L'UNITÉ
Il tant voir maintenant d'un peu plus près comment il a compris ses propres idées et ce qu'il entend au juste par l'unité, l'autorité, la providënce?^
A mon sens, si l'on veut bien comprendre le système de Maistre, il faut le considérer comme l'effort d'un philosophe, d'un métaphysicien épris d'une passion mystique pour l'unité, ce but toujours fuyant de la métaphysique qui essaye de le réaliser
dans la théorie, de la morale qui voudrait le réaliser dans la pratique. Maistre n'est ^las avanL tout-an—cl^rétien quoi qu'on en puisse penser, et quoi qu'on en ait dit il n'est pas avant tout un politique. On a dans ces derniers temps cru trouver dans ses doctrines religieuses une sorte de prolongement de ses théories gouvernementales. A mes yeux, c'est \ une erreur et j'y vois bien plutôt une conséquence de ses tendances métaphysiques, Joseph de Maistre a aimé avant tout l'ordre et l'unité mais à un point de vue abstrait et^énéral ; son système politique et son système religieux sont des parties dun même tout : la recherche et la réalisation dans la mesure du possible de l'unité théorique et pratique, mais s'il faut marquer les rangs, je n'hésiterais pas à faire passer daris^sjjn œuvre la religion avant la politique. Sur le premier point les preuves abondent. On n'a qu'à voir en particulier comment il s'y prend pour détendre l'infaillibilité du pape, je sais bien qu'il admet d'autres arguments que ceux qu'il donne, des arguments moins philosophiques et peut-être plus orthodoxes, mais il me suffit en vérité qu'il ait trouvé les siens et qu'il les ait exposés à sa manière. Il est très facile de constater que c'est toujours une sorte d'unité abstraite qu'il a en vue. Tout ce qui rompt cette unité est déplorable, faux et criminel, mais il se soucie assez peu qu 'on se sépare de lui sur un point ou sur un autre. Ce n'est pas au dogme qu'il tient, c'est à l'unité de dogmes . Il s'explique
là-dessus avec une netteté qui ne laisse guère place au doute : « Je conviens donc si vous voulez, écrit-il, à une dame russe, qu'il importe peu avant la décision qu'on croie que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils ou du Père par le Fils ; mais il importe infiniment qu'aucun particulier n'ait droit de dogmatiser de son chef, et qu'il soit obligé de se soumettre dès que l'autorité a parlé, autrement il n'y a plus d'unité ni d'Eglise. » (1) Il dit ailleurs : « Quant au dogme proprement dit, c'est précisément sur ce point que nous n'avons aucun intérêt de mettre en question l'infaillibilité du Pape. Qu'il se présente une de ces questions de métaphysique divine, qu'il taille absolument porter à la décision du tribunal suprême : notre intérêt n'est point qu'elle soit décidée de telle ou telle manière, mais qu'elle le soit sans retard et sans appel. » (2) Ceci est tout à fait caractéristique. Et si l'on veut avoir une déclaration analogue en ce qui concerne l'autorité temporelle, qu'on se rappelle ce passage que j'ai déjà cité où il déclare que les peuples ne sont pas faits pour les rois, ni les rois pour les peuples exclusivement, mais que chacun est fait pour l'uulre et que surtout l'un et l'autre sont faits pour qu'il y ait une souveraineté. Ici, il est vrai, Maistre vise la souveraineté, non l'unité, m.ais c'est que pour lui le souverain, cause de l'unité devient l'unité elie-méme réalisée, rendue visible et tangible, et
(1) Lettres et opuscules II, 266.
(,2) Du Pape, p. 145-143.
nous voyons ainsi confirmer cette tendance abstraite de Joseph de Maistre, vers une forme suprême dont l'Eglise et la royauté sont pour ainsi dire les plus hautes incarnations.
Ceci nous amène à un côté curieux et important de sa doctrine et nous aide à le comprendre. Pour Maistre l'infaillibilité du Pape étant le fondement de l'unité de l'Eglise, c'est-à-dire de l'unité des croyances humaines, est pour ainsi dire, une chose de droit naturel. « Quand même on demeurerait d'accord qu'aucune promesse divine n'eût été faite au Pape, il ne serait pas moins infaillible, ou censé tel, comme dernier tribunal ; car tout jugement dont on ne peut appeler est et doit être tenu pour juste dans toute association humaine sous toutes les formes de gouvernement imaginables, et tout véritable homme d'état m'entendra bien, lorsque je dirai qu'il ne s'agit pas seulement de savoir si le Souver.iin Pontife est, mais s'il rfoî7 être infaillible. » (I) L'infaillibilité du PapTTïQTîs eEtarnsrprésenlée. pour parler la langue/ de Kant, comme une sorte de postulat^ la raison 'prajique, comme une croyance que des nécessités supérieures nous obligent moralement à tenir pour vraie. Aussi n"hésite-t-il pas à en montrer les avantages pour les protestants et même pour les athées ; il en parle pour les catholiques d'une manière inattendue et susceptible de froisser peut-être plutôt que
(.1) Du Pape, 21-22.
98 JOSEPH DE 5IAISTRE
de raffermir certaines âmes religieuses. D'autres insisteraient sur la vérité du dogme, lui met surtout en lumière sa nécessité, je dirais volontiers son « utilité » en prenant le mot dans un sens très élevé et très large. C'est ainsi qu'il parle comme nous l'avons vu de V intérêt qu'il y a non pas à ce qu'une question concernant le dogme soit tranchée d'une façon ou de l'autre, mais à ce qu'elle le soit sans retard. Et Tonne saurait s'étonner qu'il écrive à l'archevêque de Ragusc « je crois qu'en ce moment les hommes sensés de tous les pays, et les protestants mêmes doivent diriger leurs efTorts, chacun dans leur sphère particulière vers le rétablissement du Saint-Siège dans tous ses droits légitimes » et même « si j'étais athée et souverain, Monseigneur, je déclarerais le Pape infaillible par édit public, pour l'établissement ^et la sûreté de la paix: dans mes Etats » (2). L'unité comme but, l'autorité comme moyen. Maistre ne se lasse pas de nous y ramener toujours.
j-^ Quelques années après la mor^e Joseph de Maistre, un autre grand penseur, Auguste Comté tâcha de remplacer les doctrines religieuses et métaphysiques dont il prévoyait la fin, et dont il craignait l'insuffisance. Il tenta d'y suppléer par une organisation du savoir positit, par une organisation politique, par une organisation sacerdotale, car il créa une religion pour remplacer les autres et comme Joseph de Mais-
(2) Lettres et opuscules \. 378-379.
Ire, à côLé, au-dessus de l'autorilc temporelle il plaça son gouvernement spirituel. Pas plus que Maistre il n'aima l'indépendance, la libre pensée ni le libre examen, comme lui il faisait passer avant tout l'organisation et l'unité, plus que lui, car il s'applique davantage au détail, il systématisa et réglementa à l'excès toutes les croyances, tous les sentiments, tous les actes de la vie humaine. Son œuvre inspirée par le même esprit général que celle de l'auteur du Pape en est sur quelques points une exacte contrepartie, et le théoricien des soirées de Saint-Pétersbourg, s'il avait pu connaître le système de Comte s'indignerait sans doute de toute comparaison entre-, eux, Maistre voulait l'unité par le christianisme, Auguste Comte rejota les dogmes chrétiens. Toutefois son organisation sociale, politique et religieuse était telle qu'on a pu lui adresser une critique qui est en
^-iirême temps, et à certains égards, un grand éloge.
// Un savant anglais déclara que sa doctrine était « un~^ catholicisme sans christianisme. » Ce mot me revenaiTXTèspnrTMTdânt que je lisais les écrits de Joseph de Maistre, et certes je ne pouvais guère penser à le lui appliquer. Cependant il se rapproche de Comte par cet ardent besoin d'unité qu'il fait passer avant toutes les lormes religieuses, comme la souveraineté passe avant telle ou telle forme de monarchie, il s'en rapproche encore par sa passion pour l'autorité, si d'ailleurs comme on a pu le dire il/ est plus royaliste que légitimiste, il est aussi plus
ïOTHECA
catholique au sens étymologique que chrétien, et si le système de Comte est un catholicisme sans christianisme, celui de Joseph de Maistre pourrait bien être un catholicisme avant tout avec !e christianisme en plus, et, si j'osais le dire, par dessus le mafcji4; - On a même pu douter de ce christianisme. Et, en effet, les dogmes chrétiens, sauf quelques-uns, assez rares, paraissent intéresser assez peu Joseph de Maistre ; on dirait vraiment que la seule supériorité du christianisme à ses yeux c'est d'offrir non pas des croyances vraies et supérieures en cela à celles des autres religions, mais bien une organisation plu^ forte et une unité pratique plus grande. La religion même pourrait en quelque sorte semble-t-il disparaître sans grand inconvénient, pourvu que la forme en subsistât. Maistre dit quelque part qu'il n'y a pas de religion tout à tait fausse, et en effet, elles doivent toutes lui paraître vraies précisément en proportion de l'unité de croyances plus ou moins grandes qu'elles sont capables de réaliser, et, aussi parce que pour lui le christianisme n'est pas absolument isolé des autres doctrines. Tout se tient, et l'unité il la retrouve encore dans la ressemblance des religions, comme dans la continuité qui relie, par' exemple, les évêques chrétiens aux druides des Gaulois. S'est-il jamais demandé réellement si le christianisme était vrai ? Je ne sais trop — on serait parfois tenté de croire qu'il s'en inquiétait peu et qu'il s'intéressait seulement aux moyens de le répandre et de réaliser
par lui l'uniformité des croyances. En tout cas il le défend souvent par des raisons toutes pratiques, il en arrive môme à des considérations qu'on se serait lait scrupule de lui prêter « puisqu'il est assez bien prouvé par l'histoire, dit-il, qu'il faut une religion aux peuples et que le sermon sur la montagne sera toujours regardé comme un code de morale passable, il importe de maintenir la religion qui a publié ce code. Si ses dogmes sont des fables, il faut au moins qu'il y ait unité de fables^ ce qui n'aura jamais lieu sans Vunité de doctrine et d'autorité laquelle à son tour devient impossible sans la suprématie du souverain pontife. » (1) Notez qu'il n'écrit pas ceci à un athée pour le convaincre en le prenant par son côté faible, rien ne serait plus contraire à son humeur, il l'écrit à un archevêque, notez surtout que ce ton n'est pas rare chez lui, il lui est habituel. Maistrc ne parlerait pas autrement s'il était une sorte de Machiavel de la religion, uniquem.ent préoccupé d'imposer aux autres, dans un but politique, des croyances dont il ne se soucierait lui-même aucunement.
Et pourtant .Joseph de Maistre est un croyant convaincu, il n'y a aucune possibihté de doute à cet égard. Seulement il faut bien entendre que ce qu'il demande àla religion c'est avant tout l'unité et l'autorité. S'il en parle avec le ton singulier que nous avons relevé, c'est peut-être parce qu'il est si forlc-
(1) Lettres et opuscules, I. 378-379.
102 JOSEPH DE MAISTUE
ment convaincu de la valeur particulière de ses croyances qu'il fait à son adversaire le plus beau jeu possible, sachant bien que la victoire lui restera toujours, c'est surtout que, dans les limites imposées par la foi, il est un esprit très libre, et prêt à envisager les idées les moins ordinaires, celles qui offrent quelque difficulté au commun des esprits, et que ce sont même celles-là qu'il prélère, c'est qu'il prend naturellement les questions par le côté auquel les autres ne songeraient pas et qu'il se complait à les prendre ainsi. D'ailleurs pour lui l'unité et la vérité sont une même chose. Il croit le christianisme capable de réaliser l'unité religieuse, cela lui suffirait au besoin. Si d'un autre côté c'est le christianisme et non tout autre doctrine qui lui a paru répondre à ses besoins de métaphysique il n'y a pas de quoi s'en étonner. D'abord aucune autre croyance déjà formée ne pouvait lui offrir de pareils avantages, et je crois bien qu'il n'avait pas la patience voulue pour en édifier une lui-même comme Auguste Comte, d'un autre côté sa naissance, son éducation, son milieu, sa carrière expliquent suffisamment son choix. S'il n'est pas né chrétien^ il est certainement devenu chrétien — un chrétien un peu étrange.
Ne nous y trompons pas d'ailleurs, sa théorie sur l'unité n'est ni superficielle, ni complètement fausse. On peut penser — c'est ce que je fais — que cette unité n'est pas réalisable par les moyens qu'il a préconisés, mais il ne s'est pas trompé en conlondant l'unité
avec le vrai et avec le bien . Nous ne pouvons pas concevoir le vrai autrement que comme l'accord des croyances avec la réalité, c'est-à-dire l'accord général de nos croyances avec tout ce qui peut nous faire connaître le réel, perceptions et sensations, expériences, idées et aspirations vagues. La vérité connue et adoptée suppose bien l'harmonie universelle des idées et la moralité pratiquée suppose bien l'harmonie universelle des actes. Beauté, vérité, moralité, toutes ces grandes choses sont un môme fait, l'unité, l'harmonie, la finalité, vu par ses différentes faces, apprécié par nos différentes facultés. La fausseté, l'erreur, le mal sont un désaccord, désaccord entre une opinion et l'cxpéiience, entre la croyance de l'un et la croyance de l'autre, entre un acte et un principe, entre les sentiments qui luttent dans des individus différents ou qui se combattent au sein de la même personnalité. Cette vérité qu'il n'est pas possible de développer ici suffisamment pour la défendre contre des objections évidentes, Joseph de Maistre^, l'a sentie et pénétrée. « Le mal est le schisme de l'être^ il n'est pas vrai. » Une grande partie de sa philosophie tient dans ce mot, et cette partie là e«t / bonne.
me semble après ce qui précède que nous avons aussi résolu la seconde question que nous nous étions posée. La philosophie et la religion de Joseph de Maistre ne sont pas un simple prolongement de sa politique. Ce qui a pu aider à la confusion c'est que
Maistre emploie souvent pour défendre la religion des , arguments qui ont une apparence politique. Nous en I avons plusieurs exemples dans les fragments que j'ai cites. Mais cela ne provient que de sa façon de ^concevoir l'unité; sa conception ne reste malheureu- , sèment pas toujours également haute, mais, quand il va au fond de ses croyances, l'unité pour lui n'est pas une chose abstraite, une simple ressemblance d'opinions, une uniformité de croyances ; non, l'unité qu'il souhaite, est celle d'un organisme, d'un ensemble de forces qui convergent vers un même point central.
Sans soumission à une commune autorité, il n'y avait plus d'unité ni d'église « sous ce point de vue, écrivait-il, l'Eglise grecque est aussi séparée de nous que l'Eglise protestante ; car si le gouverneur d'Astrakan ou de Saratolï se sépare de l'unité russe, et qu'il ait la force de se soutenir dans son indépendance, il importe peu qu'il retienne la langue de l'empire, plusieurs ou même toutes les lois de l'empire : il ne sera pas moins étranger à l'empire russe^ qui est l'unité politique comme l'empire catholique est l'unité religieuse. » (-l)
11 se figure une société d'intelligences soumises à la même règle, recevant les mêmes inspirations, la même direction, et cette société d'intelligences il se la construit naturellement sur le modèle de la société
(1) Lettres à une dame russe sur la nature et les effets du schisme. Lettres et opuscules. Tome II, p. 267.
politique, mais c'est d'abord le modèle qui se présente immédiatement à l'esprit qui cherche une comparaison, ou une image concrète. Tout semble établir que la religion et le royaume sont pour lui deux applications du principe d'unité. Et il n'est pas douteux que la religion ne doive être réputée supérieure à la politique à cause de l'unité jilus grande qu'elle produit, de la quantité plus considérable d'hommes qu'elle réunit sous une même loi. Au reste, dans son livre sur le Pape, Joseph de Maistre montre évidemment plus de respect encore pour le Souverain Pontife que pour le roi et il n'est pas éloigné de placer le Pape comme un arbitre, presque comme un juge, au-dessus des souverains temporels, même pour les affaires temporelles. Et il n'est pas étonnant que la vue des royaumes terrestres ait aidé Joseph de Maistre à considérer la religion comme une sorte de monarchie universelle, il faut bien prendre ses idées dans l'expérience. Mais je ne m'aperçois jamais, dans son œuvre qu'il ait subordonné la religion à la politique, je vois le contraire à peu près partout,, jp vois surtout qu'il a considéré la religion et la monarchie comme des formes diverses des mêmes princi-/ pes.
La religion est d'ailleurs le fondement même de la politique. C'est bien elle qui est la base de l'ensemble du système. « Toutes les institutions imaginables dit-il, reposent sur une idée religieuse ou ne font que passer. Elles sont fortes et durables à mesure
qu'elles sont divinisées^ s'il est permis de s'exprimer ainsi. Non seulement la raison humaine, ou ce qu'on appelle la philosophie^ sans savoir ce qu'on dit, ne peut suppléer à ces bases qu'on appelle superstitieuses, toujours sans savoir ce qu'on dit, mais la philosophie est, au contraire, une puissance essentiellement désorganisatrice. » (1) La religion apparaît ainsi comme le soutien de l'Etat mais aussi comme sa raison d'être, ce n'est pas que la religion soit faite pour la politique, mais la polifîqlTe ne peut que se conformer à la religion. C'est celle-ci qui règne^r^ tout et s'il a beaucoup parlé sur l'unité politique, en faveur de la royauté et contre la révolution Maistre a parlé plus encore et avec au moins autant de ferveur, pour l'unité religieuse, en faveur de la papauté et contre les hérésies.
Joseph de Maistre apporte dans la philosophie politique le môme esprit que dans la philosophie religieuse. L'unité toujours, il y revient partout explicitement ou implicitement — nous avons eu déjà l'occasion de le remarquer. La force de son principe est telle et son esprit dans le cercle qu'il s'est tracé est si indépendant que nous le voyons adopter les opinions absolument opposées à celles que son milieu, ses convictions politiques et même ses convictions religieuses paraissaient devoir lui dicter. Au reste, il ne s'écarte pas de la logique, mais il nous oblige
(1) Considérations, etc. p. G7.
à admirer chez lui la force de la conviction abstraite et du principe de l'unité, et à voir combien il faisait passer le principe avant les considérations d'une politique étroite. Aux autres raisons qu'il avait d'être défavorable aux émigrés venait s'en ajouter une très puissante tirée du démembrement possible de la France. Il prend parti pour la France même républicaine, dans si résistance à la coalition européenne. « Qu'on y réfléchisse bien, dit-il, on verra que le mouvement révolutionnaire une fois établi, la France et la monarchie ne pouvaient être sauvées que par le jacobinisme... Que demandaient les roya-' listes lorsqu'ils clemandaient une contre-révolution telle qu'ils l'imaginaient, c'est-à-dire faite brusquement et par la force? Ils demandaient la conquête de la France ; ils demandaient donc sa division, l'anéantisscmcnt de son influence et l'avilissement de son roi, c'est-à-dire des massacres de trois siècles, peutêtre, suite infaillible d'une telle rupture d'équilibre. Mais nos neveux, qui s'embarrasseront très peu de nos souffi-ances et qui danseront sur nos tombeaux, riront de notre ignorance actuelle ; ils se consoleront aisément des excès que nous avons vus, et qui auront conservé l'intégrité du plus beau royaume après celui du ciel. » (1)
(1) Considérations, p. 21-22.