CHAPITRE TROISIEME
Le système de Joseph de Maistre, comme tous les systèmes dignes de ce nom, peut se résumer en quelques phrases. Le bien, l'idéal, le but c'est l'unité absolue, le mal c'est la division sous toutes ses formes, c'est vers l'unité qu'il faut tendre toujours et partout. Mais cette unité ne peut être atteinte par les hommes que si une autorité les réunit, le représentant de cette autorité sera le Pape dans le domaine spirituel, le roi dans le domaine temporel, et l'autorité qui doit nous donner l'unité participe de son caractère absolu et sacré. Cependant le mal existe dans le monde, il doit être expié, de là, la nécessité de la douleur, la nécessité du bourreau qui est le soutien de l'unité politique, la nécessité de la guerre dont le caractère divin est précisément d'être l'expiation, insuffisante sans elle. Et l'unité obscure, essentielle, originelle qui est celle du genre humain fait de ce genre humain un toui dont les éléments sont solidaires les uns des autres, et souffrent et satisfont les uns pour les autres. Quoi qu'il en soit d'ailleurs
de son origine et de sa cause, la solidarité est un fait et la réversibilité s'y rattache nécessairement. Le monde entier est ainsi une sorte de sacrifice permanent, la « souffrance de l'humanité » c'est la condition du retour à l'unité. La Providence qui dirige tout prépare ainsi le salut de l'homme, le salut par la souffrance et par le sang.
C'est à ces vues que tout se rattache dans l'œuvre de Joseph de Maistre. Cette unité dont il était si épris s'il ne l'a pas mise dans son style, ni toujours dans la composition de ses livres, il l'a admirablement réalisée où elle était nécessaire, dans la doctrine, dans l'enchaînement des idées principales qui en constituent la partie essentielle, dans les idées secondaires qui en dépendent, dans les mille idées de détail qui viennent s'y rattacher et qui achèvent de Jonner à la théorie la complexité et la richesse sans que l'unité en souffre.