‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 91 sur 152 · Cf. Liiysdii, tip. cil., J). 4"5lt · texte numérisé non relu

Cf. Liiysdii, tip. cil., J). 4"5lt

l/l.\KAILLIIilLlT|-; 1)1 l'AI'i:. 203

(|iif le |);iss<'' avait groupés antoiii- du iirolilrinc. l/i(l<''al <!(• la priiiiilivc Église nr pouvait uiaM<|U('r d'cxf-rror sa l'asciuatiou sur dos ('S])rits haiiittu's à vf-urrer dans los livres saints rensoiguoincuf dr Dieu luiiurmc. Aussi, (|uand il s'agissait do dôtorminor la nature du gouvernonicnt de l'Kgliso ou le raraetèro dos dôcrets i)ort<''s par le souverain pontife, les théologiens se tournaientils vers le passé : « LKglise, s'écriait Hossuet, ne peut être assujettie à d'autres règles de gouvernement que colles ((ui lui sont proscrites par Jésus Christ.... Pour l)ien résoudre ces sortes de <iuestions. il faut consulter non la raison humaine et les exemples humains, mais la révélation divine ' ». Lamennais lui-même, à l'époque où il s'o.xeroait déjà à rultramontanisme, avait posé en termes identiques le principe qu'il faut suivre dans la détermination du gouvernement de l'Kglise : « La plus sûre méthode, selon nous, disait-il, pour ne se point égarer on cotte matière, est de considérer le gouvornoment do l'Kgliso en lui mémo, dans son institution primitiv(; et dans ses développements successifs, tels i[ur Ihistoiro nous les fait connaître. Il s'agit de savoir, non ce (jui aurait pu être, mais ce <|ui a <''fé; non ce (pie .h'sus (llirist aurait pu ('tahlir , mais ce qu'il a ('•lai>li ri-olloniont. On ne devine point les pensées de l)ieM, ol ri'^glise est la phis divine de ses pensées - ».

.]. de Maistre a lambition d'ouvi'ir une voie toute différente : son but n'est pas de répéter Orsi, tlo le traduire on franoais et d'alléger le poids de son érudition,

I. Frayssinrms, (iilrlc à rciix-i^riii'iiiriil dr lidssnci, rcpiMiiil npivs lui : '- il MO s"npit jtas di- jupcr la iiuislilulioii île ri-lfrlise (r.i|irc> ilr vaines tliéinies. mais d'après la voloiilc iin'iiu' de son divin liindaliMiv •. (Les vrais [irinriiirs </(• ['lù/lisr ijutliruiif. 'A" cdil., p. '.12.)

■J. 'rriiililiun ilr l'EijUse sur Vinsliliilion des rvè<iiics (ISIi), pteracc,

p. IX.

pour la mettre au niveau des lecteurs profanes; au contraire, il dit brutalement leur fait aux chicaneurs modernes qui s'en réfèrent toujours aux premiers siècles de l'Église, qui ramènent toujours la question uniquement à savoir ce que dit l'Écriture, ce que répète la tradition. Il faut, d'après lui, porter ses regards, moins vers le passé, que vers le présent : prenons l'Eglise dans les conditions actuelles de son existence, et ne nous embarrassons pas de ces mauvais raisonnements, où Ion invoque les premiers âges du cliristianisme :

« Une foule de savants écrivains, dit-il, ont fait depuis le xvi'= siècle une prodigieuse dépense d'érudition pour établir, en remontant jusqu'au berceau du christianisme, que les évoques de Rome n'étaient point dans les premiers siècles ce cjuils furent depuis; supposant ainsi, comme un point accordé, que tout ce qu'on ne trouve pas dans les temps primitifs est abus. Or, je le dis sans le moindre esprit de contention et sans prétendre choquer personne, ils montrent en cela autant de philosophie et de véritable savoir, que s'ils cherchaient dans un enfant au maillot les véritables dimensions de l'homme fait. La souveraineté dont je parle dans ce moment est née comme les autres, s'est accrue comme les autres. C'est une pitié de voir d'excellents esprits se tuer à vouloir prouver par l'enfance que la virilité est un abus, tandis qu'une institution quelconque adulte en naissant est une absurdité au premier chef, une véritable contradiction logiciue *. »

Quand il écrivait ces lignes, .1. de Maistre énonçait le principe fécond de l'évolution, appliqué au dogme et à riiisloire de l'Eglise. Cette théorie s'accorde avec les

1. l''s!i'ii sur II' iiriiiciiic (jcncraicur des consliluliuits iiulitiiiiics, ôdit. (If ISIi, p. :i().

L I.NFAILI.imLITl:; Df l'Al'E. 205

idt'-cs l»i(ii coiiniios de raulcnr sur rimpossibililé où se (louvf 1 homme de détTrler uim" iiistiUition, rar les coiislitiilioiis « ont. pour ainsi dire, germé d'une manière insensil)l«' », et « rien tle Lrrand n'a de grands commencements ' ».

La monarchie tlu pape et riulailliliHih'' préscMilenl le même caractère : ni la théologie, ni lliistoire ne suffisent à i)rouver ces privilèges nuignifi«pies du siège de Pierre.

Le gou\ernement de l'Église varie avec les épo<|ues; il est, à chaque instant de la duiée, la résultante d'une adaptation de l'Lglise aux conditions changeantes de la société. Deux ou trois textes perdus dans la prédication de Jésus ne détermineront jamais la croyance unanime des théologiens : de (pielle pierre a voulu parler le Christ pour y asseoir Tt-dilice de son église? les pro messes laites à Pierre sont-elles exclusives des promesses faites à fous les apôtres? l'histoire n'établit-elle pas la faillihiiifé dun certain nombre île pontifes; et finis les canonistes ne reconnaissent-ils pas que le })ape peut devenir hérétique, et en ce cas être déposé? La porte est à jamais ouverte aux liiscussions, et c'est en vain que l'on cherche dans riÀriture et dans les Pères la charte ronslUidionnelle de ILglise.

« La primauté du pape, dit M. l'abbé Loisy, est voulue du Christ comme l'institution de l'Eglise, et elle se j)résente à l'historien dans les mêmes conditions. Elle grandit et se transforme avec l'Eglise. Au point de vue de la foi. le Christ a voulu son développement. Au jjoint de vue de l'histoire, ce développement a été coordonné à celui de l'Église elle-même. La simple critique des textes ne peut démontrer l'instilufion divine ilu ponti-

1. Cf. Cunsidcratioiii, eli. vi et Essai sur le jirincipc..., p. 30.

ficat romain, ni déterminer les conditions légitimes de son exercice *. »

On a reconnu la théorie du développement des dogmes, si brillamment développée par Newman, et chère à l'exégèse moderne -.

L'histoire de la théologie positive nous prouve, en effet, que les dogmes ont longtemps vécu d'une vie latente, avant dajiparaîtrc à la pleine lumière de la conscience catholique : Newman n'osait pas affirmer qu'avant Nicée, il se fut trouvé, un seul Père pour aflirmer d'une manière distincte soit le nombre trois dans l'unité, soit l'égalité souveraine des trois personnes. Aussi l'histoire ecclésiastique des premiers siècles peut-elle être difficilement invoquée dans les problèmes de théologie.

La monarchie du pape et rinfailliljilité ne sont venues au jour que progressivement. La constitution de l'Église a été établie par le Christ; mais celui-ci n'a fait que déposer les germes d'où sortiraient les développements futurs. On ne peut pas dire que saint Pierre eut conscience d'être pape, c'est-à-dire d'agir avec la plénitude de la puissance et avec l'infaillibilité, lorsqu'il prenait la parole au concile de Jérusalem. L'étendue des prérogatives des papes ne devait se manifester qu'au cours des âges : par une évolution si)ontanée. contrariée ou servie par les événements, les différenciations ont api)aru au sein de l'organisme primitif. Los premiers papes ne voulaient pas cette extension de leur pouvoir, que les circonstances réalisaient : ils étaient poussés à leur insu par un mouvement intérieur, celui

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