Lettre inédile, du 20 au 23 juin
les aperçus historiques, les discussions de faits y tiennent une place considérable. J. de Maistre est donc, par là, tributaire de la science; et il serait à souhaiter qu'il eut pris du côté de la science toutes les précautions utiles; il ne Ta pas fait, et même, nous espérons Tavoiimontré, il s"est comporté à l'endroit de l'érudition avec un sans-gêne inexcusable.
Mais le Pape est autre chose qu'un recueil de citations, qu'un catalogue de témoignages protestants, gallicans, jansénistes, russes, en faveur de la suprématie pontificale. Ceci enlevé, il reste une théorie, une doctrine, qui relève de la pensée, avant d'être subordonnée aux faits, et qui, même entourée de faits controuvés, garderait encore une fîère allure. J. de Maistre n'a été qu'un érudit médiocre, mais sa philosophie est de qualité supérieure; c'est dans l'enchaînement des idées et dans le mouvement de la dialectique que réside la valeur du Pape.
G. -M. de Place, semblable aux solitaires de Port- Royal, qui apportaient à Pascal les extraits des casuistes, d'où devaient s'engendrer les terribles Provinciales, envoyait à l'auteur du Pape, comme nous Talions voir, d'énormes cahiers de notes; celui-ci, plus d'une fois, n'a pas voulu les utiliser; il lui écrivait : « Sur la nécessité de combattre plus fortement la vaine distinction du siège et de la personne, d'insister sur les canons, etc., je ferai grand et reconnaissant usage de ce qui m'est dit dans les observations, autant du moins que je le pourrai. Car je ne puis tout dire. Mon objet est de me faire lire par les gens du monde, et de m'élever à des idées générales, de manière à prouver aux bons esprits que VÉglise ne revendique pour elle qu'une loi du monde ' ».