‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 98 sur 152 · l'apc, I, xvui, i · texte numérisé non relu

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Li: j'hobli:me i'OLItiqii-: i:t histohiqie. 219

vcraiii un (■(jiii[tle, IcniliN' parfois, de ces transgressions.

.). (le Maistrc non seulement n'a pas prévu les objections (|ui poui-raient s'élever; mais encore le texte du manuscrit ne semijle même pas soupçonner que l'on puisse élever des doidcs sur la li'gitimité de lintervention pontilicale : « Ce droit exercé par la souveraineté, y Wsows-noui^, ne blesse point la souveraineté, même quand on le suppose exercé injustement, car le sujet délié diffère du révolté autant qu'une exécution diffère d'un meurtre. Malheur sans doute aux juges s'ils se sont trompés, mais toutes les idées restent à leur place ».

De Place prévint de Maistre qu'il s'engageait dans un labyrinthe inextricable; mais au lieu de se rendre à ses arguments, celui-ci ajouta plusieurs pages d'un raisonnement subtil, pour défendre sa proposition que « les papes ont lutté quel{(uefois avec des souverains, jamais avec la souveraineté ».

Son plaidoyer n'est pas convaincant. Car s'il est de l'essence de la souveraineté de n'être comptable qu'à Dieu, si la i)uissance pontificale est purement spirituelle, il est certain qu'en aucun cas les papes n'ont pu combattre les souverains sans combattre la souveraineté. Nous revenons à lexanien des titres et des droits du souverain pontife.

Supposons même l'existence de ce droit : il y aura cependant encore lutte contre la souveraineté, puiscpi'il y a lutte contre les éléments ([ui la consliluenl. Car le droit de faire la guerre, celui de lever des inii)ôfs. celui de conclure (I(>s traités de paix ou des trêves, etc., sont tellement inhérents à la souveraineté, que l'abus de ces droits n'(>n peut amener la privation.

De Maistre en convient si peu (juil écrivait dans son manuscrit : * xV travers les combats qui ont divisé le

sceptre et la tiare, on ne trouvera pas que les papes aient jamais rien fait qui put affaiblir dans lesprit des peuples le saint caractère delà souveraineté ». L'histoire prouve, au contraire, que souvent les peuples perdaient le respect pour les princes dépouillés ou excommuniés par les sentences de Rome. Quant aux princes frappés, ils regardaient leur souveraineté comme indépendante, ne se croyaient soumis qu'à Dieu seul, et non aux vicaires de Jésus-Christ.

Donc les papes ont contribué à affaiblir le saint caractère de la souveraineté; leurs anathèmes atteignaient à la fois les souverains et le principe qu'ils représentaient : un souverain susceptible d'être déposé n'est pas inviolable, et dans celui à qui on intime l'ordre de faire la paix, ou la défense de lever un impôt, à qui on concède la permission d'exiger un subside, la souveraineté n'est pas entière.

De Place, inquiet de la thèse soutenue par J. de Maistre, voyait sortir de ces quelques pages une foule de discussions, et il craignait que l'auteur, pour défendre son opinion, n'en vînt à «t faire violence à la vérité » qui cependant, disait-il, « doit avoir notre premier, notre plus entier hommage ». De Maistre se contenta de quelques légères modifications et de quelques additions qui fortifient peut-être ses vues, mais (jui arrêtent la marche logique de la docirine, et il ajoutait : « Au reste, il est un point où il faut savoir s'arrêter. .le ne puis plus changer d'avis, ni m'cxpriiucr plus clairement. Jamais je n'ai soutenu la nécessUé dune puissance dispensante; j'ai dit qu'elle en valait bien une autre, ce ({ui est l)ien différent ».

Il a donc maintenu ce labyrinthe de raisonnements, où l'on voit une souveraineté intacte au milieu de souverains discrédités par rintr'rvenliou du pape; où il

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(lisscrlo sur une puissance dispensante qui n'a i)as, tic son propre aveu, le raraclère de la n('*eessil(''.

Le raisonnement n'a pas, semhle-t-il, beaucoup réussi à de Maistre. \'oyons quel parti il a tir»' de Thistoire, pour (li-CiMidrc la théocratie.

J. d(.' .Maistre voulant ajjpuyer sur les laits sa doctrine, a déroulé en quelques chapitres la vaste histoire de la papauté pendant les siècles où la Rome catholique, héritière de la Rome des Césars, domina le monde occidental.

Cette période avait été jnsrpie-là méconnue : la H(''forme avait jett' dans les esprits protestants de fortes pr<''V(MMions contn; les papes; et les catholiques, courant aux points menacés, avaient défendu les croyances plus que les chefs de l'É^dise. Le Discours sur l'Histoire universelle s'arrêtait à (^harlemagne, c'est-à-dire au moment où la chrétienté se fondait, où le sacerdoce et rem|)ire ori,'anisaie.nt U'iiv alliance. Voltaire n'avait vu dans le moyen âge qu'une époque honteuse, funeste à la civilisation; Ferrand s'était posé en adversaire des papes, peut-être plus animé contre eux que Voltaire lui même.

.1. de Maistre 1(> |)remier rompit avec cette tradition de siliMice ou de discrédit : il pi(''senta en raccourci riiisloirc (le celle collaboration du sacerdoce et de IVnnpire, travaillant, non sans quelques divergences de vues, mais avec un même zèle, à l'élaboration dune société religieuse. 11 déplaça en quehpu* sorte l'axe de lu pensé(> catholique, absorbée jusque-là dans l'admiration du wir siècle; et il retrouva les litres penius île la

grandeur politique et sociale du moyen âge. « Rome chrétienne, avait dit Chateaubriand, a été pour le monde moderne ce que Rome païenne fut pour le monde antique, le lien universel; cette capitale des nations remplit toutes les conditions de sa destinée et semble véritablement la ville éternelle. Il viendra peut être un temps où l'on trouvera que c'était peut-être une grande idée, une magnifique institution que celle du trône pontifical. Le père spirituel, placé au milieu des peuples, unissait ensemble les diverses parties de la chrétienté. Quel beau rôle que celui d'un pape, vraiment animé de l'esprit apostolique ! Pasteur général du troupeau, il peut ou contenir les fidèles dans les devoirs, ou les défendre de l'oppression '.... »

J. de Maistre nous a donné un magnifique commentaire de cette page éloquente : il a placé lumineusement le saint-siège au centre de la société féodale, et il a célébré les papes, héritiers des grandes traditions civilisatrices. Ce fut, en France, l'aurore de la réhabilitation du moyen Age, en attendant qu'éclatât la puissante symphonie de Victor Hugo en l'honneur de Notre- Dame, et que Michelet s'agenouillât pieusement sous les arceaux de nos vieilles cathédrales, pour y surprendre le rythme de la vie de nos pères.

Nous ne suivrons pas de Maistre dans la partie de son livre où il juge les i)apes comme souverains temporels. « Les guerres des papes, lui écrivait de Place, ne tiennent qu'indirectement au sujet principal, et il ne faudrait pas se jeter dans cette question sans de graves raisons. » Mais la verve de J. de Maistre ne s'exaltait jamais plus volontiers que lorsqu'elle touchait au paradoxe; aussi, bien loin de mettre plus de discrétion dans

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