Ilcour<lM Lyunnah, l"' srric, l. Wlll, j). 212 (ISW
r.rV-MARIE DE PLACE. 109
lr<''s el 1rs ailistcs, (|iii Civquentaipnt les réunions de liallanclic, aux Halles de la Grcnotto, rtaiont fiers ric l'assoeicr à leurs Iravaux fl à jours convoi-salions. Là, dans celle iui|UMuierie, où le lulur auteur i.\'.\iili(ioiir lisail ses preiiiièics (r-uvres, de Place connut e[ aima des nK'decins C(''ièbres, I^etetin, Gilibert, Bredin, l*olit, (iroi^nier, qui publiaient un Journal de la Sociélé de médecine de Lyon; des lettrés, Amiière, Bouchot, Dugas- Montbcl, Dclandine professeur de législation à l'École centrale; Dumas, futur historien de rAcadémie de Lyon ; Bérenger, correspondant de Mme de Ivrïidoner et proviseur du lycée; les professeurs Idl, Molard, Itrunel; des artistes, Artaud, directeur du Musée; Richard, le peintre gracieux de Valentine do Milan, d'Agnès Sorel, de La Vallière; Grobon, qui a sign('' de si jolies vues de Lyon ; le sculi>teur Chinard; Révoil, dont les toiles séduisaient Millin par la pureté du dessin, la beauté du coloris, et surtout la précision des détails et la vérité do l'ensemble. Tous ces noms se trouvent groupés au Bullelin de Lyon, imprimé par Ballanche, et où Ton traitait de moral(\ de science, de littérature, et de poésie.
De Place y publia de nombreux articles, dont quelquesuns sont liés à l'histoire littéraire du xix'' siècle : il eut on effet riiounonr de [trondi'o contre J.-B. llolTiiiau, rédacteur au Journal de l'Empire, la défense dos Martyrs de Chateaubriand, et Chateauliriand lui emprunta presque tous les matériaux de VExamen (|u'il lit pour répondre à ses ennemis '.
i. Cf. C. balicillc. /(■ Ili,inauli!;mf ù Lyon, Cliatranhriaiul {WW^)). p. (32 et S(i(i.
De la critique littéraire, de Place passait sans effort aux études grammaticales. Vers Ja fin du xviii'' siècle et dans les premières années du xix% Lyon fut le théâtre d'un curieux mouvement linguistique ^ : c'est à Lyon qu'avait débuté Urbain Domergue, plus tard académicien, auteur de la Grammaire simplifiée, de la Grammaire générale analytique, des Solutions grammaticales , et d'un curieux JoarAia/ de la langue française \ en 1792, paraissait à Lyon un ouvrage destiné à être souvent réédité, Lyonnaisismes, ou recueil d'expressions et de phrases vicieuses, usitées ù Lyon. Lorsque l'auteur publia la 4*= édition en 1810, sous un titre nouveau : Le mauvais langage corrigé, de Place fit paraître des Observations grammaticales sur cjuelques articles de ce Dictionnaire (1810), et prouva une science de la langue puisée aux sources les meilleures : les classiques du xvii" siècle, le Dictionnaire de V Académie, les travaux de l'abbé Girard, de Wailly, des grammairiens et des lexicographes sont familiers à cet homme, cjui défendait la pureté de la langue française, aussi vivement que les beautés des Martyrs.
De Place avait fait de la philosophie une étude fort sérieuse, comme en témoigne un cahier de remarques inédites qu'il nous a été donné de lire, à propos des observations faites par J. de Maistre sur le Prospectas disciplinarum de Fessier. Il y prend en défaut plus d'une fois l'érudition philosophique de J. de Maistre, qui se joue à la surface des questions, et ne se préoccupe pas toujours de comprendre ce quil attaque : les entia rationis de l'école, les réalistes et les nominaux, le monde sensible et le monde intelligible, et même le système
1. Cf. C. Latreillc cl L. Vipiion, les Grammairiens lyonnais et le f-aiii;ais parlé à Lyon à la jin du xviii'' siècle (dans les Mélawjes de philologie offerts à M. F. Brunot, 1904).
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alors nouvonn de Kant. somhlcnt avoir sf)llicil('' laclivili- (In niodcslf Lyonnais.
Mais il avait donné tous ses soins à la lli(''oloc;ic; il avait In It'S (i-nvres dos Prros, tous les trrands livres de la lillératnre ecclésiastique, les histoires de l'Église, les brochures spéciales : aussi quelle sûreté de science, quelle étendue d'informations ! Ses travaux de polémique religieuse et politique furent remarqués.
En 1814, il publiait une brochure intitulée De la persécution de l'Éfflise sous Buonaparle. Déjà des publicistes avaient dt-noncé les monstrueux attentats commis par le tyran ilans Tordre civil; de Place le premier esquissait l'histoire de ses attentats contre l'Église. Les livres et les journaux, scrupuleusement fouillés, lui permirent de tracer un tableau fidèle des violences . des j)ersécutions, des crimes par lesquels Bonaparte « préparait la ruine de la religion et le triomphe de l'athéisme ». Chateaubriand lui-même n'a pas d'accents plus vibrants pour chanter l'hymne de la délivrance : « Enfin, elle s'est brisée cette verge de fureur qui, selon l'expression d'un prophète , abattait les rois, renversait les trônes, et frappait de plaies les nations. Le bourreau des princes et des peuples est tombé. L'Europe tressaille de joie, et le monde est sauvé ».
Rome sut beaucoup de gré à raufeui- de cette brochure, et Mgr Testa, qui remplissait alors les fonctions de secrétaire des brefs aux Princes, lui transmit les compliments du saint-père, et il ajouta :
« C'est un ouvrage précieux et pour les choses qu'il contient, et pour le stil (sic) avec lequel il est écrit. \'otre zèle pour la religion y perce jiartout. et vos peintures du monstre, qui s'était proposé de ladi'truire dans le même temps qu'il travaillait à la destruction de. tout
le monde, sont admirables. On dirait que Michel-Ange vous a prêté ses pinceaux '. »
Le 10 juin 1815, de Place écrivait une Apohrjie des catholiques qui ont refusé (le prier pour Buonaparte comme Empereur des Français. 11 voulait justifier ceux qui n'avaient pas cru pouvoir prier pour Napoléon, après son retour en France : il voyait dans ces prières un crime contre Dieu et contre le souverain légitime, Louis XVIIL Pour se justifier, il invoquait l'autorité de Tertullien, de Bossuet, de toute la tradition de l'Église, et, refusant de reconnaître un souverain dans le persécuteur réinstallé sur le trône, il traçait ainsi sa ligne de conduite : « Nous abstenant de tout acte qui serait ou semblerait être un témoignage d'adhésion à l'usurpateur, nous nous bornerons à cette soumission passive dont l'histoire offre de nombreux exemples sous les tyrans, à cette soumission passive que conseille la prudence et que la religion même prescrit, lorsque d'une conduite différente il ne peut résulter que des malheurs. Notre bouche se taira, mais notre cœur restera fidèle. Nous nous armerons de la foi pour résister au découragement ».
Telle est la déclaration que faisait G. -M. de Place le 10 juin 1815; le 22 juin, Napoléon signait son abdication, et les catholiques pouvaient enfin accorder leur conduite avec leurs sentiments.
1. Lettre du 20 décombre 1813; l'original autographe appartient à M. H. de Place. — Cette brochure valut à son auteur une grande notoriété dans le parti catholi(|ue; Lamennais écrivait le lU novembre 1814 : " L'auteur de la Persécution de l'Eijlise sous Buonaparte écrit à Rusand qu'il est extrêmement satisfait de la Tradition, et qu'il est bien à souhaiter que le clergé lise cet ouvrage qui doit faire beaucoup de bien. Seulement il y désirerait plus de précision, une table des matières et une récapiltilation à la lin ■>. (Œuvres inédites, 1. 1, p. i'J.5.)
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De IMacc poinsuiviL aussi .Napolc-ou dans des couplets satiriques qu'il excellait à clianter lui-même, et dont qu('I(|ues-uns oui r\r inqiriniés à Lyon dans le Chansotinicr des Amis du roi : le Conte de la grand' maman Baschu à ses petits-enfants ; la Proclamation des fédérés du département dn Uhùne, au mois de mai JSir>; le Bonheur de la France; les Grandeurs de Napoléon le Grand, se lisent volontiers, aujourd'hui encore, et ne pâlissent pas trop à côté des Cliansons de Héranger. Nous détachons quatre strophes de la pièce ironique intitulée le Bonheur de la France :
Soumise au sco|)lrc de Louis
La France trop Iramiuillc
Dans le repos clianlait les lis
Aux champs comme à la ville.
Le héros parait;
Pour premier hicnrait Il apporte la liuerre;
Turi)ulenls Français,
Soyez satisfaits La paix quitte la terre.
La race de nos anciens rois Fiait par trop anlique :
Pouvait-on bien aimer les lois D'un Bourl)on j)acili(pie!
Dans nos régimcns,
Plus d'avancemens.
Plus de hoiines aubaiiu^s :
Caporaux, seri,'cns.
Auraient vu trente ans Vivre leurs capitaines.
Le villai-eois ch.uué d'entants
Fiait iurcé d'allendre Ouan prix de quinze nulle francs
Il put encore les vendre.
Tendres paysans,
Vous voilà contents; Mères, soyez fécondes :
Car Napoléon,
De chair à canon, Va fournir les deux mondes.
Notre commerce était perdu,
Dans toutes nos provinces, Si le sort ne nous eût rendu Le modèle des princes.
Marchands de fusils,
De poudre en barils, De plomb et de salpêtre ;
Fabricants adroits
De jambes de bois, Vous alliez disparaître.
Ces bluettes n"onl cFautrc intérêt que de nous découvrir la vraie physionomie de celui qu'un de ses compatriotes appelait malicieusement « le Caton de l'Église ».
Enfin de Place mena comme journaliste une vigoureuse campagne contre l'esprit du wiii" siècle et le libéralisme.
Le 1^'' septembre 1815, se fondait à Paris un journal, le Mémorial religieux , politique et littéraire , hostile aux idées modernes. Cette feuille ultra-catholique et ultral'oyaliste groupa toutes les forces de réaction, éparses dans le monde religieux et la'ique, et pour un temps, suivant l'expression de la Minerve, les abbés de gazettes remplacèrent les abbés de boudoirs. Le pape ayant interdit au clergé d'écrire dans les journaux, le Mémorial cessa de paraître, 19 novembre 1816.
De Place y écrivit trente-trois articles, la plupart dirigés contre les idées du xviii' siècle.
Il pense que le mal dont souffre la société en 1815, est le libéralisme. N'allez pas lui demander de faire une distinction entre l'esprit libéral et l'esprit jacobin : les idées libérales sont souillées du sang de la Terreur.