Contrat social, 11, ch. .\ii
LK l'ROHLKME l'OLITIQL'E ET niSTOniQLE. 213
(ni opposorail à ce torrent du peuple, qui, aux jours «l'orage, rompt ses harrii'rcs et submerge la souvcraiiiclr; (le Maistre, comme Rivarol, Mallet du Pan, lîouidd, ne voyait de remède (jue dans un pouvoir ahsolu trcs forl ; et volontiers il aurait répété le mot profond de IJossnet : « Ce que vous voulez faire faible à vous opprimer devient impuissant à vous protéger ».
Il ne veut pas qu'on limite la souveraineté, car dans sa force réside la sauvegarde contre les oppressions populaires. Il refuse au peuple la voix délibérativc; dans ces moments de crise où l'institution sociale est en danger : le salut du peuple n'est pas la loi suprême.
Cejiendant si le peuple ne veut pas s'en remettre à la décision du souverain, il pourrait recourir à l'arbitrage d'une force sociale intermédiaire. En général, les peul»les et les rois ne sont pas directement en présence; des institutions, des lois, des coutumes, nées de la longue collaboration des siècles ou des contrats acceptés ])ar les deux parties, favorisent le jeu des ressorts sociaux. Les [)euples, qui ne vivent pas sous la loi arbitraire du despotisme, ont une constitution, et cette constitution, établie pour servir de régulateur au pouvoir, présente aux gouvernés un secours légal contre les abus du gouvernant.
.1. de Maistre, dans une l-Jludc sur la soiwcrainelé. écrite à Lausanne en 1794, signalait l'utilité des constitutions qu'il déclarait bien préférables aux i)anacées lU's philosophes, (les * jongleurs dangereux » nous vant<Mit leurs systèmes cajjables d'assurer le bonheur des nations : « Laissez-les s'admirer tout seuls, nous dit-il, et ralliezvous à la raison nationale qui ne trompe jamais. Souvenez-vous (jue chaque nation a. dans ses lois et dans ses coutumes anciennes, tout ce qu'il lui faut pour être lirurt'use autant (pfcUe peut l'être, et ((n'en prenant ces
lois vénérables pour les bases de tous vos travaux régénérateurs, vous pouvez déployer toute votre perfectibilité sans vous livrer à de funestes innovations * ».
On ne saurait mieux dire, et les philosophes les plus déterminés auraient souscrit à cette admirable formule de la raison nationale qui n'humilie le pouvoir civil devant aucune influence étrangère. Gomment donc J. de Maistre a-t-il pu, dans le Pape, aboutir à la théocratie?
Il y vint par mépris pour les innovations. Se trompant sur le vrai caractère du mouvement de 89, qui n'avait été d'abord qu'un retour à une constitution faussée, il n'avait pas voulu admettre que la Constituante eût offert un de ces cas de résistance légale que lui-même avait approuvés. Il confondait 89 et 93; il voyait dans la Terreur l'aboutissement obligatoire des réformes; car, disait-il, » s"il y a une maxime incontestable, c'est que dans toutes les séditions, dans toutes les insurrections, dans toutes les révolutions, le peuple commence toujours par avoir raison et finit toujours par avoir tort- ». La France de 1789 voulait reprendre sa marche vers le développement normal de ses facultés; et les mandats de ses députés n'allaient qu'à rappeler au respect des lois vénérables une monarchie corrompue par plus d'un siècle d'absolutisme : le peuple avait raison ; il faisait, non une révolution, mais une tentative pour rappeler le souverain aux traditions de la raison nationale.
Mais les Constituants, dont les vœux légitimes furent méconnus, remirent en (juostion les fondements mémos du pouvoir. J. de Maistre, (pii ne croit pas à relTicacilé des constitutions écrites, ne sait pas s"il doit mépriset*
1 . Élude sur la souveraineté, Œuvres complètes, t. I, p. 5-4.