‹ Joseph de MaistreChapitre 20 sur 81 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

beaucoup d'amertume et d'ironie. Il va jusqu'à la taxer d'absurdité. Enfin, dans l'affaire de 1682, il le montre asservi au roi, « soumis entièrement aux hésitations de Louis XIV » ; impérieux à l'égard du clergé, « haïssant toutes les assemblées si d'avance il n'était pas sur d'y régner • ; enfin n'osant pas publier la défense de la déclaration qu'il a écrite malgré lui sur l'ordre exprès de son maître, et que sans cesse il retouche et modifie. Et il réussit à mettre aux prises la conscience de Bossuet qu'il veut croire ultramontaine et sa haute situation qui l'oblige au gallicanisme; à introduire l'incertitude, le trouble et le remords dans cette vie qui fut en réalité si une, si harmonieuse et si sereine. C'est un joli tour de force, et un des plus intéressants qu'ait exécutés Joseph de Maistre. qui s'y entendait à merveille.

Dans le protestantisme, contre lequel il a déployé un moindre effort, il voyait, avec Bossuet, un acheminement vers l'incrédulité. Dans les Lettres sur l'Inquisition, il définit les Protestants « des théistes perfectionnés par l'Évangile ». Quand le sens propre est substitué à l'autorité en matière de religion, l'on ne sait où l'on s'arrêtera; alors on peut tout craindre. L'hérésie de Luther n'est que le premier engagement de la grande guerre que, depuis tantôt trois cents ans, avec des armes diverses en apparence, mais au fond toujours les mêmes, l'ennemi du genre humain mène contre le catholicisme. Les ministres anglicans sont sceptiques au fond, incapables d'affirmation, mal considérés chez eux, impuissants à propager au dehors la bonne nouvelle. C'est qu'ils se sont séparés de la vérité, et quel'anathèmeles frappe. L'Église est construite sur un plan divin; toutes ses parties s'appellent et se soutiennent : manque d'une, tout s'écroule. 11 faut l'accepter ou la rejeter tout entière, et on ne fait sa part ni à la foi ni à l'incrédulité.

En bonne logique, Joseph de Maistre a raison. Le malheur, c'est que la nature se moque de la logique, et que, lorsqu'il s'agit d'êtres vivants, il convient de la laisser de côté. Au fond, le défaut cajiital de Joseph de Maistre est celui du siècle où il est né. Il raisonne comme les esprits classiques. De l'infinie complexité de la vie, il ne tient aucun compte. Il aime les vastes constructions à priori. Il n'admet pas les solutions moyennes, qui ne laissent pas de faire durer l'humanité. Pour lui, il faut être ultramontain ou incroyant. Il repousse le gallicanisme qui essaie de concilier l'indépendance du clergé français avec le respect dû au Saint-Siège. Pareillement il n'a que peu de confiance aux gouvernements parle-

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