Cyjj. Epist., XXXIU
2. Du bapl., contra doiuiL, liv. II, ch. iv. — Un érudit, dom Lt'clcnq, ([iii viciil de i)iil)li<'r 2 volumos .«ur l".\l'ri(iiio ohnHionnc (l!l()4) cstiiin' (pi'oii 11(1 lioiivc pas (lan.s ces textes de saint Cv|nien « la ne^ialion lornielle de la siihordinatioii liiérarchifjue il l'h^glise de Ronio » (I, 213); des eriticuies bien iiiloiinés rendent hommage h la science de dom LecI(MCi|, mais ajoutent que •■ sa réserve est parfois dirili-ile à admelti'c •■.
LA MONAHCIIIE AIISOUi; Dl' l'AI-K. 177
une |ii'i'iivr roi'iiirllc ilc l'iill l'ainunl ;iii i^iiw ;iii(|ii(>l ikIId'-i;iil si peu l"'i'aiir<>is de Sales. (|iril »''crivait :
« Iji ccl à<^c i|iii rodoiule en cervcllrs fliamlcs. aiiTncs r[ (•(uil<'iilifMis('s. il <'st nialaisr de dire chose fini n'olfiMise C(Mix <{iii, (aisaiil les Ijoiis valcls soit du pape, soit des princes, ne veulent (|ue januiis on s'arrête hors des exti'éniilc's. ne reirardant pas «pTon ne saurait l'airr pis pour un père (jue de lui oter l'amour de ses enfants, ni pour h's enfants de leur ôter le respect qu'ils doivent à leur pri'e '.0
.1. de Maistre invoque des té ni oitr naines protestants et russes, pour étayer sa thèse de l'absolutisme.
J. de Maistre n'a pas vu (pie les prolestants inclinent volontiers vers la thèse ultramontainc, parce ({u'clle est favorable à leur controverse avec les catholi(|ues. A toutes les époques les dissidents ont api)laudi aux mesures qui ont fortifié dans l'Kglise le pouvoir central, et (|uand on vient leur dire : « Sans le pape, point de christianisme », ils trouvent dans cette formule la justification de tous leurs pri'jugés contre Rome et le papisme. La suprématie absolue du pape entretient le schisme, et jamais la réunion ne sera possible entre ces deux systèmes qui développent chacun jusqu'à l'outrance leurs principes opposés : Rome concentrant toute l'autorité dans le pape et Genève réduisant la notion de 1 autorité à nètro plus (jue purement intérieure et nu>rale -.
i.(>s ti'moiirnagcs russes semblent admettre la supérioi'ité liiérarchi»|ue de rKjjflise romaine, mais ne fondent
1. Citi' |i;ir l)ii|i.inl(Mi|i. AverlisscinriiL à M. Louis \ftii[l(il. p. 2'.) (ISC.'.I).
2. CI. la /U'UHc (tri août Ii)(l4. f'scptciiiltip et io s('|.li'iiilin' l'.)()4), ijui a |ii!l)lie it's icsullats (finie eiuiui'-k' .-«nr la rcmiidii des
c Églises.
pas rabsolulisme du pape. Un théologien gallican, labbé Baston, ne fait aucune dilliculté d"y donner son adhésion. Voici, par exemple, un témoignage du v siècle, avec le commentaire de l'abbé Baston (c'est l'Église russe qui parle à saint Léon) :
« Quel nom te donnerai-je aujourd'hui.' {Tournure el emphase poétique). Te nommerai-je le héraut merveilleux et le ferme appui de la vérité (allusion à la fameuse lettre à saint Flavien), le vénérable chef du suprême concile {seulement chef; le mot suprême est pour le concile) ; le successeur au trône suprême de saint Pierre {au trône élevé au-dessus des trônes de chacun des autres évêques), et le successeur de son empire {de son autorité, de sa puissance, sans dire en quoi elle consiste).
« Mon commentaire, conclut l'abbé Baston, prouve clairement que cette strophe est toute gallicane '. »
Les gallicans, à leur tour, viennent déposer en faveur de cette suprématie, à laquelle })ourtant la déclaration de 1682 portait un coup droit, mais les thèses paradoxales ne sont pas pour arrêter J. de Maistre.
En tout cas, après l'avoir lu, de Place lui écrivait : « 11 était facile et peut-être convenable d'apporter un plus grand nombre de témoignages ». En elïet, les textes cités sont peu nombreux et vraiment faibles : l'assemblée de 1620, Bossuet, Fleury, le conseil ecclésiastique de 1810.
On a démontré que l'assemblée de 1626 n'avait pas ratifié le projet de lettre au clergé, rédigé par l'évêque de Chartres, el admettant riiil'aillibililé - ; il n'a (kuic [)as
1. Rédninaliiiiif. imiir l'/ùjUsf de Fmiirc cl pour lu vcrilr. conirc l'ouvrage de M. le cdiiitc de Maislre, iiititiité .. hti l'ii/ie », rie.. I. 1. p. 178.
2. Eii 1860. Df(li.iiii|)s. cviMHic (i(> Malincs. iiiviKiunil 1(> inciiip |ll■is^«ap■t' cdininc un Icrnni^iiinfic décisif dr l.i ciiivaiice du «-lerpé u
LA .MK.NAUCIIII': AlfSltLli: 1)1 l'Al'E. 179
(le vîilt'iir iiriicicllc. I!ii l'cvaiiclic, les Mniioircs et Ifs l'rorî's-verbaiix du denjé de Fnuice conticiuiciil mit' loiilc df (lociinicnls niilluMiticuics, (|iii roinicillciil ral)s<i|ii lismc (le la nioiiarcliie itoiililicalc.
Il n'est pas néccssaiic diMrc lamilier avec cette hisluiro du clergé de France, pour se croire autorisé à sourire de J. de Maislre, qui range liossuet et Fleury parmi les ultramontains.
11 est vrai que la priuiaulé du pai)e n"a jamais été célébrée avec des accents plus nuigniliques, avec un lyrisme i)lus débordant, que dans le sermon sur Vinité de l'Éylise; il est vrai que les ultramontains ont toujours adopté la i'" partie de ce sermon, qu'ils négligent de confronter avec la 2^, où la doctrine gallicane est professée non moins clairement. Néanmoins on n'est pas reçu à invoquer Bossuet comme le soutien de la monarchie poidilicale. J. de Maislre aurait dû laisser cette taclitpie à un Muzzarelli ou à un Bélet, qui ont affronté le ridicule de vouloir mettre Bossuet en contradiction avec lui-même; étranges historiens, qui Ircjmiuent le texte d'un écrivain, i)our en faire sortir des conclusions favorables à leur système '.
Suilant de Maistre, Fleury ne serait pas nujins affirniatif<iue Hossu(>t ; il a dit :« LKglise romaine n'a jamais erré ». C'est \ rai. mais il n'a pas dil : « Le pape n'a jamais erré - ».
Le conseil ecclésiastique de 1810 n'est pas plus favo-
riilliiiiiiunl.iiiiMin'. (;r. ,lc;m Wdllini, /(( \riilr sur te cuiirHr, p. |:i!) «•I I ',0.
1. Muziuclli, l'InfaiHiliiUlô du jxiijc iirouvèc : /" /;«/■ li-!i iiriiirijx-s mêmes el le scnlimeiit universel de rÉylise tjallicune; 'i" par lu duclrine el la Iradition de l'ÉijUse ealhoUnue (IS2(i, rcédilioii do IS70), et Ik'let : /(' ('•<dlicunisine réfuté pur liossuet (ISCiil).
2. J. (If Miiistie «iliiit (lussi un tciiioifiiiajrc de I'.i.sluI : cf. «((/»/•((, p. SO.
rable à la thèse ultramonfaine ; car il a répété, après toute rÉglise gallicane, que le concile général était supérieur au Pape; que Pie VII, par sa bulle d'excommunication du 1809, avait outrepassé les pouvoirs que les lois françaises accordent aux écrits de ce genre ; enfin qu'un concile national pourrait interjeter appel de cette bulle au concile général ou au pape mieux informé.
Libre à J. de Maistre de ne voir dans ces déclarations qu'une routine française ; cette prétendue routine est une tradition, et une tradition chère entre toutes au clergé de France, sur lequel l'ultramontanisme a vainement essayé de mordre pendant plusieurs siècles.
Enfin les gallicans opposent à leurs adversaires les sessions IV et V du concile de Constance, où fut proclamée la supériorité du concile sur le pape.
Le concile de Constance est vraiment le nœud de la question qui nous occupe : c'est contre lui que les ultramontains, comme Muzzarelli, ont fait porter le plus grand effort de leur dialectique. Les gallicans, au contraire. Font défendu comme la pierre angulaire de leur doctrine : Bossuet a fait tourner autour de ce concile toute sa Dissertatio praevia; et Dôllinger, en 1869, proposait à ses adversaires une étude approfondie du concile de Constance, pour rendre impossible la proclamation de l'infaillibilité.
J. de Maistre, est-il besoin de le dire, n"a i)as fait Thistoire du concile de Constance : « Si je m'enfonçais dans les détails, remarque-t-il justement, il m'arriverait un petit malheur que je voudrais cependant éviter, s'il était possible, celui de n'être pas lu » (p. 117, note). Néanmoins, comme il ne pouvait pas évilcr la question, il ne s'est pas contenté comme on le fait trop souvent, d'opposer à ses adversaires une fin de non-recevoir ', et il a
I. l'aslor, dans sa iiiandc cl hcllc llisluirc dcsjjajics di'jiuis hi j'm
LA MONAItClllE AHSOLIK 1)1 l'APE. 181
|»r<)|)(»s('' sur la session I\''' des i-i'-llcxioiis (l'une ccrlainc ini|nti'liinc('. (>n prul ri'i^Ti'llcr (pi'il soil vcslr lidrif ;'i son syslrint" d iiicxai'l itiidcs r| d'à peu pi'cs.
(l'rsl ainsi (jii'il l'ail un laldrjin l'aiil.iisistc de rt'-jal d'i'spriL (jui aniinail les Itères du coiicilo : « Oii'oii se nietlo, dit-il, à la placo dos ('vèqncs de Constance, aj^ilrs pai' loulfs les passions de riùir<t[)e, divisés en nations, opposrs d'iidi'-rtH, fatii^'urs par le rotard, inipali('nl(''S par la fontradiction, sôpaivs des cardinaux, di''pourvns do contro. cl. pour couiIjIo do malheur, inlluoiicôs par dos souverains discordants » (p. 115). Tout osl faux dans co i)ortrail : cai- si les Pôros de Constance ('-laionl a,yit«''s |)ai' (pioiqut* passion, (-'(''tail colle do travailler à détruire Iv schisme; ils étaioul divisés en nations, et opi)osés d"int(M'él comme c'est le cas ordinaire dans les conciles, et |ionrlanl sur le point (\e doctrine traité dans la session 1\'', on no voit pas (|uc cette division ait persisté; — étaient-ils l"atii,'ués par le retard? Non, puisque l'ouverture du concilo est du ;') novembre 1414, et que la IV'' session lut tenue le ;U) mars lit:') : — impatientés par la contradiction? aucun concilo no ilonna des signes moins équivoques do mansuétutlo et de calme : c'est ainsi qu'au lieu de réduire par des menaces et par des peines ecclésiastiques les évoques dissidents, rosli's lidèlos aux antijjapos, li>s Porcs de Constance onq)Ioyoreid la voie dos néi^ocia-
du moyen i'kjc. cxcciiIc sumiiiaiiciiii'iil les dôrrcls dci Coiislancc : ■• Issus, (lil-il, lies (icliltcraliiiiis d'inic assemblée qui ne pouvait incletidic au lilic di- cimcilc (i'cuineiii(|iie, dépnurvus de ra|iliridiali(iii d'un iiape, bien que ceiiaineinenl il y eût un pape leuilinie, votés en opposition a\c( les cardinaux, pai- une niajorile eonipî)sée d'Iimunies diuil le plus urand runnlire n'avaient aucun (iioil à prendre |)art aux dclilii-raliiuis. ils ne peuviMil èlie considères (pu- ((UiinM- ini ex|iedietit el ini coup de l'iMce ■• (T (••(lil...l. I. p. 2VI).
lions, et se prêtèrent à toutes les combinaisons, inspirées par l'esprit de paix et de fraternelle condescendance; — ils furent séparés des cardinaux, nous dit J. de Maistre; or le continuateur de Fleury dit (liv. Cil, n° 175) que « tous y assistèrent sauf le cardinal de Cambrai qui était apparemment malade, aussi bien que celui de Vivier s : — enfin si le pape ne les présidait pas, c'est que Jean XXIII s'était enfui honteusement.
J. de Maistre prétend que le concile lui-même s'en remit au pape du soin de réformer l'Église. En réalité, le i)ape Martin V ne fut (Hu que le 11 novembre 1417, et c'est dans la session du 30 octol^re (la 40"^), que l'on fit le décret portant que le pape réformerait V Église dans son chef et dans ses membres. Le décret est conçu en ces ternies :
« Le saint concile général de Constance, légitimement assemblé dans le Saint-Esprit, représentant l'Église universelle, statue et ordonne que le pape futur à l'élection duquel on doit procéder incessamment de concert avec le concile et avec les députés des nations, réforme l'Église dans son chef et dans ses membres, aussi bien que la cour de Rome, selon l'équité et le bon gouvernement de l'Église, avant la dissolution du concile, et que cette réformation concernera les articles arrêtés dans le collège réformatoire, tels que sont ceux qui suivent, etc. I)
Les gallicans n'ont donc pas tort do faire remarquer que le concile, avant l'élection du pape, statue et ordonne; et qu'en laissant au pape le soin de réformer, il fixe le temps, le modo et les olijets de la réformation : jamais supériorité ne fut plus évidente.
J. de Maistre croit affail)lir l'autorité du concile de Constance, en relevant les expressions par lesquelles le itn})e Martin ^' donna son approl)ati()ii : « 11 approuva
LA MONAKCniE AHSOLIE DU ['APE. 183
toiil ce ((lie If (•(tiicilc avail l'ail ronciliniremcnt {ce ((iril n''|)(''tc doux Idis) ou lualiri't^ de loi ». (]r mot de conciliariler, si rare qu'il a (''c-hapi»'' à nos aiicions Ifxicograplios, à Du (laus^o, à (larix-nlicr, a-t-il rh'' créé tout exprès pour restrcindi'o l'aijprojjatiou? Cola se peut, mais si le pap(^ ne se borne pas à dire qu'il approuve tout ce qui avait été fait et décrété par le concile, c'est qu'il y eut, à Constance, des mesures irrégulières, et jamais aucun théologien gallican ne l'a contesté.
.). de -Maistre, averti par de Place, a supprimé plusieurs i inexactitudes, et s'est résigné à ne plus traiter la réunion de Constance ûc prétendu concile^ Mais il persista à dire (pu; (^ette assemblée déraisonna (p. M4), et que dans tout ce (|ue ses nieml)res « purent faire sans l'intervention i\\\ pape, et même sans qu'il existât un pape incontestablement reconnu, un curé de campagne, ou son sacristain même, étaient théologiquement aussi infaillibles f|u"eux » (p. 113).
Ces excentricités de langage compx'omettent encore une thèse, si mal établie par l'histoire; mais quelle vue juste sur les conciles attendre d'un écrivain, pour qui le mot (ÏÉ(ilise, sous la plume des théologiens gallicans, est aussi dangereux que celui de nation dans les écrits des révolutionnaires français? Avec de pareilles analogies, on détruit l'histoire, on détruit l'Écriture; c'est au i)rix de ces destructions que l'on élève un système nouveau; mais tant de hardiesse n'en impose qu'aux ignolants. J. de Maistre a ri « de la 't^ session et de ceux (|ui refusent d'en rire »; il a compai'é les Pères de
I. I.'cxpic- siiiii ol (li'vcnuf .. Il' cuiiM'iJ lie fÀmslnni-e. (|uc la l'rovidcMci' cl le |ia|>c clian.iii'ri'iil (ii'|iiiis eu cuncilt' ». Marlin V iTavail pas les miMiics srni|iii!cs : liaiis plusieurs cniisliliilions l'I UdlaniUK'ul <laiis la bulle (i'appnihalinri. il l'a piielje .svi/ido;»! roHcililllii.
Coiislnnce à des hommes rendus spiritueux par la passion, lomhanl delà clialeurdans l'exallalion ri le délire, passant d'une fernientalion turbulente à Vacide et de celleci à la putride : ce n'est pas avec ces plaisanteries que l'on répond à Bossuet.
ClIAIMIIiK 111
LK PUOHI.KMK T il H OLO (110 UE ; 11- l'AHTlK : 1/lNFAILLIHlLlTK DU PAPK
Le 1\''' arlicle de la déclarai ion <lc 1G82 est ainsi fornmlé : « Quoique le pape ait la pi'incipale part dans les (piestions de foi, et que ses décrets reganlent toutes les Kglises, et chaque Kglise en particulier, son jugement n'est pas irrél'ormahle, si le consentement de TÉglise n'intervient ».
Au i-ontraire la fameuse constitution Pastor aelernus de IS70 d<'M'lare que le pape est infaillible quand, en (piaillé (le past(Mir et de docteur universel, il définit une doctrine touchant la foi et la morale, et qu(^ ses décisions sont alors irr(''l'oi'mal)les i)ar elles-mêmes, et non d'apiv'-s 1(> (•()iis(Milt'm<Mil de l'Église '. L'opposition est parfaitement lranch(''e.
J. de Maisire plaisante liossud pour avoir soutenu (pie la docti'ine de l'infaillihilih'' n'a (•oninien(('' (pian concile de Florence, et Fleury. pour avoir nommé le dominicain Cajetan comme l'auteur de cette doctrine.
I. ■• ... Iilcuiiiic cjiismodi Hotnfini pdiililiris ricfinilionos ex -r^i>. Miiii iiiiti'iii ex ciiitsiMisii Kcclcï^iiic irivroiiiiahiics i's.>ii'. • (Col-
Inli,, l.ii,-ri,-;is. l. VII. |i. 4:i7.)
SOUS le pontificat de Jules II : » On ne comprend pas, dit-il, comment des hommes, d'ailleurs si distingués, ont pu confondre deux idées aussi différentes que celles de croire et de soutenir un dogme » (p. 11).
En 1817, la prétention était singulière de poser l'infaillibilité en dogme; cette croyance était de plus en plus admise, même en France; cependant l'opinion gallicane était tolérée, et jusqu'en 1870, la conscience catholique ne fut pas liée sur ce point par un décret positif.
Mais ne chicanons pas l'auteur sur son expression, puisque la proclamation d'un dogme nouveau ne crée pas ce dogme, et n'établit pas dans TÉglise une croyance inconnue jusque-là; les théologiens nous disent, en effet, que toute vérité religieuse, devenue article de foi, préexistait au décret qui Ta formellement consacrée. Donc l'infaillibilité, suivant J. de Maistre, était crue dans l'Église, avant d'être soutenue comme un dogme.
Les déductions de J. de Maistre et ses arguments historiques ont-ils préparé la solution intervenue en 1870? Nous n'examinons pas ici l'influence exercée par l'auteur du Pape et de l'Église gallicane sur la pensée catholique de notre pays, resté le plus rebelle à l'infaillibilité; nous nous demandons si les théologiens de 1870 ont été éclairés dans leur décision par ime de ces vues lumineuses que J. de Maistre se flattait de projeter sur les obscurités de la théologie.
L'auteur du Pape n'a donné la solution d'aucune des inextricables difficultés, que Dupanloup à la veille du concile signalait avec force ' : il ne s'est prononcé ni sur les conditions de l'acte ex cathedra, ni sur la nature et les limites de ]'iiilai]lil)i]il('', ni sur li's laits historiques
1. I.cllri- (le M(jr i'ciH'iiiic iroriraiis ait clcnii' de son dincHe, relalivfiiicnl à lu (Irjiiiilioii dr riii/dilliliiUlr mi jiinrUniii rniiritr (IS(UI).
LIMAILUBILITl'; Dl l'AI'F. 187
lies ,1 la (|ii('sli(iii, ni sur les ronsr'qiicncos rfliLriouses (III |i(>lili(|iii's (le en dogme. Ou('l(|ues axiomes d"homme dl'lliil. (juelcjnes comparaisons avec la soiivcrainet»'' civile, des inexactitudes liistoriques, des hérésies pcut- «Mir : voilà de quoi se composait ce nouveau système, doni linventeur ne pouvait que sourire dans son bon sens hiïque, des théologiens de premier ordre, Bossuct et Fleiii-y. qui avaient maminé Voire de l'infaUlibilUé.
.1. de .Maistre es! si loin (l"avuif |)rf)pos('' iuk^ df-diiitioii de l'acte ex cathedra, qu'il avait d'abf)rd oublié de prononcer le mot. Voulant donner à ses lecteurs une idée nell(> et parfaitement circonscrite de l'infaillibilité, il écrivait (texte du ms.) :
« Les défenseurs de ce grand privilège disent donc et lie disent rien de plus, que le souverain pontife parlant à rKgliso lil)i"ement, ne s'est jamais trompé et ne se Irompei-a jamais sur la foi » (ch. xv).
l'rii- de s'expliquer, il ajoutait que par Uhreinent. il entendait « que ni les tourments, ni la |<ersécution, ni la vi<>l(Mice enfin, sous toutes les formes, n'aura pu pi'iv(>r le souverain ponlil'c de In liltci'b' d'esprit qui doit présider à ses décisions »; de plus il a complété le mot par cette expression : « et, comme dit l'école, ex cathedra ».
Reste le mot d'Kglise, (ju'il n'a pas éclairci; et pourtant il faudrait savoir si Ilonorius, dans sa lettre aux trois patriarches d'Orient par lesquels il était canoniipioniriil consulté, parlait à l'ErjUse : oui, disent les gallicans : non, répondent les nlti'amontains. .\ quels signes irn''cusaiiles nM-ininaitnnis nous donc l'acte ex r(dhedra!
188 JOSEPn DE MAISTRE ET LA PAPAUTE.
Bossuet pressait déjà les uUramontains de son temps de s'accorder sur les conditions extrinsèques de l'infaillibilité : " Tous nos adversaires, écrivait-il, avouent que beaucoup de réponses des papes contredisent si visiblement les vérités enseignées dans Févangile et dans les écrits des apôtres, que personne n'en prend la défense; et ils n'éludent la conséquence qui résulte de cet aveu, qu'en disant que ces papes consultés canoniquement, comme chefs de l'Église, sur des points concernant la foi et les mœurs, n'ont pourtant répondu que comme docteurs particuliers i> ; et il ajoute que, « de tous les faux-fuyants, celui-ci est le plus absurde et le moins séduisant ^ ».
Les défenseurs de l'infaillibilité n'ont pas encore formulé ce critérium indispensable pourtant pour lier la conscience des catholiques; car une vérité religieuse n'entre dans le domaine de la foi que si elle est marquée de ce caractère essentiel.
Nous ne nous engagerons pas dans cette question épineuse; il nous suffira de dire que l'école enseigne 18 systèmes également probables sur la manière dont il faut définir l'acte ex cathedra; que deux théologiens chers à J. de Maistre, Mansi et Orsi, proposent deux solutions différentes, que liellarmin, cjui n'accorde l'infaillibilité qu'aux décrets adressés à l'Église, entière et proclamant une loi morale à l'usage de la catholicité, n'a pas paru satisfaisant; cjue d'autres ont exigé que le décret papal eût été affiché à la porte de Saint-Pierre, ou qu'il renfermât un anathème contre ceux qui soutiendraient une opinion dilférente, ou qu'il eût été préparé par le collège des cardinaux, consulti' soit dans son entier, soit en partie : si bien que Drdiiiigcr pouvait