Pape, II, III, p
Ln rnoiiLKMn politioi'E et uistorique. 211
Toile est In faihlcsst' liiimaiiic, qu'elle est impuissante à mainlciiir (hms s;i pi ilVclioii cette souveraineté dont ItjtMi a l'ail la coiidiliou indis|iorisablo de l'existence et du hoidicui' de la sociéli' : lanlùt le souverain tend à l'excès les ressorts du pouvoii-; laulùt les sujets égarés par une vision décevante de liberté se plaignent d'être ti'op gouvernés : dos deux parts, le lien social court le risque d'être roni|)u. Il iniporlc de prévenir ces conllits d'autorité.
Toutes les solutions possibles se ramènent à doux : sacrifier l'un des termes en présence, souverain ou peuple; ou faire appel à quelque iidermédiaire, chargé de rétablir l'équilibre compromis.
Le souverain sera-t-iî établi seul juge de ces conflits? Alors, si le tigre est démuselé, comme dit J. de Maistre, le despotisme menace la société : « Le roi prendra vos enfants pour conduire ses chariots; il s'en fera des gens de cheval et les fera conduire devant son char; il en fera des officiers et des soldats; il prendra les uns pour labourer ses champs et recueillir ses blés, et les autres pour lui fabriquer des armes. Il fera de vos filles des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères à son usage; il prendra pour lui et les siens ce qu'il y a de meilleur dans vos champs, dans vos vignes et dans vos vergers, et se fera payer la dîme de vos blés et de vos raisins pour avoir de quoi récompenser ses eunuques et ses domestiques. Il prendra vos serviteurs, vos servaides, vos jeunes gens les plus robustes et vos bêtes de somme, pour les faire travailler ensemble à son profit; il prendra aussi la dîme de vos troupeaux et vous sei-ez ses esclaves. » Cette morne vision de despotisme oriental, que J. de Maistre emprunte au Livre des Rois, et que Bossuet avait reproduite déjà dans sa Politique tirée de l'Écriture Sainte, ne manque pas de
vigueur en sa banalité archaïque: les Jacobins et Napoléon n'ont pas déchaîné de pires iléaux.
Transportera-t-on au peuple le droit de régler le conflit dans lequel est intéressé son désir d'indépendance? C'est, d'après de Maistre, un autre despotisme que l'on établit, le plus dur et le plus capricieux de tous. La souveraineté du peuple, ce dogme cher aux révoltés de toute espèce, dit-il, est un triste héritage qui nous vient du protestantisme. Leibnitz faisait déjà remarquer que la plupart des auteurs de la religion réformée qui ont fait en Allemagne des systèmes de la science politique, avaient suivi les principes de Buchanan, de Junius Brutus et de leurs disciples : lindividualisme qui sapait les bases de la croyance devait aussi ébranler l'autorité. Jurieu, au xviF siècle, trouvait cette formule d'où sortira le Contrat social : « Le peuple est cette puissance qui seule n"a pas besoin d'avoir raison pour valider ses actes ' ».
Les philosophes ont repris ce thème propice aux déclamations; la souveraineté du peuple, dit de Maistre, est devenue le mot dordre de la secte, qui avait juré de détruire les rois et les prêtres. Ces vils flatteurs de la multitude ont parlé sans cesse de droits, sans jamais mentionner les devoirs de tout individu qui participe à la vie sociale : « Un peuple, dit J.-J. Bousseau, est toujours le maître de changer ses lois, même les meilleures; car, s'il lui plaît de se faire mal à lui-même, qui est-ce qui a le droit de l'en empêcher-? »
Les excès de 179.3 avaient effrayé tous ceux qui préféraient l'ordre à la liberté, et les théoriciens conservateurs s'étaient demandé avec inquiétude quelle digue
1. Lettres contre t'IIisl. des \ariations, XVI. Cf. Bossuet, F' avertisscmenl aux protestaiils.