‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 86 sur 152 · I. I)isscrlatiij iirarvia. i-!]\). vu · texte numérisé non relu

I. I)isscrlatiij iirarvia. i-!]\). vu

i/iMAii.Lii'.iLnr; iti' l'Ai'E. 189

('crin- fil lst;u : « Celle iiolion ;iii|(;irlieiil aii\ ohsciires ci iii(l('"cliinValiles iiiatièrcs de la <l<)i,Miiali(|ii(î. (;iia(|iie |>arlisaii de riiilaiHihilil»' (leiuoiire lilire (1(> se faire; iiiie iir'linili(»ii (II' lii tiétîision ex calhedni pour son iisai,'-e persoiiiiel ' ».

F.e coiicile (lu \'aticiiii hu-nK'nio a nM-nh'- devaiil la (l<''lei'uiinali(Hi piv-cise do ces coudil ious. d'où s'ongendre riulaillibilité; et lorsqu'on veut aujourdliui nous dire (pii'lle esl la doctrine recnie conimunénient par les IIk-oloi,Mens, on l'eproduil nn passage célèbre d'un livre é(;rit par (ir(''t,n)ire XM, lors((u"il n'('tait (pie le cardinal (lapellai'i -.

« Pour juger, disait le futur pontife, si le pape pro nonce comme juge ou s'il parle comme théologien, il ne faut pas seulement considérer la nature et la qualité de l'objet dont il est question: cela dépend encore de sa volonté. Il y a donc certaines formules établies et déterminées par un usage constant de l'Église et des papes, pour faire connaître d'une manière précise à toute la chrétienté les jugements suprêmes et définitifs, et la peine conséquemment encourue par les réfractaires.... I>a principale de ces formalités consiste à qualifier d'iiéréti([ue la doctrine contraire, ou à fqlminer l'anathèrne contre ceu.v qui la confesseraient dans la suite. On ne devra don(^ pas regarder comme délinitifs les jugements {\n pa[)e où ne se trouve pas cette formule ou quehiue chose d'équivalent, ni croire tju'il ait entendu ou voulu, en les rendant, exercer sa primauté d'autorité.

1. Lf papr ri le concile, par Jnnus (trad. fiani;., 18C'.)), p. I i:!.

2. Il Irionfo délia Santa sedc e délia chiesa. 17!)!». — L'ouviaec fut |iiit)li(' (lo iioiivcaii 011 I8:J2 à Venise, iiciidaiit le pdiililiiat de (jrt'pdiro XVI. par Monj^lii (rArvillf ([ui travailla sous los yeux du |i;ipi'; une haduction jram.-aisc. faite par l'ahhe Jannncs. parut rann('c suivaiili> à I.yon. sous ce litre : Triontplie du S(iinl-Sic<ic et de rÉijlise'i-l \o\. in-8).

Au reste, cette dernière note est purement extrinsèque *. »

vSi J. de Maistre eût connu cette définition, il est probable quelle lui eut paru mettre trop à Taise la conscience catholique.

Il pensait comme la plupart des fidèles qui donnent à rinfaillibilité des limites beaucoup moins étroites, et qui prennent au pied de la letti-e le passage de la constitution Pastor aeternus. interdisant aux catholiques de contester le jugement du pape, « au-dessus duquel il n'y a point d'autorité, qui ne peut être réformé par personne et qu'il n'est permis à jjersonne de juger ».

Ce n'est pas le lieu d'étudier quelle est la vraie nature de l'infaillibilité, telle que l'a définie le concile du Vatican : mais nous ne faisons pas à de Maistre un simple procès de tendance, si nous disons que ses préférences étaient pour une infaillibilité absolue, incondi-

1. Gh. XXIV, l. II, p. 270-272. ciU' par iM. P. Viollel. niifuillibiUtr du Pape cl le Syllabiis, 1904. — M. BiuiietiérL', dans sa fdiilmvcix! sur le socialisme avec M. Georges Renard, éimmère quatre conditions de l'acte ex calhedra : <■ 1° Ex parle poitlijicis : ([uo le pape s'adresse à la chrétienté, comme docteur et pasteur su|)rènie; 2° ex parte maleriae : que la définition ])orte sur les matières (jui sont l'objet du magistère inlailliblc de l'Eglise; 3" ex parle forinae : que la définition soit proposée comme définitive, et comportant, sous peine d'anathémc, obligation de s'y soumettre; 4" ex parle Icrmini : (ju'elle s'adresse enfin à l'Église universelle comme telle » : « Mais, ajoute M. Brunetière, combien de distinctions, de jjrécautions, de discussions ne comporte pas la reconnaissance de ces quatre conditions... Il y aurciit tout un livre et un gros livre ii écrire sur la seconde seulement de ces (juatn; conditions : f/(/c//c est la rnalière du inayislcre infaillible de l'Éijlise ? » (Pelile Hépablique, 27 mars 1904). Ces subtilités. M. Georges Renard les a|)pelle un ma<iuis Ihéologique.

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tioiiiK'llc, ciMliainiiiil la \ if des lidrlcs (|r|iiiis la plus solciiiicik' (les fi-oyancc's relii,'i(Misos. jusqu an plus siiii|ile (l(*s acU's (le la vio civile. Son at'Iiariiciiioiil coiilrc la (loclriiic jLrallicam' nous est un garant (ic rinjcrprétation (|uil faisait de licU-c (linfailliljilit»''. 11 ne songe pas à sauver les droits de la conscience individuelle en face de rahsolulisnic docii'inal du pape. Dans l'ordre civil, il prolessail pour les lenipéranients du pouvoir, |)Our les chartes, pour les liljertés de toute espèce, une iniliiférence »pii allai! jusqu'au mépris. Les contlits douloureux du citoyen, pris entre son respect de l'autorité nécessaire et les revendications de sa personnalité, n'avaient aucun ('-clio dans cette intelligence lerniée à toute vellf'ilé d'indc'ix'udance. AJortiori, les déchirements d'ànie du croyant, troublé dans sa foi passive par les soubresauts de sa raison, n'étaient à ses yeux ({u'une impiété : jamais il n'eût fait consister le véritable esprit chrétien dans le ralionabile obsequium de l'apôtre. La v(''i"ilal)lc foi, d'après lui, ne raisonne pas, ne doute pas, ne discute pas; « elle croit sans disputer; car la foi est une croyance par amour, et l'amour n'argumente point » (p. 12j.

L'Lglise n'a pas le droit ilexaminer, de discuter et de juger les décisions du souverain pontife; comment un simple fidèl(> jouirait-il d'une prérogative (pii serait pour un concile une nsur|)ation impie? « L'infaillibilé dans l'ordre s|>irilnel. a-t-il dit. et la soiiverainclc dans lorilre temporel, sont deux mots parfaitement synonymes. L'un et l'autre expriment cette haute puissance (pii les domine toutes, dont toutes les autres (h'-iivenl. qui gouverne et n'est pas gouvernée, (pii juge cl n'est pas jugée > (p. 2).

Ainsi rinl'aillil)ilité ilu pai)e est un coi-ollaire de sa souverainel*'' : il est le monarcpie abscdu di- l'Hglise: à

ce titre, il ne peut pas se tromper, et ses décisions font loi : « La souveraineté a des formes différentes, sans doute. Elle ne parle pas à Constantinople comme à Londres ; mais quand elle a parlé de part et d'autre à sa manière, le Mil est sans appel comme le feflà. Il en est de même de LÉglise ». Étrange rapprochement! Comme si l'adhésion due à l'enseignement de lÉglise était du même ordre que la simple soumission exigée par rapport à la puissance civile ! La croyance engage l'âme tout entière; elle n'est pas extérieure et purement formelle comme l'attitude du citoyen qui s'incline devant une décision, même injuste, au nom dune loi abstraite d'obéissance, fondement de toutes les sociétés. L'humilité du croyant est d'une autre essence : elle dérive des promesses faites par Dieu lui-même; elle sait que l'Église, cette figure visible du Christ, ne peut ni tromper, ni violer la justice; la pensée et la conscience déterminent le devoir et président à la conduite du véritable catholique.

Cette infaillibilité totale et sans restriction, J. de Maistre a cru la voir dans l'histoire de l'Église. Les gallicans a[)i)ortaient deux sortes de preuves contre le système ultramontain : d'abord les faits attestant que le corps épiscopal n'a pas reconnu comme infaillibles les décisions doctrinales des papes; ensuite, les faits attestant fine les papes se sont trompés dans leurs décisions. J. de Maistre a contesté les uns et les autres.

D'abord il se refuse à reconnaître que les conciles aient examiné les décisions des papes avant do les admettre : « .lamais, dit-il, on ne prouvera que les conciles aient pris connaissance, comme juges proprement

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dits, (les décisions (lot,'m;ili(nies des papos, et qu'ils se soient nrroi,'<'> le droit de les accepter on de les rejeter » (p. i;îi .

i'^t poiu-lant 1111 jiii,'eiiieiit «'-piscopal iiiter\iiit dans ce concile de Chalcédoine, auquel se réfère J. de Maistre. La lettre de saint Léon y fut examinée judiciairement, et si les Pèi-es radoi)tèrent sans réclamations, c'est après un séi'ieux examen.

Les évèques gallicans ont manifesté [)ar leur conduilc en bien des circonstances qu'ils ne se croyaient pas réduits à l'obéissance passive. Si quelques-unes de leurs assemblées ont paru transiger sur leurs droits, ces défaillances s'expliquent parles circonstances. Ainsi le clianoine .Muzzarelli, dont les opinions sont identiques à celles de .1. de Maistre, ne doute jias que le clergé de France n'ait doiiiK' son adln-sion à la doctrine de l'infaillibilité, parce qu'il toléra le cliangenieiit fait par Alexandre \'I1 au formulaire de la conilamiialion portée contre le jansénisme. L'assend)lée du 12 mars lOliT, rapporte-t-il, déclarait : « On condamne de cu'ur et de bouche la doctrine des cinq propositions de (lornélius Jansi'nius contenues dans son livre inlitulé Augiislinus, que ces tleux papes (Innocent X et Alexandre \ll} et les évèques ont condamnée ». Au contraire la constitution de [MV.\ ne mentionne plus les évoques : « Je rejette, dit ce nouveau formulaire, et condamne les cinq propositions extraites du livre de Cornélius Jansénius, intitulé Autjuslinus, dans le proi)re sens du même auteur, comme le siège apostolique les a condamnées par les mêmes constitutions. Je le jure ainsi ' ».

La modification est grave, à la vérité, et ce nouveau texte semble établir lindéiiendance des constitutions

l. L'iiifaillibilitc du Paijc, j). 157.

du pape; néanmoins l'oubli du clergé de France s'explique par ce fait même que les évèques avaient délibéré plus d'une fois sur la ([uestion, qu'ils avaient plus dune fois e.rominé les condamnations i)ortées par Innocent X et par Alexandre MI, et (pie leur acharnement contre les jansénistes leur f<>rmait les yeux sur leurs propres droits. Mais quand la jiassion ne les aveugle pas, les évèques gallicans revendiquent leurs droits et opposent cette liberté aux entreprises sans cesse renouvelées des papes. Neurent-ils pas l'audace en 1705 de juger la bulle Vineam Doinini, au grand scandale de Clément XI, qui répliquait : « Quis enim vos constituit judices super nos? Numquid inferiorum est de superioris auctorilate decernere, ejusque judicia examinare ' ».

Ce langage est absolument conforme à la thèse de J. de Maistre: mais il n'était pas fait pour convaincre un clergé, qui, dans son obéissance au pape, se garda toujours de la servilité.

Aujourd'hui . même après la constitution Pasior aeternus, de bons catholiques persistent à croire que l'Église a le droit et le devoir non seulement de se livrer à un examen respecliienx des « actes, quels qu'ils soient, émanés des souverains pontifes », mais encore de ne pas adopter toutes leurs opinions sur la doctrine -. Ils savent, en effet, que l'histoire a enregistré un certain nombre de défaillances des pai)es en matière de foi, et que les i)apes eux-mêmes ont révoqué plusieurs des décisions portées par eux-mêmes ou par les papes antérieurs.

Ces défaillances, les yallicans ne cessaient de les

t. Bvi'i (initiildlionra L^eatras, l.'i janvier I7ÛG. 2. a. p. Viulk'l, 1», 38.

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Opposer aux iilliamoiitniiis. .1. de Maislre a ('tiidit'', parmi les |)i-(''lcii(lii('s erreurs des papes, celles de saiiil Pierre, de Lilière el d'Iloiioriiis.

La c'Iuilo de saint Pierre est en delutrs de la question ', car sailli Pierre n'était pas encore le cher de ri^fj^lise lorsqu'il a renié .Jésus-Christ.

Nous ne nous arrêterons pas non plus au lait de Lihèi'c. (pie nous avons déjà rencontré. Deux docteurs ultranionlains, Mansi et Orsi, cités par de Maistre, se bornent à soutenir que Libèi-e, à supposer qu'il ait formellement souscrit à l'arianisnie, « n'a pas enseigné comme maître et docteur de toutes les églises ». Nous retombons dans l'impossibilité de s'entendre sur les caractères de l'acte ex cathedra .

Le cas d'Ilonorius est beaucoui) plus embarrassant, et de Maistre, quoi qu'il en dise, ne l'a pas résolu. L'opinion impartiale ne peut nier ni la faute d'Ilonorius ni sa condamnation; tout au plus peut-on soutenir qu'il n'a pas, à propremcnl parler, enseigné une doctrine li(''rt''ti(pie ; mais il a refusi' d'accepter et de laisser s'introduire l'expression orthodoxe des deux opérations, et, au moins dans la première de ses lettres, il a fait sienne la supposition liér«'tique d'une seff/e volonté dans le (Christ. Comme le dit Iléfélé : « Si la base de son argumentation t'iait orthodoxe », il fut coupable pourtant « «l'une maladroite exposition du dogme », et le \'l'' concile l'a condamné.

Les gallicans pensaient qu'un tel exemph^ de faillii)ilité ruinait à januus la thèse de leurs ailversaires.

Tel n'est {»as l'avis de M. Paul N'iollet, qui ne se con-

I. ].o passage oi'i cllo csl Irailée n'élail pas dans le ms.; l'auteur » f;re(T(' sa (iiscnssioii sur le livre réi-oiit de M. de Barrai, pour se diiiiuer le plaisir de ruiner « une luisérablc olijoetion •.

tente pas d'enregistrer ce cas de faillibilité, et qui prouve, par des documents authentiques, dont quelques-uns sortent de l'imprimerie du Vatican, que des papes se sont rétractés, ont soumis leurs opinions au jugement de l'Église et de leurs successeurs, au cas où ils auraient avancé quelque erreur contre la foi catholique, ou bien ont ouvert des procès d'hérésie contre leurs devanciers. Cependant ces faits, dont lun au moins est rappelé dans le décret de 1870, n'ébranlent pas sa croyance à l'infaillibilité.

Pour coordonner ces deux notions contradictoires, il fait remarquer que, dans l'ordre physique, politique, philosophique, des vérités, en apparence opposées, sont pourtant cohérentes et parfaitement enchaînées.

On pourrait répondre que ces contradictions ne sont résolues par nous qu'au prix d'une véritable abdication de notre intelligence : leur accord, tantôt est le signe de notre ignorance, tantôt résulte d'une phraséologie provisoire, exprimant l'état actuel de nos connaissances, mais n'enchaînant pas l'avenir qui, par un progrès dans l'analyse, trouvera peut-être le principe d'une unité plus haute. Bossuet, lui aussi, aux prises avec ces deux idées opposées du libre arbitre et de la prescience de Dieu, les admettait concurremment dans son esprit, mais il avouait « qu'il faut tenir fortement comme les deux bouts de la chaîne, quoiqu'on ne voie pas toujours le milieu par où l'enchaînement se continue ' ». De même, la faillibilité, prouvée par l'histoire, et l'infaillibilité établie par le témoignage de certains papes et décrétée par le concile du ^'atican, coexistent : c'est un mystère, et le concile de 1870 na pu l'imposer à la croyance qu'à la condition de ne pas définir la véritable nature de la

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