INTRODUCTION XXIII
jurée, en Europe, devant la France victorieuse et à son tour menaçante.
Ce contrat qui engage, même malgré eux, ceux qui naissent sur une terre conmiune, qui l'empêchera de rester abstrait? qui le rendra réel et présent? qui le déclarera aux yeux des hommes? La monarchie. Qui assurera l'unité de la nation dans l'espace? sa continuité dans le temps? La monarchie encore. C'est le roi qui incarne la patrie; c'est par lui qu'elle est visible. On ne sait d'où viennent les familles destinées au trône. C'est que " Dieu prépare les races royales; il les mûrit au milieu d'un nuage qui cache leur origine ». Pour Joseph de Maistre, toutes les puissances qui dominent l'humanité ont une naissance obscure, pareilles aux grands fleuves sacrés dont les eaux . larges et bienfaisantes baignent les cités illustres et dont on n'a jamais pu découvrir les sources ignorées. Les races royales sont données; jamais le peuple ne les a choisies. Elles ne sont pas royales parce qu'elles régnent; elles régnent parce qu'elles sont royales. Un roi a une existence supérieure à son existence personnelle; il est à la fois Louis XI, Henri IV, Louis XIV qui passent, et le roi de France qui ne meurt pas. « Le mort saisit le vif. » Cette identité même est quelquefois funeste aux créatures humaines qu'un décret d'en haut appelle au périlleux honneur de porter le sceptre, car Dieu châtie sur le roi les fautes du roi sans se préoccuper du nom qu'il porte. 11 n'est pas moins absurde de supposer une lacune dans la vie du roi que dans celle de la patrie, car leur union est indissoluble connue celle de l'âme et du corps. Le roi, par un hasard, peut être un sot, ou un incapable, ou un monstre. Il n'importe : on doit s'incliner. Ce n'est pas au sot, ni à l'incapable, ni au monstre qu'on obéit, c'est à une réalité dont il est l'expression fugitive et qui est supérieure ù lui-même. D'ailleurs n"envions pas trop ceux que Dieu a marques de son signe : « Infortunés Slyliles, les rois sont condamnés par la Providence a passer leur vie sur le haut d'une colonne, sans pouvoir jamais en descendre ». Ils ne sont point comme les autres hommes; et, s'ils ont vraiment conscience de leurs devoirs, souvent ils s'écrieront, las et découragés :
Hélas! je suis, Seigneur, puissant et solitaire : Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre.
Les agents du roi participeront à sa réalité. Ils seront en quelque sorte ses prolongements, au lieu que, dans une république, la souveraineté est un être purement moral et sa