‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 82 sur 152 · Auluiir d'un pelil livre · texte numérisé non relu

Auluiir d'un pelil livre

LA MONAlli.liri-; AIÎMM.I K HT l'AI'i:. [Ci'i

iliiT |>;ii- 1rs aiialot^fics qui! \ uiil;iil (''lai)!!!' ciil it Ii' irnnvcnifiiiciil (•(•(■I«'>siasli(|ii(' d le t^-'oin rnii'iin'iil civil, il cniicrvail le [lapc aussi alisnin (|iir le mi de France — avant la C.liarlc cl rcniitcrcnr (\t' lînssic.

A ce (lrs|M)lisnic. il appoi'lr n^'-aninoins un Icniin-ranicnl : ■• Il ne s'cnsnit pas. dil-il. de ce que lauloritc lin pa|»e est souv(>raine, (pi'<'lle soil an-dessus des lois et «pfelle puisse s"en joner » (cli. \iii). (!es lois, respeclahles um'Uk; aux papes, ce sont les canons. Les docleurs trallicans ne mellaienl pas d'autre condition à rexei'cice de la puissance apostoli(juc, dont ils reconnaissaienl la plénitude dans la chaire de saint Pierre : (' Ils demandent senlenieid, disait Hossnet, qu'elle soit r«''tîlée dans son (>xercice par les canons » (Sermon sur iuiiUc, 11'' poini ).

("et accord entre .1. de Maisii'e et ses adversaires ifest ipiaiiparcnt. car l'anienrdii Pupc nous a prévenus (pie lîossiic! « est un peu l'atigant avec ses canons auxquels il revient toujours t. (p. 107); et il alTecte même de croire ipie. dans la tli(''orie des irallicans, ■. ce mot de canons doit s'entendre des canons qu'ils ont faits, ou de ceux (pii leur plaisent » (p. 122).

L'Église de France avait moins il'amltition. Si elle ne Taisait pas de la souveraineté du pape, suivant la [leii é'iégante expression de son enncMui, une vieille femme devenue stérile, « de manièi'e (pi'ellc ait p(M(lii le droit inhérent à toute puissance de produire de nouvelles lois à mesure qui' de nouveaux hesoins les demandeid » (p. I2iii. file limiiai! l'aidorité du |ia|ie par les canons des lu'cmiers siècles do l'Église et des conciles gêné-

168 JOSEPH DE MAISTRE ET LA l'APAUïÉ.

raux, et par les institutions des saints Pères. Elle avait la prétention de suivre l'ancienne discipline, qui soumettait les fidèles, les prêtres, les évoques et le pape luimême aux lois générales contenues dans les monuments authentiques de l'Évangile et de la tradition. Elle professait cette croyance que des lois aussi saintes ne pouvaient être modifiées que par l'autorité de l'Église ellemême, qui seule avait le droit dadapter ainsi les anciennes règles aux conditions nouvelles de la vie religieuse. Ce que J. de xMaistre appelle ironiquement « un mystère délicat du gouvernement » de l'Eglise, n'est en réalité que le droit public ecclésiastique, tombé en désuétude chez d'autres peuples, mais conservé jalousement par le clergé de France : les canons ne sont pas les décrets des papes; ceux-ci ne peuvent pas les abroger ou en dispenser, sans avoir obtenu le consentement de l'Église, et voilà tout le secret des fameuses Uberlrs ijallicanes.

La plupart des nations catholiques avaient perdu insensiblement les règles et les usages établis par les anciens canons; seule TÉglise de France avait sauvé pi^esque tout cet héritage; i)our l'avoir revendiqué hautement à travers les siècles, et pour avoir protesté contre les atteintes portées à ce droit, elle fut justement célèbre dans le passé. Mais quoi! les oreilles délicates de J. de Maistre sont offensées par cet appel sans fin aux canons, à ces lois qui dominent la société ecclésiastique, et règlent l'exercice de la souveraineté pontificale.

Un ultramontain modéré aurait [)m poser la (pieslion ainsi :

11 y a deux sortes de canons : les uns conceiiieni le dogme, les autres la discipline. Entre les ultrainoiilaiiis et les gallicans, il est reconnu sans (lifliculii'' ipic le pape

LA MDNAUCllIi; ABSOLU': DU l'AI'i:. Itj9

ne |nMil s'i'-lrvcr aii-dcssiis dos canons il»' la 1" csix-cc. (Jnanl aux canons de discipline, pour «|uc le pape r('',i,dàl l'cxorcico do sa puissance sur ces caïujns, il l'audrail <|u"il y en eùl poiir tous les temps, poui' |r)utes les circonstances, pour tous les lieux. Tant (luon ne le nionirei-a pas. tant qu'on ne prouvera pas que les canons laits pour telles circonstances, tels lii-ux particuliers, sappli(pient à des conditions de tenqis et de lieux tout à lait dillérentes, il y aura impossibilité (pie le pape rèi^de lexercice de sa puissance suivant les canons. Heslera donc la seule ol)liiralion (|uavoue le bon sens, et (pie les plus fameux ultramoidains ne contestent pas, celle de se conduire d"apr('s lesprit des canons.

In tel raisonnement aurait i)aru trop modeste à l'auteur du Pape; rultramonlanisme à outrance cadrait mieux avec son temptM"anient. Laissons-le donc nuAn(puMde respect aux canons et à Hossuct, envers lequel il se ci'oil (piilte, ({uand il a dcniaiul(} < pardon à lombre l'ameuse de ce urrand homme ».

Les fj^allicans, (pii contestent au Pape les droits d'un monarque absolu, s'inclinent devant raiit(nit(' souveraine des conciles. J. de Maistrc l'ail à l'endroit des conciles ([uclques vagues protestations d'orthodoxie'; au fond il l(>s r(''iluit au rcjle le plus modeste. Dans rintimib', il l'()rmulait ainsi sa V(''ritable opinion

I. VA. 1. 111.. |). lit : <■ Au lolc. (iiiiiii|iic je iir [iriix' iiiilli'iiiciil a coiileslof ri'iniiRMik' [trcrofiativc des coiuilt-s f;t'ncr.iii\ — ■• cl 1. (II. V, I». 41 : •■ Ji" ne Icriiiiiicriii |i(iiiil ce cliaiilhc sans |nolcsti'r (le iioiivcaii ('xpicss(>ineiif (le ma paiiailc oiIlKHto.xic au sujet des (■(Miciles jiOïK'iaux... •. — C(^s (Icu.x passajics sent des additions pniviic|U(''cs par li's (dtscrvaliiuis di' se.- amis.

170 JOSEI'U DE MAISTRE ET LA l'Al'AUTE.

« Ponr l'aire court, voici mon sentiment : aux conciles le moins possible, aux papes le plus possible ' ». Ne soyons donc i)as étonnés du Ion nnier sur lequel il lait la leçon aux partisans des conciles; il les appelle disputeurs, chicaneurs, vains discoureurs; ils sont sans bonne foi, et vraiment insupportables ; une de leurs propositions est une absurdité; d'une autre, il dit qu'on lui fait tout l'honneur possible, en la Irailant seulement d'extravagante; eu un mot, il n'a jamais compris la doctrine des Français, qui est d'un immense ridicule, etc.

Un théologien de profession lui ayant lait observer que la courtoisie et même lorthodoxie étaient blessées par un tel langage, il avoua qu"il y avait « un peu dexagération » dans tout ce qu'il avait dit des conciles, mais il i)romeltait de ne laisser rien ou bien peu à reprendre dans la deuxième édition. 11 ajoutait :

« Que l'illustre critique sache par rapport aux exagérations, que, lorsqu'un arbre incline vers la terre, il ne sullit pas de le relever perpendiculairement, mais il laut le ployer eu sens contraire. Un prêtre, un théologien aurait dû peut-être s'expliquer autrement, mais que notre Sainte Mère nous laisse parler nous autres laïcs à notre façon ; avec nos impertinences, nous soutiendrons assez bien sa cause ^. »

Les impertinences de J. de Maistre à l'endroit des conciles se donnèrent carrière sur le double terrain du raisonnement et de l'histoire : en théorie, il soutient l'impossibilité et la nullité îles conciles; et quand il cherche leurs titres dans l'Écriture ou ilans la tradition, il aboutit à une conclusion identi(pie.

D'abord un concile o'cuméuique est une chimère : car

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