I. Strlto, eh. xx.MI
voyant, le vales, qui monte sur son trépied, et qui volontiers s'écrie :
Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas.
On comprend que Rome ait eu des inquiétudes à voir sa cause défendue par un tel champion : elle voulait bien être replacée au sommet des souverainetés temporelles, à la condition pourtant que l'auteur du Pape respectât ces lois de l'histoire, admirablement définies par Léon XIll : « lllud in primis scribentium observetur animo primam esse historiae legem ne quid l'alsi dicere audeat; deinde ne quid veri non audeat; ne qua suspicio gratiae sit in scribendo, ne qua simultatis 1 ».
Pourtant, dans la grave question traitée par J. de Maistre, l'érudition n'est pas absolument souveraine; et même, elle était impuissante à fournir la réponse attendue par les lecteurs du Pape. Si docte que l'on soit dans la science de l'Écriture et des Pères de l'Église, on ne peut pas se flatter que l'on réfutera toutes les objections, et qu'on vaincra toutes les difficultés. Car la tradition s'interprète de différentes manières. J. de Maistre l'a justement remarqué :
« Est-ce que le catholique, est-ce que le luthérien ou le calviniste, ou môme le socinien, n'en appellent pas à la tradition? Clarke a intitulé l'écrit funeste qu'il détesta trop tard, Scripliire-Trinity, c'est-à-dire. De la Trinité d'après les Écritures. Dans un de ses intervalles lucides, Jean-Jacques Trousseau a fort bien dit : Dieu lui-même ne pourrait faire un livre sur lequel il fat impossible aux hommes (le disputer. Mais si on n'est pas d'accord sur le sens des
1. Lcllre aux cnrdiriaux de Luca, rilr;i cl lIcrycnrriilH'r, sur les éludes liislori()U('s (IS iiniil ISSIC).
Iù'rit(ir(\s, comment le sorn-t-on sur le sens dos Pères? (|ii(»i (le plus clair que. ces paroles ; Ceci est iiinti corps? VA poiirlaiil, lorscjne IMerre fait entendre cette parole, Si c'est le corps, ce n'est plus le pain, Luther dit : C'est le pain et le corps; et Calvin : C'est le pain, et non pas le corps, Pliotius se tait.
« Et encore quoi do plus clair que ces paroles : Tu es Pierre, etc.? Dieu lui-même a-t-il pu rien écrire qui fût nioins obscur? Le très docte prélat ( larchevèquc Méthode) nous accusera cependant, moi et les miens, intrépidement, de ne savoir pas nos lettres et de ne pas saisir le sens des mots. ' »
Aussi l'auteur du Pape ne s'est-il pas proposé d'apporter une nouvelle interprétation de l'Écriture, qui rallierait tous les suffrages. A côté de l'érudition nécessaire pour soulever un pareil problème, il s'appuyera sur le raisonnement philosophique; une métaphysique de la souveraineté lui permettra d'établir l'autorité du Pape.
C'est pourquoi son livre est d'un penseur, et dépasse la portée d'une œuvre d'érudition pure. Un jour il écrivait à G.-iNl. de Place :
« Autant du moins que mon plan me le permet, je tâche toujours, comme vous le verrez, de m'élever à des idées générales, et de saisir en passant les réllexions philosophiques qui se présentent. Car il s'agit de faire lire de la théologie par tout le monde, et d'être neuf sur un sujet de dix-huit siècles. Ce n'est pas une jjetite entreprise. Il faut donc plaire ou n'être i)as lu -. »
Nous ne reproduisons pas cette confidence pour soustraire le livre du Pape à la juritliclion de l'histoire. Non :