XXIV INTRODUCTION
grandeur csl incommunicable. Ceux que le roi doit appeler au partage de son autorité sont aussi désignés d'avance, et revêtus d'une investiture divine. » Les droits de l'aristocratie, du moins les droits essentiels, constitutifs el radicaux, s'il est permis de s'exprimer ainsi, n'ont ni date ni auteurs. » Le i)atriciat doit être d'un difficile accès. Le souverain ne doit pas créer de nouveaux nobles par caprice et volonté personnelle; il ne peut que consacrer ceux que la nature lui présente. « Il y a des familles nouvelles qui s'élancent, qui se tirent de l'égalité d'une manière frappante, et s'élèvent entre les autres comme des baliveaux au milieu des taillis. » Oublions un instant (jue Joseph de Maistre est catholique. Ne croyons-nous point entendre un théoricien de la sélection naturelle? « L'élite victorieuse dans la concurrence vitale doit mener le monde. C'est un pur darwinisme. Aussi bien je ne sais aucune doctrine qui soit plus favorable aux aristocraties. La démocratie, au fond, vit de rêves spiritualistes, et, en vérité, on s'expliipie bien peu le penchant qu'elle a pour le naturalisme scientifique. Donc les fils des grandes races sont appelés au commandement. Les législateurs par excellence sont rois ou éminemment nobles : à cet égard il n'y a et il ne peut y avoir aucune exception. » Mais malheur à eux s'ils se rendent indignes de leur mission! Les grandes familles sont « les dépositaires du fou sacré; il s'éteint lorsqu'elles cessent d'être vierges », Joseph de Maistre a des phrases impitoyables sur « la dégradation morale » de la noblesse française. Tout ce qu'elle entreprend est marqué d'un caractère « d'impuissance et de nullité ». Il constate avec Bernardin de Saint-Pierre que, même pour la taille et la vigueur du corps, elle a dégénéré. Et lui-même, né patricien, il s'est fait de ses devoirs une idée singulièrement haute, et ce n'est pas pour lui un petit honneur que de l'avoir exactement remplie.
Le peuple est donc gouverné par les rois assistés des nobles. Il l'est aussi par la constitution. Mais qu'on y i)renne garde, pas plus que la monarchie, le peuple ne se l'est imposée librement. Comme celle de la monarcliie, son origine est obscure, parce qu'elle vient de Dieu. Elle sera d'autant meilleure qu'elle ne sera pas écrite. Écrite, elle sera d'autant plus forte qu'elle contiendra moins d'articles. Elle doit être plutôt un état d'esprit qu'une charte. Que son point de départ soit humble; qu'elle soit l'œuvre, en apparence contradictoire, des générations successives qui auront travaillé sans s'asservir à une pensée commune : elle aura le