‹ Joseph de MaistreChapitre 12 sur 81 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

Quel appareil hnmense! Quelle multiplicité de ressorts et de rouages! Ouels fracas de pièces qui se lieurtent! » — Au contraire, « dans une œuvre de la nalure », tout étant à sa place, il n'y a point de secousses, point dondulations : tous les froltemenls étant doux, il n'y a point de bruit, et ce silence est auguste. » Ce sont là de saisissantes images, et qui nous mettent devant les yeux, opposé à la tranquille harmonie d'un mécanisme habilement construit, l'assemblage monstrueux, l'engrenage fragile et gigantesque rêvé par un Piranése en délire, el qui semble prêt à la ruine aussitôt qu'il entre en mouvement.

Il arrive souvent à Joseph de Maistre de parler comme l'histoire. Il sait que la Convention est un despotisme, mais il ne lui écliappe pas que ce despotisme était nécessaire à la défense de la France attaquée sur toutes ses frontières. 11 marque très bien l'allure générale de la Révolution. Elle « mène les hommes plus que les hommes ne la mènent ». Les acteurs du grand drame sont mus par une force supérieure à eux-mêmes, et irrésistible. Les inlruments peuvent être médiocres ou indignes : l'œuvre s'accomplit quand même. C'est proprement un miracle, un acte inspiré d'en liaut. Et par là il fait songer à un autre voyant, Michelel, qui lui aussi, se jjlace à une sorte de point de vue théologique. Seulement Miciielet écrit l'Kvangile de la Révolution, Joseph de Maistre en écrit l'Apocalypse. Pour tous les deux, elle est divine : mais, pour l'un, elle est une malédiction el un châtiment; pour l'autre, un épisode magnifique de la marche de notre espèce vers le mystérieux avenir. Joseph de Maistre sent l'importance de la Révolution : dans le Discours à la Marquise de Costa, en 1794, il l'appelle une époque, et il entend évidemment ce mot au sens où le prenait Bossuet. 11 en sent aussi la grandeur et la majesté : grandeur sombre et majesté sinistre à son gré ; mais enfin il admire et s'étonne, et, dans un passage de son livre, la Convention, comparée au Pandémonium de Milton, apparaît transfigurée dans une lumière infernale, et comme vêtue de cette flamme sinistre qui empourpre les villes maudites de la Bible. Mais ce qu'il n'a pas vu, ce qu'il ne voulait pas et ne pouvait pas voir, c'est que la Révolution inaugurait un monde nouveau, détruisait pour créer, et ({u'clle était véritablement un acte fondamental. 11 ne la regarde que comme la catastrophe providentielle où devait s'abîmer un siècle de corruption et d'impiété. 11 trouve l'œuvre détestable, mais non point l'artisan. Il aime la France. 11 ne veut pas qu'on la démembre. Ce serait

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