‹ Joseph de MaistreChapitre 16 sur 81 · INTRODUCTION XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXV

plus de chances possibles de durée. Crescil occuUo velul arbor leuo. Elle a grandi lenleinenl, comme du gland sort le chêne. Les hommes, en la construisant, ne se sont pas concertés et n ont pas su ce qu'ils faisaient. Ou, s'ils ont cru le savoir, ils ont été de bonnes dupes. Véritables « outils de Dieu », ils n'ont pas senti quel ouvrier les maniait, ils sont pareils à « la truelle qui se croirait architecte ». C'est ainsi que se forme une bonne constitution. Au contraire, que Dieu, irrité contre les hommes, les livre à eux-mêmes, ils feront de belle besogne. Ils bâtiront des châteaux de cartes, qu'un souffle abattra. — On connaît, dira-t-on, les causes qui ont ruiné ces fragiles constructions, et désormais il sera possible de les réparer. Dieu ne les a point condamnées explicitement. — Quelle erreur! Dieu, quand il veut faire échouer nos desseins, a recours aux causes secondes. Il ne trouble point le cours ordinaire des choses. 11 ne se donne point le divertissement de faire des miracles à tout propos. Il n'a pas besoin d'envoyer « des anges sous forme humaine, chargés de déchirer les constitutions ». Il les laisse se détruire par elles-mêmes, et c'est assez pour punir la sottise et la présomption de leurs auteurs. Tel est le déterminisme politique de Joseph de Maistre. Les constitutions viennent den haut. La fondation des empires est fatale, et la naissance des souverainetés est environnée de ténèbres. Laissons de côté la puissance cachée qui fait l'histoire, ne disputons point de sa nature. Il subsiste de tout cela que, dans l'état passé et même présent de l'univers, l'inconscience semble être la loi des grandes manifestations de l'activité humaine. Des forces auxquelles on ne peut résister, naturelles, ou surnaturelles, nous mènent malgré nous et restreignent notre pouvoir d'agir. La grande erreur des idéologues du dernier siècle a été de croire l'homme trop lucide et trop maître de soi-même. Ils ont vu le calcul où il n'y avait que la spontanéité, la réflexion où il n'y avait que l'instinct. Il semble bien que tel soit le génie de notre race. Les héros de notre théâtre classique voient singulièrement clair dans leur âme, même lorsqu'ils sont égarés pour des passions furieuses. C'est ainsi que nos politiques ont souvent conçu les multitudes : ils se les sont représentées, parce qu'ils aiment trop à simplifier et aussi parce qu'ils sont doués d'un optimisme intrépide, comme des collections d'individus capables de se décider librement d'après des motifs raisonnables. Après les expériences souvent fâcheuses que nous avons faites, il a bien fallu en rabattre. Et c'est aussi en partant de cette logique superbe et dédai-

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