RETARDS AFM'ORTES A LA PUBLICATION DU " PAPE
iiiliiii en inc communiquant les observations de votre savant ami auquel je vous prie de témoigner ma véritable reconnaissance loul comiiie si j'avais llnjuncur de le connaître. »
.1. de Maistre fut si encluud('-, qui! provofjua bientôt les observations du « savant and » de l'abbé Besson :
« Jespérais, écrivait-il à celui-ci, le 0 juin 1818, que cet ami dont vous me parliez et qui m"a fait passer par votre canal des observations très justes, m'en enverrait d'autres auxquelles j'aurais fait honneur sur-le-champ, mais je ne les ai point vues arriver. »
Ouclques jours après (17 juin 1818) ce n'est plus à l'abbé Besson, mais à G. -M. de Place que J. de Maistre s'adresse, et l'on sent tout de suite que le travail a pris une allure plus vive; l'auteur, si imi)atient jusque-là de paraître, sollicite au contraire, de nouvelles observations et le temps d'y répondre. Voici cette lettre qui ouvre la véritable collaboration.
Turin. 17 juin ISIS.
Monsieur, Connncnt pourrai-je vous témoigner assez ma roconnaissance? Le service que vous me rendez sort du cercle de la politesse : il se place dans celui des bienfaits. Je fais sans tarder un instant un effort de travail pour répondre aulanl <[ue je le puis à toutes vos observations. Vous me rcmjilissez de fouragc par votre lettre si ainialjle et si aiiifiianlc, mais je tremble aussi en pensant au travail <iue vous donne ce fatras. Le manuscrit ([ue vous tenez va disparaître sous les corrections. Nauriez-vous pas besoin d'un coiiiste? prenez-le sans délai, je vous en prie, comme il est bien juste. On va fermer la poste. La tète me tourne; ce que je tiemande en ii:r;\ce, c'est ipi(> l'impression n'aille point jusqu'à ce que vous ayez toutes mes réponses, qui seront toujours des anu-lioralions. Mais lu^ me faites pas récononiie du copiste, je vous en prie. Vous êtes accablé d'occupations, ainsi que notre ami commun. ISI. Husand ne doit entrer j)Our rien dans les dépenses extraordinaires; du reste j'approuve tout ce fiue vous avez
fait et tout ce que vous fairez. Je ne sais plus ce que j'écris. Je me rejette donc sur le premier courrier. Agréez, monsieur, l'assurance de ma vive reconnaissance, de mon estime sans bornes et de la haute considération avec laquelle je suis, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Lk comtk de Maistre.
C11APIT1U-: Il LI:; GOLLABOllATELMl : (MJV-MARIP] DE PLACE
Guy-Marie de Place lut uu homme d'un grand talent et si la postérité ignore aujourd'hui son nom, c'est (juil mit autant de soins à cacher son mérite que d'autres à étaler leur insuffisance. Son excessive modestie a failli condamner à l'oubli ses beaux travaux. Sainte-IJeuve avait pourfaid, rencontré sur sa route cet ol)Scui' confrère de province, et avait salué en lui le défenseur des Martyrs de Chateaubriand, l'ami de Hallanche et d'Ampère, le conseiller de J. de Maistre et l'éditeur du Pope '. ^'anité que la gloire littéraire! ■ G. -M. de Place, né à Roanne le 20 juillet 1772, achevait de brillantes études au collège de sa ville natale, quand la Révolution éclata. Il a dit lui-même, dans des Noies inédiles, quelles épreuves il eut à supporter :
« Mon malheureux père, malade, avait été arraché de soii lil (le douleui' au nn'licu des gémissements et des
1. Cf. ftcvue des f)cu.c Mainles, i" oi-lobrc 1843 (Appendice à l'article sur J. de .MaisUe, dans les Purlruits lilténiires, I. 11). e| Uhalciuiliriaud cl smi ijinuin- lillcrairi', l. il, p. (12 el s(p|.
larmes de ma digne mère et de onze enfants à genoux. Les monstres, sans donner à leur victime le temps de prendre un bouillon, l'avaient traînée dans les cachots; une portion considérable de nos biens avaient été volés ou pillés; moi et un de mes frères, nous avions été pris et jetés dans les camps. Et nous y restions pour ne pas hâter par notre fuite la mort d'un père qui semblait ne pas devoir survivre à ses bourreaux et à sa fortune. Et plus de deux cents hommes, dans le corps dont je faisais partie, restaient aussi comme nous, exposés au fer et aux malédictions des ennemis et acquittaient à ce prix la dette de la piété fdialc! »
La guerre finie, le jeune homme vint à Lyon, pour faire du commerce et rétablir sa fortune perdue; mais bientôt poussé par une vocation irrésistible, il se tourna vers l'étude de la philosophie, de l'histoire et de la littérature : « 11 embrassa, dit son biographe F.-Z. Collombet, la diflicile carrière de l'enseignement, qui lui parut être le plus impérieux besoin de cette époque de désorganisation sociale. Riche qu'il était de ses ressources naturelles et de ses ressources acquises, fort de l'irrésistible empire de ses convictions, cet homme, à lui seul, pendant l'espace de trente ans, forma dans le silence de son cabinet plus de disciples distingués par leur savoir, leurs talents et leurs vertus, que n'en produisirent, pendant la même période, bon nombre d'établissements remarquables * ». Le souvenir est resté, dans certaines familles lyonnaises, des leçons données par ce savant et cet éducateur d'élite.
Aussi jouissait-il, à Lyon, de Fcstime et de la tléfércncc (les })ersonnes les plus distinguées : Malhieu (h* Montmorency raccueillit dans son intiniilé; les savaids, les let-