‹ Joseph de MaistreChapitre 17 sur 81 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

gneuse des faits, qu'on a perdu le sens du passé, méconnu l'importance des traditions et fait celte admirable découverte que, si nous trouvons des inconvénients à la maison qui nous abrite, il convient de la jeter incontinent par terre pour en bâtir une autre.

Cependant n'exagérons rien. Évidemment, Joseph de Maislrc avait beau jeu. Jean-Jacques Rousseau, après avoir édifié son État idéal, avaitavoué (|ue,pour le faire subsister, il faudrait des dieux. — Soit, avait répondu la foule avec une belle confiance en elle-même, vous ne voulez que des dieux : c'est tout justement ce que nous sommes. — Les bonimes s'étaient crus trop lût parfaits et avaient agi en conséquence. Ils avaient bouleversé, taillé, tranché, pour donner à la société qui résistait la forme de leurs utopies. Mais, pour quelques expériences manquées, l'espoir est-il interdit? pour quelques faux départs, lliumanité est-elle condamnée à rester en place? et parce qu'un a souffert d'une excessive précipitation, doiton s'interdire un effort même réglé? Ces questions, Joseph de Maistre ne pouvait se les faire à lui-même; le tour de son esprit et ses principes invariables ne le comportaient point : mais la sagesse d'un Montesquieu ou d'un Macaulay les lui aurait posées.

Le système religieux complète le système politique. L'homme est tellemint mauvais que, s'il n'est discipliné par une croyance, il est nécessairement esclave ou révolté. Toute l'antiquité a cru à la légitimité de l'esclavage parce qu'elle était païenne, et Aristote en a été l'apologiste éclairé. La France, nation chrétienne qui a cessé de l'être, a été livrée aux pires désordres, et finalement asservie à « un gendarme corse ». C'est le christianisme qui a relevé la dignité de l'homme aux yeux de ceux qui sont les maîtres et qui leur en a enseigné le respect. D'autre part, c'est aussi le Christianisme qui ordonne aux peuples d'obéir aux rois et qui les relient dans le devoir. Mais les rois ne sont pas impeccables, et combien de pervers et de frénétiques n"a-t-on point vu sur le trône? Dès lors, quel recours? la sédition? l'assassinat? Ce dernier remède, fort goûté des Orientaux, est pire que le mal. La sédition, de même. Une constitution? une assemblée plus puissante que le roi, et capable de le contraindre à l'abdication? Alors le pouvoir royal, compromis une l'ois, l'est à tout jamais. Au contraire, qu'on suppose, en dehors de l'État, une souveraineté supérieure à l'Etat tout entier et au roi lui-mémo, parce qu'elle domine sur l'univers; qui présente, par son caractère même, de séi'ieuses garanties d'inté-

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