INTRODUCTION
Ce nest pas tout encore. Un homme de génie non seulement force ses adversaires à penser, mais il pense pour eux. Parmi les inspirations auxquelles il s'abandonne, parmi les idées qu'il lait naître, parmi les sentiments qu'il fortifie, il y en a que ses ennemis s'approprieront. Ils sentiront comme lui, ils croiront comme lui sur des points importants. Faut-il rappeler ici qu'Auguste Comte a placé le Pape dans sa bibliothèque positiviste ? Mais pour être plus cachées, les analogies n'en sont quelquefois que plus curieuses. Des croyances qui i)araissent irrémédiablement hostiles, si on les pousse à bout l'une et lautre, convergent et se rapprochent. On se trouve ainsi aller dans le même sens que ceux à qui on croyait tourner le dos. La réversibilité des peines et des mérites, le péché originel pouvaient sembler choses exactement opposées à la « science » et à la « raison » . Voici que le péché originel apparaît aujourd'lmi comme un cas de cette hérédité morale que la science actuelle a rendue probable et s'efforce de démontrer, et la réversibilité comme un iait social et organique des mieux établis, comme un cas particulier de celte solidarité C[ui est bien le fait essentiel dans cette association de cellules qui est l'animai , dans cette association d'hommes qui est la société cl dont on peut regret 1er seulement l'état trop rudimentaire encore. La « bonne nature » s'opposait au Créateur rigoureux et voici que le naturalisme développé est obligé d'admettre un massacre incessant, une élimination progressive et continuelle des êtres animés et iait de la survivance
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des plus aptes une sorte de grâce accordée quelqiielois aux mérites, queiquelois au contraire dans des circonstances qui en lont l'équivalent du caprice et dont profitent seuls quelques rares élus parmi les nombreux appelés de ce monde.
N'exagérons rien, il reste entre les doctrines bien des oppositions irréductibles, il n'en est que plus important de montrer les analogies qui à de certaines prolondeurs les relient malgré tout. Maistre (1) a souvent atteint ces profondeurs. Ce sera son mérite éternel, mais ce qui nous y rend particulièrement sensibles, c'est la situation actuelle et la lutte non pas peut-être plus vive, mais plus intime, plus étroite que jamais, des dogmes qui ont dominé les W»cs et des idées qui veulent devenir des dogmes, c'est aussi la transition, ou l'accord — incomplet et peu durable, je crois, — que j)euvcnt permettre de telles analogies, cest enfin que Maistre qui nous donne l'occasion de les voir, est peut-être en situation d'être plus que jamais, non pas suivi, mais admiré, compris, aimé même par les plus déterminés de ses adversaires. De toutes pnil3 renaît u;ie sorte de mysticisme, un besoin (1 unité, d'iiarmnnie et de crovance. Ce besoin, nous ne le satislcjous peut-êti'o pas, car nous sommes de\rnus ditîiciles sur le clioix des moyens de ra[.ai-
(1) Je dis Maistre (et non de Muislre comme on fait sjiivent) d'abord parce qu'on dit Chateaubriand, Lamarlinc et non do Chateaubriand, do Lamartine, etc. ; ensuite, parce que lui iiirme a indiqué que c'était la bonne manière de le nommer.