XXXII INTRODUCTION
losophes, ne trouve pas grâce à ses yeux. 11 n'aime les grands écrivains de riiellénisme que dans la mesure où ils ont .subi rinduence de l'Orient. 11 rencontre dans Platon des pages vraiment « mosaïques », et il exulte. 11 sait un gré infini à Plularque de ses superstitions. L'étonnante histoire de Thespésius le ravit. Pour avoir de si belles imaginations, il faut que Plutarque ail vécu dans le commerce des chrétiens. D'ailleurs, la Grèce est un ramas de rhéteurs et de sophistes. Les .Vtliéniens sont • légers comme des enfants et féroces comme des hommes, espèces de moutons enragés, toujours menés par la nature, et toujours par nature dévorant leurs bergers ». Cicéron a bien raison de les ajuster comme il fait dans le Pro Flacco. Joseph de Maistre s'associe aux colères de Juvénal contre le t/rœculus. Un seul peuple en Grèce mérite quelque considération, et ce sont les Lacédémoniens. Toujours prêts à la division, les Grecs sont les auteurs du premier schisme. C'est à cette occasion que Joseph de Maistre exhale la haine qu'il leur porte : haine de catholique, sans doute, mais surtout haine d'autoritaire. Les griefs sous-entendus sont plus forts que les griefs exprimés. Les Grecs sont responsables de l'Église russe : et c'est peu; mais ils sont aussi responsables de la sagesse païenne, qui est une sagesse laïque: dans leurs livres, l'esprit humain, au XVI* siècle, est allé chercher ses franchises : et c'est beaucoup.
Mais l'impiété moderne a trouvé un instrument redoutable que l'antiquité n'a pas connu. C'est la science positive. Sans doute, à prendre les choses dans la grande rigueur, la physique est moins funeste au surnaturel que l'exégèse, et cela n'avait pas échappé au regard perçant de Bossuet. Mais, en fait, elle est responsable de l'incrédulité chez les esprits moyens, et c'est par elle que M. Homais n'écoute plus son curé. Joseph de Maistre voit avec raison dans la méthode expérimentale inaugurée par Bacon l'origine de la philosophie naturelle et du matérialisme scientifique. On passe aisément de cette idée, que Dieu est à l'origine des choses, à cette autre, que les choses sont par elles-mêmes, immuablement. Les sciences positives, en reculant Dieu, tendent à le faire disparaître. La notion du déterminisme universel et des lois nécessaires s'établit. On voyait au moyen âge le miracle partout, et l'apparition d'un saint, plus rare sans doute, n'était guère plus étonnante que l'éclosion d'une fleur; on ne voit plus le miracle nulle part. Peu à peu le surnaturel émigré. Aussi Joseph de Maistre, qui a bien étudié les progrès