‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 88 sur 152 · Defensio, lit). X, cap. v · texte numérisé non relu

Defensio, lit). X, cap. v

trébuché; mais jamais TeiTCur ne s'est installée dans la chaire de Pierre: le pape coupable s'est aussitôt relevé lui-même, ou lÉglise a rectifié son erreur : donc si « un ou deux Pontifes, ou par violence, ou par surprise, n'ont pas assez constamment soutenu, ou assez pleinement explicjué la doctrine de la foi », le siège de Pierre reste intact : « Un vaisseau qui fend les eaux n'y laisse pas moins de vestiges de son passage • ».

Cette théorie gallicane n'est pas aussi ridicule cjue le prétend de Maistre : Honorius coupable était frappé d'anathème, mais le concile et le pape le distinguent du siège, pur de toute hérésie, et c'est le siège lui-même qui est chargé d'enregistrer la condamnation et d'atténuer les conséquences de cette hérésie passagère. Nous voilà bien près, il nous semble, de la règle posée par M. Viollet, après une étude très loyale de l'histoire ecclésiastique : « Un pape peut être condamné pour l'hérésie; mais cette condamnation ne peut être prononcée sans l'intervention papale, parce que le pape, successeur de saint Pierre, est chef de l'Église et centre de l'unité- ». Il ne s'agit que de s'entendre : l'analhème contre Honorius a été porté par le pape, parce que c'est le pape qui confirme les décrets des conciles, et qui les exécute; donc le pape intervient dans cette condamnation, et le siège purifié, comme le demandait Bossuet, resplendit à nouveau de son infaillilMlité.

Dnpanloup , dont nous rappelions les inquiétudes lors de la proclamation imminente de l'infaillibilité,

\. Sermon sur l'tiiiilr. |iiTiiii('r puiiit. 2. Page 35.

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iii\ il;iit les iiltraiiiontniiis à r<''ni''cliir :iii\ lonsi-fniciices (11111 piircil doLfiiK'.

C('Scoiis(''(ni('iic<'ssoiil il la fois roliii^iciisosfM ii()Iili(|ii('s. Les i^alliraiis, (jui reCiisaiciit leur aillK'sion à l'iiiraillil)ilil<'', croyaient servir les intérêts du catholicisme et de l'aiiloi-itc' civile: J. d«! Maistre iic pai-aît pas y avoir prêté une suflisante attention.

Une régie de la controverse catholique au \vr et au xvii'" siècle consistait à ne pas soulever, dans les discussions avec les héréti<iues, la question de rinlaillibilité, ({ui n'appartenait pas à la loi. Ainsi le cardinal du Perron rt'pliquait an roi irAngleterre , jjour le ramener à l'oi-lhoiioxie : « (pie le différend de l'autorité du pape, soit par le regard spirituel au respect des conciles (pcuméniques, soit par le regard temporel, à l'endroit des juridictions séculaires, n'est point un diirérend de choses qui soient tenues pour articles de foi, ni (jui soit inséré et exigé en la confession de foi, ni qui puisse empêcher Sa Majesté d'entrer dans l'Eglise, lors(ju'elle sera d'accord des antres jioinls ' ».

Hossuet, lldéle à cette tactique, se gardait bien d'envenimer le désaccord entre les catholiques et les profeslanls; ((nand il exposait les grands principes de la croyance calli()li(pie, il sacriliail son opinion personnelle an (l(''sir de racililer la n'unidii. cl il se taisait sur ces disputes de l'école. 11 alliriiiail hautement la priinaiité et l'autorité « du chef établi de Dieu pour conduire tout le tionpeaii dans ses voies »; mais il n'allait pas plus loin, voulant, disait-il. « mettre l'autorité du saint-siège dans les choses dont on est d'accord dans toutes les églises catlioli(pies » ; car, à son avis, t lu

I. licpli'iiir. liv. VI. pivr., |). ,s:;S. rit^ ii.-n- liussuct. Hisl. des Variât., liv. .\V.

chaire de saint Pierre n'a pas besoin de disputes. Ce que tous les catholiques y reconnaissent sans contestation suffit à maintenir la puissance qui lui est donnée pour édifier, et non pour détruire ^ ».

Dans le même esprit avait été rédigée la déclaration de 1682 : le clergé de France jugeait bon de s'opposer à la fois aux gallicans exagérés , contempteurs de la majesté du saint-siège, et aux ultramontains, qui au risque d'éloigner les âmes simples de la communion de l'Église, outraient les droits du souverain pontife.

J. de Maistre eût volontiers trouvé, comme un Jésuite, le P. Maimbourg, dans « ces prétendus accommodements et ménagements de religion », un moyen sûr de déplaire aux protestants et aux catholiques. Pour lui, l'infaillibilité était un article de foi ; le symbole de Nicée, le christianisme tout entier se résumaient dans cette croyance à l'absolutisme doctrinal du pape. Il importait donc de pousser vivement les hétérodoxes sur ce point, et de leur démontrer que l'union avec le Pape peut seule conjurer les effets funestes du scepticisme, et que toute Église se perd, qui ne se livre pas entièrement à cette domination : car, « sans le souverain pontife, il n'y a point de véritable christianisme, et nul homme chrétien séparé de lui ne signera sur son honneur (s'il a quelque science) une profession de foi clairement circonscrite ^ ».

L'auteur du Pape ne s'aperçoit pas qu'il est dangereux de vouloir imposer l'ultramontanismc aux dissidents , car c'est fermer les voies à toute tentative de l'approchement. On l'a bien vu récemment, lors de cette enquête sur la réunion des Églises, dans la(|uelle

1, E.riKisil'ujn (II- 1(1 (lorlriiir r(ilh()liiiiic. avrrlissciiicnl de l'cilition (le KiTil.

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