‹ Joseph de MaistreChapitre 10 sur 81 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

tants devoirs à la défense des idées et des principes qui avaient dirigé sa conduite et qui, selon lui, devaient dominer le monde.

La Révolution française fit Joseph de Maistre écrivain. Elle le dépouilla, l'exila, et attira impérieusement ses regards. Sans elle, il menait tranquillement sa vie coutumière de magistrat et de savant; et, sans doute, il ne nous aurait pas donné les résultats de son vaste labeur. Après vingt ans d'immenses lectures, servi par une prodigieuse mémoire, admirablement informé, il allait appliquer son esprit à un fait qui se trouvait être le fait capital des temps modernes. Il avait vu s'amonceler les nuages : la tempête éclatait. Profondément troublé, attristé, éprouvé dans sa patrie, dans sa famille et dans ses biens par l'événement qui bouleversait l'Europe entière, il lâcha de l'expliquer, et de reconnaître la main terrible qui avait tout conduit. En 1797, les Considérations sur la France parurent.

La France est revêtue d'une magistrature. Elle est à la tête du système religieux. Son roi est le roi très chrétien. Or, en se laissant séduire par le philosophisme, elle a renié sa loi, contredit sa vocation et méconnu son véritable caractère. La Révolution est un jugement de Dieu : jugement sur le peuple qui, léger et frivole, est allé aux idées nouvelles sans regarder où on le menait; jugement surtout sur les nobles, trop favorables aux métaphysiciens et aux savants qui ont tout ébranlé, trop enclins à déserter les dogmes nationaux qu'ils avaient la mission expresse de défendre; jugement même sur le haut clergé trop porté au luxe et au relâchement, et chez qui bien souvent on trouve « sous le camail un chevalier au lieu d'un apôtre ». Joseph de Maistre est sévère, et n'épargne personne. Plus on est puissant, et plus on est comptable à Dieu de l'emploi qu'on a fait de la puissance. Mais des innocents ont souffert? mais Louis XVI était un saint? — Il n'importe. Il y a beaucoup plus de coupables qu'on ne l'imagine en général. D'ailleurs, « les individus qui composent les nations, les familles, et même les corps politiques sont solidaires ». Quand la tète de Louis XVI tombe, ce n'est pas un roi particulier qui est frappé, c'est le perpétuel roi de France. En outre, les innocents paient pour

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