posséda pas les connaissances encycli>pédiqu('s, dont une certaine école lui fait honneur.

A. de Vigny, qui a jjrotesté avec tant il'éloquence au nom de la vie sacrée et de l'iunocence immolée pour le

crime dans lo système do J. de Maistre, songeait à lui, (|iiaii(l il «'crivait : « Ce n'est que dans l'Analyse que les esprits justes, les seuls dignes d'estime, ont puisé et puiseront jamais les idées durables, les idées qui frapl)ent par le sentiment de bien-être que donne la rare et pure présence du vrai. L'Analyse est la destinée de rélernelle ignorante, l'Ame humaine '. »

Le Docteur Noir a raison de défendre les droits dune méthode, qui n'affiche pas l'ambition de donner la clef (le toutes les énigmes, et qui ne prend pas pour la vérité ces lueurs éphémères aux rayons des*{uelles notre esprit croit voir le fond de l'abîme. J. de Maistre a trop dédaigné l'analyse, ce modeste instrument de nos connaissances fragiles et toujours courtes par ({uelque endroit. Il s'est impatienté contre les lenteurs et les minuties de ces historiens avides de la précision des détails, n'avançant qu'après avoir mis le pied sur le terrain solide des faits, et résignés à subir la loi qui d'avance a marqué les limites de leur marche. « Tu n'iras pas phis loin ! » nous crie cette faiblesse inti'-i'ieure par laquelle est ruinée notre prétention de tout expli- (|ucr, d'embrasser dans nos conceptions la cause mystérieuse. Ils font une tentative sublime, mais décevante, ces prophètes, que leur pensée ravit hors du réel, et (jui ont voulu deviner la vérité totale au lieu d'en con- (pH'-rii- quehjues fragments au prix d'un labeur sans li'èvc.

J. de Maistre n'est pas l'érudit patient qui amasse des faits pour s'élever à l'idée; au lieu d'interroger les faits eux-mêmes, de se livrer en quehiue sorte à leur enseignement, de soumettre son ignorance aux leçons (pii s'en d('gageut, il les plie à son système; il est le

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