LE PROBLEME POLITIQUE ET HISTORIQUE
OU |)laindre davantage ces orgneilleux. Car « plus une nation sera d'accord sur une nouvelle constitution, plus il y aura de volontés réunies pour sanctionner le changement, j)lus il y aura d'ouvriers unis de sentiment pour élever le nouvel édifice, plus surlout il y aura de lois écrites calcuh-es « priori, et plus il sera prouvé que ce que la multitude veut n'arrivera pas ' ».
11 faut se tourner d'un autre côté : la religion seule peut fournir le remède à une société qui souffre de ces malaises constitutionnels : le pape rétablira l'harmonie entre les gouvernants et les gouvernés.
J. de Maislre ne nous a jias dit où étaient consignés les titres de cette prérogative sublime (ju'il accordait au pape.
Il est vrai que le pape peut, au nom de son pouvoir spirituel, intervenir dans une société politique, supposée chrétienne; mais depuis que les États ont inscrit dans leurs codes la liberté de conscience et fait de la neutralité religieuse la base même de leurs constitutions, cette répercussion du pouvoir spirituel est un anachronisme. De Maistre, qui met la religion au i)remier rang parmi les forces constitutives de la société, aurait dû être conséquent avec ses principes, et ne pas se contenter de dire que dans le cas de dispense * il n'était pas al)surde » de penser qu'il fallait recourir au pai)e, c'est-à-dire à la plus haute autorité spirituelle qui existât sur la terre. Car si ce droit de dispense est vraiment contenu dans les prérogatives révélées de
1. Étude sur la souveraineté, (Mùivrcs coinj/lèies, t. I, p. 42'J.
la papauté, non seulement il n'est pas absurde, mais cesl un devoir pour les catholiques d'en appeler au i)ape, qui fixera les principes conservateurs de l'harmonie sociale.
En réalité, de Maistre ne s'est pas posé la question de savoir quelles sont les bornes précises de cette puissance spirituelle; il a rejeté l'expression de pouvoir indirect, et pourtant il ne renonce pas à ce pouvoir indirect.
« Pourquoi, dit-il, le pape ne pourrait-il pas avoir une certaine juridiction sur tous les princes de la chrétienté? Il n'y avait là certainement rien de contraire à la nature des choses, qui n'exclut aucune forme d'association politique : si cette puissance n'est pas établie, je ne dis pas qu'on doive l'établir ou la rétablir, c'est de quoi je n'ai cessé de protester solennellement; je dis seulement, en me rapportant aux temps anciens, que si elle est établie, elle sera légitime comme toute autre, aucune puissance n'ayant d'autre fondement que la possession '. »
Voilà le mystère éclairci! la théocratie est dans l'ordre des choses possibles; elle a existé, c'est un fait: donc elle est légitime. Les papes se sont arrogé au moyen Age le droit de déposer les souverains, c'est un fait; donc il est inutile de chercher les fondements de ce droit. Dans l'ignorance des siècles, on a cru généralement que ce droit était légitime entre les mains des papes : qu'importe ((ue Jésus-Christ le leur ait donné ou non; les peuples l'ont concédé d'eux-mêmes au souverain pontife : il n'en faut pas davantage pour qu'une erreur de pratique ou de doctrine devienne sacrée aux yeux de J. de Maistre. Le désordre dans la spéculation