INTRODUCTION XXIX
un athée qu'un janséniste. : bonne pensée! Napoléon I" emploie le mot janséniste comme un outrage : Joseph de Maistre déclare à ce propos que « le bon sens du démon quelquefois lui fait peur ». Enfin il reconnaît la main du jansénisme dans les horreurs de la Révolution, et demande à la « serpe royale » d'atteindre la racine « de cette plante vénéneuse ». Jamais le parti pris n'a entraîné si loin Joseph de Maistre : jamais il n'a écrit avec un si furieux emportement. C'est merveille de voir ce que devient pour lui cette grande école de droiture morale et de probité littéraire.
Les gallicans ont aussi leur compliment. De même que les jansénistes sor>t des réformés qui n'avouent pas, de même les gallicans sont des jansénistes qui dissimulent. Cela est manifeste dans les Parlements qui sont à la fois fervents jansénistes et gallicans déterminés. Joseph de Maislre est fort habile à opérer ces réductions de proche en proche. Tout ce qui tend à s'éloigner du Pape est en marche vers le protestantisme. Tout à l'heure nous le verrons pousser le protestantisme au déisme pur. Et alors il pourra excommunier d'un seul coup tous les ennemis de l'unité catholique. Il a la plus solide estime pour Louis XIV; mais cela ne l'empêche pas de lui dire son fait. A propos du droit d'asile, Louis XIV a foulé aux pieds, dit-il, « toutes les lois de la justice, de la modération et de la délicatesse ». Il le rapproche de Philippe le Bel. Cette affaire a été comme la préface de la fameuse déclaration. Bossuet a été l'âme de cette néfaste assemblée de 1682. La gloire et le génie de Bossuet n'importent guère à Joseph de Maistre. « Vous avez fait en France, écrit-il à M. Déplace, une douzaine d'apothéoses au moyen desquelles il n'y a plus moyen de raisonner. En faisant descendre tous ces dieux de leurs piédestaux pour les déclarer simplement grands hommes, on ne leur fait, je crois, aucun tort, et l'on nous rend un grand service. » Avec un simple grand homme, on est à l'aise pour disputer. Joseph de Maistre ne s'en prive pas. Dans le Pape, dans VÉglise gallicane, IL s'évertue à diminuer Bossuet. Il y met quelque retenue, il ne va pas jusqu'à l'injure, jusqu'à l'invective. Mais il lui fait de fort impertinentes révérences. « J'en demande bien pardon à l'ombre illustre de Bossuet. » Il insinue, tout comme aurait pu le faire aux environs de 18G0 un critique qui se serait piqué de libéralisme, que le grand prélat était aussi un grand courtisan, et qu'il a été gallican « parce qu'il avait des ménagements à garder ». Il lui fait âprement la leçon, avec