II. XI
3. lA'llrr int'dilc non (lalcc: de l'I.ifc ;i ccril de sa main eu ItHc : ilii 20 au 2:! juin ISIS.
i30 JOSEPH DE MAISÏRE ET LA PAl'AUTE.
Comme on le voit, de Maistre croyait que cette revision ne porterait que sur quelques expressions, et il y donnait les mains à l'avance. Mais quand il vit arriver de Lyon de gros cahiers d'observations, il fut obligé de comprendre que de Place entreprenait une œuvre de longue haleine, et qu'il ne serait pas facile de lui donner satisfaction; cependant il proteste encore de sa parfaite docilité :
« Je consens bien à surprendre, lui écrit-il, mais non à choquer : or, qui peut connaître le risque que je cours, mieux que vous, monsieur, qui êtes sur les lieux"? Je ne veux pas laisser subsister un mot (surtout dans le premier livre) capable de déplaire à rien de ce que je respecte. Quant à ce qu'on appelle le mauvais parti et que vous connaissez mieux que moi, quand même il grincerait un peu des dents, il n'y aura pas de mal.
« Tant qu'il ne s'agira que de retrancher, vous me trouverez toujours de votre avis; à l'égard des additions et des changements, vous voyez que je ne suis pas difficile. Je ne serai borné que par le temps et par mes forces ' . »
On ne peut pas dire que cette promesse ait été tenue absolument; néanmoins de Place fut très souvent écouté.
C'est lui qui a fait atténuer ce morceau emporté qui flétrissait l'assemblée de 1682 :
« Qu'une poignée d'évéques assemblés, animés, égarés par la passion, et, de plus, effrayés par l'autorité, s'avisent de prononcer sur les bornes de la souveraineté qui a droit de les juger eux-mêmes, ce libertinage d'orgueil et de déraison ne saurait avoir dautre importance que •celle du mal qu'il a fait et ne mérite d'ailleurs que le
i. Lettre inédile, 29 juin 1818.
l'IŒl'Vn? KT ni:si'LTATS DR LA t:(JLLAIJORAÏION. 131
plus |»i'(»loii(l iiii''|»ris. (iciix (|i)i prononcèrfinl cos pr<''- Iciidiis iii'jiclrs ne soiil piis iiir-iiK' ci" (pi ils disciil «'-Irr : ils n'oiil |)))iiil (le iioMK <'l pour Iciii- lioiiiiciir inriiio il lie latit pas les roiiiiailrc '. »
Pcrsoiiiio, (Ml France, iimmiic jtarmi ceux qui gémissaicul siii- le mal (■aus('' pai' la di'claration de 1G82, n'eût acceph' ce jugenienl; et de Place avait raison de dire à l'auteui- : « Cet alinéa aigrira mal à propos des hommes qu'il faudrait calmer afin qu'ils fussent plus accessibles à la i-aison - ».
Un des procédés favoris de l'argumentation de J. de Maistre consiste à dénigrer les Français, et à leur attribuer des défauts qui sont peut-être le fait de quelquesuns, mais qui, rejetés sur la nation tout enti('re, deviennent une pure calomnie.
Ainsi le manuscrit contenait celte aménité :
« Qu'un Français refuse de rendre justice <à Grégoire VII, cela se conçoit : ayant sur les yeux des préjugés protestants, philosophiques, jansénistes et parlelomentaires, que peut-il voir à travers ce quadrujde bandeau, épaissi encore et serré par l'orgueil national? Ses prêtres pourront même refuser une certaine célébrité à la fête de saint Grégoire, de peur de déplaire à leurs Parlements'.... »
1. Le texle iniprinié porte : « Qu'un petit nomlire d'évèquos ciioisis, aniriK^'s, ell'rayés par l'autorité, se permettent de prononcer sur les t)ornes de la s^ouverainett', (|ui a droit de les juper euxmêmes, c'est un malheur et rien de plus : on ne sait pas nu^me ce qu'ils sont ». {Pape. 1, ch. viii, p. 69.)
2. L'observateur fit aussi corriger cette plirase : « Cette mal heureuse déclaration, considérée dans son ensemble, renferme tous les vic(>s imajiiiiables. mais le plus saillant de tous, c'est l'absurdité ». On lit maintenant : <• ... choque, au delà de toute expression, les n'gles les plus vulgaires du raisonnement ». (Église gallicane, ch. IV, p. 14().)
3. Le texte est devenu : •■ Que certains écrivains fran(;nis refu-
Le trait est plus violent encore, lorsque J. de Maistre accuse les Français de rejeter sur les papes les guerres causées au moyen âge par les investitures et les excommunications; il écrivail :
« L'habitude et le préjugé ont tant d'empire sur riiomme que les écrivains français surtout sont assez sujets, en traitant ce point dhistoire, de dire le pour et le contre sans s'en apercevoir, s
De Place protestait avec force contre cette dureté :
« Il ne faut pas perdre de vue, écrivait-il, que l'ouvrage est spécialement écrit pour les Français. Cette considération doit porter l'auteur à heurter le moins possible et le moindre nombre possible. Une proposition moins générale frapperait plus juste. Et puis il faut se souvenir encore qu'il fut un temps où l'autorité ne permettait pas de tout dire, que la censure défigurait un ouvrage, et que tel ou tel écrivain ne venait à bout de laisser voir sa pensée qu'en disant le pour et le contre '. »
Jamais le sang-froid et le bon sens de l'observateur
sent de rendre justice..., que peuvent-ils voir à travers ce quadruple bandeau? Le despotisme parlementaire pourra même s'élever jusqu'à défendre à la liturgie nationale d'attacher une certaine célébrité à la fête... », etc. [Pape, U, ch. vu, p. 306.)
1. L'observation a porté ses fruits; voici le texte imprimé: « L'habitude et le préjugé ont tant d'empire sur l'homine, (jue des écrivains, d'ailleurs très sages, sont assez sujets, en traitant ce point d'histoire, à dire le pour et le contre sans s'en apercevoir ». (Pape, II, ch. xii, p. 369.) — De même dans VÉglise (jallicane (I, IX, p. 90), l'autour avait écrit d'abord : <■ En général, les Français sont trop accoutumés à faire de certains personnages célèbres une sorte d'apothéose... »;à une observation du censeur, il répondit : ■■ Il n'y a pas grand mal dans ce paragra|)lie. Ecrivons si vous le voulez : les Fraii{-ais soiU trop accontuinés pcitl-être... .le ne ferai pas d'autre changement ». Pourlhnt le texte définitif est devenu : ■■ En général, un trop grand nombre d'hommes, en France, ont l'habitude... »
l'UEI.lVES ET HÉSl LTATS DE LA COLLARuIîATION . 133
lie soiil (Ml (l('-r;ml. (loiiimc .Mme de La Fayclli; récoiiciliaiil, La RocIicIoik anid avec riiiiiiiaiiilé, de Place plaide efficaceineid la cause des l'raiicais aii[)rès de leur foiii^iiciix adversaire : lui aussi, il obtient les corrections indispensahles [»oim' ne pas décourager le lecteur. J. de Maisire se faisait illusion, l()rs(pril croyait surprendre et non choijucr; son manuscrit, (ui réalité, faisait roffîce de bourreau.
C'est dans Vl'JjUsc (jnllkane surtout ([ue la lâche de l'observateur devinl uiiuuticus(\ J. de Maisire confessait rin((tiiétude où le jelait cette [)artie de l'ouvrage; il écrivait à son censeur :
« Dans mon livre IV sur VÉ(jlise (jnlUcane, je sais bien que jai mis, comme on dit, un bdloii dans un (juèpier : cependant il faut renverser ce château magiciue, ou bien rien nest fait....
... Mais qui sait tout ce que vous inspirera le IN'- livre'?»
Il promettait de bien accueillir les observations; G. -M. de Place étaiil inala(h\ c'est dans une lelti'c adressée à labbé Ik'sson (pie J. de Maisire s'engage en ces termes :
« Jai loujoiirs piv'vn que volr(^ ami appuycrait particulièrement sur le livre V"^^. .Je ferai tous les changements possibles, mais probablement moins qu'il ne voudrait. A l'égard de Hossuet, en particulier, je ne refuserai point d'affaiblir tout ce qui n'affaiblira pas ma cause.... Au reste, M. l'Abbé, nous verrons. Si M. 1). est longtemps malade mi convalescent, je relirai moi-même ce V^ livre, et je ne iiian(|uerai jias de faire disparaître tout ce (jui poiurail choquer-. »
1. I.cllrr iiKulilr, 2'.) juin ISIS. — .V ((Mto (lali-, le livre do VKijUsc (jtUliciiitf l'Uiil ciiciMc le l\' ; le livre sur les i'j;lis('s pliDlicnnos n'est iuiiionce à (i.-.M. de l'Iaee (pie dans le |iiisl-sri i|itinii de celle niùme lettre.