‹ Joseph de Maistre et sa philosophieChapitre 4 sur 15 · INTRODUCTION 1 I · texte numérisé non relu

INTRODUCTION 1 I

scr, il nea est que )>liis intense et il nous permet de considérer; non pas avec regret, mais avec sympathie, un des hommes qui ont dépensé le plus de talent à essayer do le satisfaire.

Si jinsistc sur l'importance philosophique de l'œuvre de Maisti'e, c'est quelle a été souvent méconnue ou négligée, ce n'est pas que je ne voie qu'elle. A ceux qui ne trouveraient rien à prendre dans son système, Joseph de Maistre offre d'autres ressources. Les idées, les Iragments qu'il réunit en une synthèse présentent encore de l'intérêt si on les sépare. Ils pourront prendre aux yeux de quelques lecteurs une valeur plus grande, aux yeux de presque tous une valeur difîércnte et nouvelle. Si le fil d'un collier se rompt, les perles qui le composaient n'en perdent pas leur éclat et Ton peut plus librement les manier, les retourner, les examiner sur toutes leurs faces, mettre uiieux en valeur (pielques-unes d'entre elles. Le lecteur que le système théologique ou philosophique de Maistre rebutera, prendra goût au moins à ses idées. Il en a partout, et il en a sur tout, à chaqu(3 page elles étincellent. elles éblouissent. — au risque parlois d'aveugler. On en trouve sur la politi(|uc cl sur la littérature, sur l'esthétique et sur l'histoire, sur les sciences naturelles, sur la chimie, sur le vol des oiseaux, sur Dieu, sur les conciles, sur Thomme et sur la lemme, sur bien d'autres sujets encore. S'il en a de discutables ou de iausses, il n'en a pas de banales, j'entends que s'il lui en vient qui soient également venues à d'autres — et comment en serait-il

autrement? — il les tait siennes par la façon dont il les conçoit et aussi par la façon dont il les exprime. Il est des styles plus que le sien voisins de la perfection, plus harmonieux ou plus souples, je n'en sais guère qui soit plus que le sien dans les bons endroits — assez souvent — personnel, net, serré, vivant, tranchant et incisif, de sorte que lors même que l'idée vous heurte, ce qui n'est pas rare, on lui sait encore quelque gré de l'avoir émise.

Enfin ce n'est pas l'œuvre seule qui nous intéresse chez Joseph de Maistre. L'esprit qui l'a faite est un de ceux qu'il y a plaisirà voir agir, à regarder penser, à contempler dans l'exercice de ses facultés. Cette intelligence vive, pénétrante, droite malgré ses erreurs, si fertile, si lumineuse, si ferme, si nette et si profonde à la fois, nous captive, en môme temps que nous sommes charmés par les qualités de son cœur, et touchés par la dignité de sa vie. Sa hardiesse, sa franchise, qu'il apporte jusque dans la diplomatie, son désintéressement, l'élévation de ses sentiments, la solidité de son affection, sa tendresse pour ses entants et ses amis qui paraissent contraster avec le caractère terrible et sombre de ses doctrines, de ses éludes préférées, nous plaisent, et l'ensemble est d'un prix inestimable. Trop d'hommes de talent nous ont condamnés à l'admiration sans estime, nous savons bon gré à Joseph de Maistre de prendre notre sympathie et de nous conduire jusqu'au respect. Le philosophe et l'écrivain n'y perdent rien, l'homme y gagne. Nous allons les étudier successivement.

Page 1