‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 72 sur 152 · PREUVES ET RESULTATS HE LA COLLABORATION · texte numérisé non relu

PREUVES ET RESULTATS HE LA COLLABORATION

N Csl -rc |ias ciicon' ;iiil<nii' (l'Ilnimiiiis ipic la (|ii('sli(ni lie rinCailliliilili' scmlila loiinn'i' à la veille du coiifilc (lu \ alicaii? honi ( liitTaiiiri-i' <■! de Mai"<^'ei'ie, pour s'en Iniii- aii\ |ilus (••'•lilu'es, souliuicnl roiiliixlnxie d'Honoi-ius, ni<'e |i;u' .Mirr ll'''r<''l(''. par MiiV Marel et pai' le I'. (Jralry.

J. do Maisire. cpii ue Ml dahord (piun uiédiocre cITort dérudiliou. iraiieliaU la dir(i<'ullé avec nue désiuvolture pal-laite; il disait (texte du uis.) :

Le seul pape qui puisse (li)nner des doutes I<'i;ilinies. e'est Iloudiius; et nithiie encore, que sitrnilie la condamnation diMi liomme i)rononcée quarante-deux ans après sa mort? Depuis quand se lronii>e-t-on a|)rès sa mort? La fameuse lettre à Seri,MUS était sans le moindre doute susceptible d'un sens parfaitement raisonnable et ortiiodoxe; cette lettre ayant été explii|uée dans le bon sens par celui même qui récrivit (Tabbé Jean Sympon); llonorius n'ayant cessé d'averlii-, de re| (rendre, d'anatliéniatiser ces mêmes monolliélites et Seri^ius le premier, dont on l'accuse d'avoir embrassé l'opinion; llonr)rius étant mort en possession de son'siéi.'^e et de sa dignité; llonorius ayant professé, enseigné, défendu la vérité jusqu'à sa mort, sans avoir jamais écrit une ligne ni proféré une seule parole que Tbistoire ait marquées comme suspectes; sa cendre tranquille ayant reposé avec boimeur au \alican; un saint martyr de rKglise grecque, son conlemp4irain, l'ayant appelé peu de tem|)S après sa mort homme divin, et son erreur, s'il en a commis une, n'étant et ne pouvant être, par les circonstances, <iue purement grammaticale; j"avoue que je ne sais plus de (|uoi il s'agit et que tous les anaUiémes posthumes lancés contre la mémoire d'Itonorius ne sont pour moi que des //c/^7i/s»ics du lins-lùniiirc tout à lait au-dessous du bon sens latin.

De Place ne put s empêcher de marquer sa décepticui à la lectui'e de ce morccniu destiué à terrasser un adversaire (le l;i taille de l!(issu(>l. Si'ul un llir-dlogieu de

Liv. i.v. i.vi. i.vii) t'I dans sa l)cj'fiisiit ilfrlunitiitiiis (lili. Vil, i-a|). XXI à xxvini.

142 JOSEPH DE MAISTRE ET LA l'APAlTE.

métier pouvait se reconnaître au milieu de ces aflirmations entassées sans aucun développement. J. de Maistre oubliait quil ne s'adressait pas au public spécial qui était au courant de la question; il voulait être lu par le grand public, et surtout par des hommes d"État; or est-ce calomnier ceux-ci que de mettre en doute leur science ecclésiastique, à une époque où la théologie n'était plus matière d'enseignement général"? Le défaut déclaircissements ne pouvait que les rebuter, ainsi que la masse des lecteurs, qui n'avait guère pratiqué les in-folio de Mansi ou les lourdes Histoires de l'Église.

Si la critique ultramontaine ne trouvait rien autre à répondre au grand argument des gallicans, elle se mettait en méchante posture; car il ne suffit pas de dire que l'erreur d'Honorius n'est que « purement grammaticale », pour ne voir dans les anathèmes posthumes lancés contre la mémoire de ce pape cjue des Héllénismes du Bas-Empire. Les Grecs étaient-ils donc les seuls à les avoir lancés, ces anathèmes"? et le bon sens latin ne les avait-il pas luimême adoptés"? Car les légats latins étaient à la xiii<= session du concile qui prononça la condamnation d'Honorius; le pape Léon II, un Latin, écrivant le 7 mars 683 à l'empereur de Constantinople, confirma les anathèmes portés contre son prédécesseur; Adrien II, un Latin encore, parle à peu près de la même manière au concile de Rome, en 868; enfin, s'il faut accorder confiance au Diarnus romanonun pontificum, les papes eux-mêmes, — des Latins toujours, — disaient anathème à Honorius, dans les professions de foi cju'ils faisaient à leur élection '.

Les gallicans n'auraient pas manqué de bonnes raisons à objecter à cette ironie transcendante de J. de

1. Cf. Tiapjjort fait à l'assemblée de 1082, par Choiseul-Prnslin, p. 80; et Eug. de Rozière, Liber diurnus, p. cxxiv-cxxviii.

l'HEUVES F.T HKSl'LTATS HE I,A COLLAHÔHATION. 14;j

.Mfiisirc : « Oiic siijfiiilir l;i coïKlaiiiiiMlion d'iiii homiiie |ti(>ii()iu(''r (|ii.u'iuil(>-(l('n.\ ans aju'rs sa mort? Depuis <|iiaii(l se lr'<)m|i('l-oii après sa mort? ». La coïKiaiiinalioii (lu \ I' comilf prouve que ipiaraiiledeiix ans après la inori (lllonoiins, on croyail dans IKy-lise qn"nn pape i)ouvail se tromper, et qn"nn (-oneile pouvait jugei- un pape, le jugement ayant eu lieu en présence des légats du pontife romain. Où J. de Maistre prend-il qu'Honorius se soit trompé après sa morti II s'est trompé avant de mourir; il a été jugé après sa mort.

I/erreur d'Honorius ne fut pas même rachetée par un(> altitude hostile au monothélisme, après sa malheureuse lettre à Sergius. Car les monothélites s'appuyèrent de son suffrage, et pendant sa vie et après sa mort, comme en font foi les actes du Vl*^ concile (680. :}'■ de Constantinople). Le pape Léon II écrivait en 683 aux évcques d'Espagne, au sujet d'Honorius : » FJaminain heretici dogmatis non ut decuit ai)ostoiicani auctoritatem, incii)ienfem extinxit. scd negligendo conl'ovit ».

Après ce court exposé de la question, on comprend ([ue de Place ait demandé « plus de détails sur llonorius ». J. de Maistre se mit en frais d'une réfutation plus soignée cf. en l'adressant à son censeur, il écrivait : « Lorsque M. de Place aura lu ce chapitre tel que je l'ai réformé, j'espère qu'il sera satisfait. La vraie difficulté, selon moi, n'est pas d'excuser Honorius, mais d'excuser le vi" concile ». Le point de vue est original, J. de Maistre déplace les responsabilités; désormais tout en accordant davantage à la discussion du cas d'Honorius, il est sur la voie de cette longue digression par laquelle il complétera définitivement son chapitre, et relative aux accusations de faux inventées contre les lettres d'Honorius, contre la lettre de Léon II

à Constaiitin-Pogonal, ci même en partie contre les actes du VI'' concile.

11 est permis de regretter que J. de Maistre ait fait porter Teffort de sa dialectique sur ces falsifications. Car rien n'est moins prouvé que les soupçons de faux ou d'interpolation jetés sur les actes cités à la charge d'Honorius. La thèse avait déjà tenté nombre de critiques, comme Baronius, Bellarmin, Lavelange (dans un livre intitulé InfaillibUitas ecclesiae in factis dogmaticis), Marchesius (dans son Clypeiis fortium), le P. Merlin (dans une savante dissertation). Au xix" siècle, l'abbé Barruel la reprit dans son livre Du Pape et de ses droits religieux, et il prononça nettement que les actes du concile de Constantinople ont été altérés. Il trancha toutes les difficultés, niant jusqu'aux lettres de Léon II, c{ue ])lusieurs ultramontains admettent, entre autres Liguori, et qui n'ont été contestées par personne avant le wv siècle. Mais Barruel, au lieu de preuves, ne donne que des allégations, sans même indiquer les sources où on peut les vérifier. J. de Maistre a moins abusé de cette tactique car, d'après lui, la mémoire d'Honorius n"a pas besoin de cette défense, et la question lui paraît superjlue.

Cependant la seconde rédaction ne leva pas tous les scrupules de son censeur. Nous la donnerons, pour qu'on puisse la comparer avec le texte imprimé, et juger, par ces tâtonnements successifs, combien le passage a gagné en vigueur, grâce aux objections de G. -M. de Place :

Le seul pape (jui puisse donner des doutes légilinies, non point à raison de ses torts, mais à raison seulement do la condamnation qu'il a sonlïci'te, c'est Honorius. Oue siiinilio cependant la cond.imnalion d'un lionune et d'un souverain pontife prononcée quarante-deux ans aprôs sa ninrl? Un do

l'HKUVES 1:t HKSL'LTATS ni': la COLLAliOUATlON. 145

CCS mallicurcii.v sopliislcs i|tii dcsiioiiorcrcnt tro|> souvent le Irùiie pjilriarcal de (ionslanlinopic. un flcaii <lc l'I^glisc cl du sens (•itiniiiun, Sergiiis en un mol, ])alriarclie de (lonslanlinoplc, s'avisa de demander, au comniencemcnl du vu" siècle, s'il y (tvnit deux l'oloiilé^ en Jrsiis-Clirisl. Délcrminé pour la nt'tcalive, il consulta le pape lionoiius en paroles and)iguës. Le jiape, ([ui n'aperçut pas le piciic, crut qu'il s'agissait de deux volontés liuMiaines, c'csl-à-dire de la double loi «pii afllige notre mallicurcuse nature et qui cerlainement était jiarfailenient étrangère au Sauveur. Ilonorius, d'ailleurs, fidèle aux maximes générales du saint-siège (jui redoute les nouvelles (piestions et les décisions précipitées, désirait ([u'o/t ne jKiilnl jioiiil tic dcnx vnlontéa, et il écrivit dans ce sens à Sergius. Celui-ci ne parla point des lettres d'Honorius pendant la vie de ce |>ontife qui vécut encore deux ans. dépendant le pape, «pii avait été instruit des senlimenls hétérodoxes de Sergius, ne cessa jusqu'à la mort de l'exhorler, de l'avertir, de le reprendre pour le ramener à la vérité, mais sans y réussir.

En f)28 {sir), immédiatemenl après la mort d'Honorius, le patriarche de C.onslanlinople leva le mas([ue ci publia son lixposilion (VErldcsf, si fameuse dans l'histoire ecclésiastique), toutefois, ce (jui est bien remanpiable, sans citer les lettres d'Honorius. L'empereur lléraclius se disculj)ant auprès du pa|)e .Jean IV, de la part qu'il avait prise dans celte affaire, garda le même silence, ainsi que l'empereur Constant 11 dans son apologie adressée au j>ape Martin I" au sujet du Ty])e (seconde folie impériale dans l'affaire du m(jnotliélisme).

Comment imaginer (jue ces discussions et tant d'autres neuss(>nt point amené un apjtel à la décision d'Honorius, si ses lettres avaient existé telles que nous les connaissons? Néanmoins on se lait, et la mémoire (rilonorius <lemeurc intacte pendant «luarantc-deux ans.

Tout à coup il est déféré au vT concile général, et. sans discussion ni défense, il est anathématisé. Lorsqu'un tribunal condanme un homme h la mort, c'est l'usage qu'il lui dise pourquoi. Si Ilonorius avait vécu à répo(iuc du vi° concile, on l'aurait cité, il aurait comparu, il aurait exposé en sa faveur les raisons <|ue nous employons aujourd'hui et d'autres sans doute que nous ignorons.... Mais, rpie dis je, il serait v<'nu présider lui-même le concile, il eût dit aux évèques, <i désireux de venger sur un pontUe romain les taches hideuses du siège de (ionstantiiiople : Mrs fr'crcs. Dieu vous alKUidoiuu; liuistjuc vous ose: juijer le chef de l'&jlise ijui est élabli pour vous juijer vous-inèmes. Je n'ai pas besoin de voire ussemblée pour condamner

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le mono IhcU sine. Que pouvez-voiis dire ({ue je n'aie pas dit ' '.' Mes décisions suffisent à l'Église. Je dissous le Concile en me retirant.

Je le répète donc, que signifie celle condamnation? Depuis quand se lromi)e-t-on, depuis quand devieril-on coupable après sa mort? La fameuse lettre d'ailleurs, quand elle ne serait pas aussi suspecte qu'elle l'est réellement, est sans le moindre doute susceptible d'un sens irréprochable. Outre la certitude intrinsèque, nous en avons pour témoin celui même qui récrivit en qualité de secrétaire d'Honorius -. Honorius ne cessa jusiju'à sa mort de reprendre et de menacer ces mêmes monolhélites, et Sergius le jjremier, dont on voudrait nous faire croire qu'il embrassa les opinions. Honorius mourut en possession de son siège et de sa dignité; Honorius ne cessa jusqu'à son dernier soupir de professer, d'enseigner, de défendre la vérité, sans avoir jamais, depuis la célèbre lettre, écrit une ligne ou proféré une parole que l'histoire ait marquées comme suspectes. Sa cendre tranquille reposa avec honneur au Vatican : ses images continuèrent de briller dans l'Église et son nom dans les saints dyptiques : un saint martyr, qui est sur nos autels, l'appela, peu de temps après sa morl, homme divin. Si quelques papes, ses successeurs (Léon H par exemple), ont paru ne pas s'élever contre les héllénismes de Constanlinople, il faut louer leur bonne foi, leur modestie, leur prudence surtout; mais tout ce qu'ils ont pu

1. S' Maxime martyr, dans une lettre à Pierre, surnoninié l'illustre, dit expressément : « Pour ramener les monothélites. que n'a pas l'ait le divin Honorius? >> etc., et S' Martin, dans sa lettre à Armand d'Utrecht, dit encore : Pro qua re saepius aposloUca sedes persuasionibus, conteslationibus alque increpalionibus admonuil eos (Sergius et Pyrrhus, son complice et son successeur sur le sièj^e de Constantinuple). — Or la chronologie prouve qu'il ne peut être ([uestion ici que d"lIonorius, puisque Sergius ne lui survécut (jue deux mois et qu'après la mort d'Honorius, le siège pontiiical vaqua peudantdix-neuf mois. [JS'ote de J. de Maislre.]

2. L'abbé Jean Sympon. Trois ans après la mort d'Honorius, il écrivait à l'empereur Constantin, lils d'IIéraclius : Quand nous parlâmes d'une seule volonté dans le Seigneur nous n'avions jtoint en vue sa divinité et son humanité seule; car .Sergius ayant soutenu qu'i y avait en Jésus-Christ deux volontés contraires, nous vîmes qu'on ne pouvait reconnaître en lui ces deux volontés contraires, savoir celle de la chair et celle de l'esprit, comme nous les avons nous-mêmes dcjniis le péché, etc., vid. (iar. Sardagna, Theol. dogin. poleinica, in-8, 1810, t. 1, controv. ix, in Append. de llonorio, n" 'Mo, p. 232, sqq. [Note de J. de Maislre.]

l'HKIVIiS KT lti:Sl LTATS 1»K LA C.OLLAlîOHATKtN. 1 t~i

(liii- dans n' s(Mis n'a rien de iloum.ili(|iie cl les faits di'tiieuiriil ce iju'ils sont.

Tout bien (onsidéiv, la juslilicaliun d'Unnorius nrcinbarrassc moins (ju'unc anlro, niais jo ne veux point élever de lioussièrr de peur de cacher les cliemins.

Ce iioincaii plaiiloycr ii'f'tail pas «le iialiuc à lever Ions les (ioules que siiggt'Tait à île Place im examen impartial des lails.

Car rauteur du Pape ne jnsliliait pas son assertion ({u'Honorins n'eùl cessé jusqu'à sa niorl d'exhorter Sereins, pour le ramener à la vérité; il ne prouvait pas non plus que Sergius n'eût i)oint parlé des lettres d'Honorius pendant la vie de ce pontife; il semble, au contraire, qu'il en ait parlé aux évèques de la province et qu'il ait combattu la belle dissertation théologi(iuc composée par Sophrone sur la doctrines des deux énergies. Ce qui est certain, c'est que Sergius, pour lever le masque, n'attendit pas quHonorius fût mort; car, dès 620, comme en témoigne une lettre de Sergius à Cyrus, le patriarche de Constantinople avait soulevé la question. Honorius ne paraît pas l'avoir détourné de l'hérésie : Hossuet signale même un autre patriarche « ({u'Honorius engagea dans le monothélisme, à savoir Macaire d'Anlioche, qui ne parle jamais de ce pape que comme d'un homme instruit de Dieu, et qu'il se lait un devoir île suivre* comme son conducteur et son chef ».

De Place ne pouvait pas deviner linlinité d'arguments que les ullramontains et Icsgallicanséchangeronl après lui autour de ce problème c()mi>lexe ' ; il a sinqilement voulu montrer (jue rt'rudilioM de.l. de Maistre ne trioni-

1. Ci'. W'eill et l.iil, la Cuiisf d'Honuritis, où sont repnuluils tous les textes anciens, discutant l'accusution d'Iiérésie portée contre ce i>ape. M. l\ Viollet (nnfaitlibililc rt le Syllahus. I'.)l»i. p. 23-32) a donne une courte mais substantielle exposition des faits.

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phait si l'acilement que parce qu'elle était superficielle et volontairement bornée. Comme son censeur ne cessait de le harceler d'observations, il consent à faire encore un nouvel effort, et en envoyant à de Place sa troisième rédaction, il lui écrivait : « Le nouveau chapitre que j'envoie (ou, pour mieux dii'e, le même article réformé) répond à tout, autant du moins que je le puis ; pourvu que mon cher censeur (je le prie de me laisser dire ainsi) pense que je ne m'en suis pas mal tiré, je serai content. C'est au fond le seul article difficile. Et je n'ai pas dit, je crois, une chose tout à fait sotte, en disant qivune anomalie ne doit pas être reçue contre une loi générale. Laissons au reste quelque os à ronger à la critique, — béiiignement, de peur qu'elle en manque, comme disait Rousseau ».

Les observations de G. -M. de Place n'ont pas réussi à faire un chef-d'œuvre de dialectique de ce plaidoyer en faveur d'Honorius; cependant elles ont, pour ainsi dire, fouetté la dialecticjue de J. de Maistre, elles ont inquiété son érudition ; elles ont forcé l'auteur à sortir quelques-unes des ressources de son argumentation vibrante et ingénieuse. Si le texte du manuscrit eût paru sous sa forme originelle, les moins exigeants en fait de science, n'auraient pu que déplorer l'insuffisance d'un morceau, destiné à renverser la solide discussion d'un maître en l'art de raisonner, Bossuet.

J. de Maistre, si proiiipl à HK-lhcen avant sa docilité, he s'est pourtant pas toujours rendu aux observations de son éditeur. Les unes ont été négligées comme peu importantes; d'autres, reconnues excellentes, n'ont amené aucun changement dans le texle.

l'HEUVES ET HESl LTATS DE LA COLLABORATION. 149

C'est quo de Maislre était impatient (Teii linir avec son livn^; un jonr ({uo de Plac<' lui envoyait le résultat de longues recherches pour rectifier une citation, il répondait :

« Je remercie M. I). des peines qu'il s'est données. J'anrais fait il y a un an un tout autre usage de ses observations. Aujourd'hui je suis obligé de choisir et de laisser subsister tout ce qui exigerait une nouvelle composition. »

Après avoir lu les remarques de son correspondant, de Maistre convient des imperfections du manuscrit; mais quoi? il faut aboutir. Tel chapitre est trop court : « Hélas! tant pis, s'écrie-t-il. Il n'y a pas de remède. Que M. de Place examine bien la chose, il verra que chaque chapitre deviendrait un livre, et que je sortirais du titre général si je me livrais à certains détails ».

Aussi bien il se refuse à orienter tout différemment son argumentation : « Deux hommes, lui écrit-il, ne peuvent être d accord comme deux cordes montées à l'unisson >.

Cependant, on peut affirmer que les lacunes signalées par de Place auraient dû être remplies, et que les changements qu'il proposait auraiiMit amélioré le livre. Il connaissait l>eauroup mimix que de .Maistre les jiarties vulmnables de la doctrine gallicane, et si de Maistre eùl utilisé les faits j)récis et curieux qu'il recevait de Lyon, il ei'd remplacé avantageusement ses chapitres plus malicieux que justes, plus brillants qu'exacts; 11 oui pris les questions par leur vi'ritable côté.

Du moins, il a utilisi', en i)artie, la science avisée de son collai)orateur; et alors, si les passages substitués au texte du manuscrit n'ont pas Ijeaucoup de force démonstrative, parce qu'ils nv sont que superficiellement engagés dans l'ensciulilc de l'argumentation, du

moins ils échappent à cos critiques que des inexactitudes trop flagrantes attirent sur un livre, et qui tuent sûrement un auteur.

On voit maintenant les résultats de cette collaboration. De Place remplit avec tant d'autorité la mission de confiance dont il s'était chargé, que J. de Maistre s'inquiétait parfois de n'avoir pu le satisfaire. Ainsi un jour il s'en ouvre à l'abbé Besson :

a Pour la première fois depuis le commencement de notre longue correspondance, je me suis trouvé contraire à votre docte ami. Non seulement je n'ai pu reculer, mais puisqu'il m'était impossible de changer d'avis, je l'ai renforcé par un morceau logique que j'ai rendu aussi concluant qu'il m'a été possible ; car, lorsque vous avez contre vous des hommes tels que M. D., il faut faire bonne mine et redoubler de force jusqu'à l'impertinence, je ne dis même pas tout à fait exclusivement. Quant aux autres observations, j'ai fait honneur avec ma docilité ordinaire ' ».

Tel est le témoignage que J. de Maistre se rendait au sujet du Pape; pour VÉglise gallicane, il promit aussi tous les changements possibles :

« Par quelques paroles de vos lettres, écrivait-il, et même de celles de mon Hls, je ))ourrais croire que vous me croyez contraire à tout changement dans le V'' livre. Comme vous seriez dans l'erreur! Il y a bien quelques points, très peu importants, sur lesquels je m'obstine. Deux hommes ne peuvent être d'accord comme deux cordes montées à l'unisson; mais vous verrez, Monsieur, par mes réponses qu'en (jénérnl je ne dispute sur rien. Malheureusement le défaut (]v temps m'oblige de faire un choix dans vos notes "-. »

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