INTRODUCTION XXXV
sent, est absurde et mauvais. La raison en est que l'homme est déchu. Jamais, depuis Pascal, l'obsession du péché originel n'a été aussi forte sur une âme. De là son étrange conception des origines humaines. Au commencement, même après la chute d'Adam, les fds des Anges marchaient dans la lumière, plus forts, plus beaux, plus intelligents que nous. Ils avaient toute science, car ils voyaient directement les causes. Et c'est cette science surhumaine qui les a perdus. Comme ils savaient plus, ils pouvaient plus, et ils ont commis des forfaits monstrueux qu'a châtiés le déluge. Dans notre abaissement, nous portons la peine de crimes mystérieux dont nous n'avons pas l'idée et qui n'étaient possibles qu'en dehors de notre sphère d'action. — Mais il est injuste que nous souffrions pour les péchés des premiers hommes ! — Outre que nous voyons tous les jours rinfamie héréditaire non moins que la gloire, pourquoi aurions-nous changé d'état avec le temps? Des êtres dégradés ne peuvent engendrer que des êtres dégradés. Les sauvages ne sont pas des hommes primitifs et plus près que nous de la nature, mais bien au contraire les descendants des races les plus coupables, ravalés par cela même à une abjection plus profonde que la nôtre. Donc Dieu nous frappe avec justice, et purifie dans toute l'humanité la souillure qui lui est inhérente. — Mais, dans les grands fléaux qu'il nous envoie, des innocents périssent! — La plaisante objection! Quel homme est innocent"? Et d'ailleurs, le drame du Calvaire est là pour le prouver, les mérites des innocents qui souffrent sont réversibles sur les coupables.
Le péché originel n'a pas borné ses conséquences à l'homme, il a rejailli sur tous les êtres vivants. Le décret de la mort violente est écrit sur les frontières mêmes de la vie. La plante étouffe la plante. L'animal vit de carnage. 11 est lui-même soumis aux caprices sanglants de l'homme, qui tue pour tuer. Mais contre l'homme qui exécutera l'arrêt céleste"? Lui-même s'en charge, et par la guerre. Un illustre ennemi de la France a fait l'apologie de la guerre et l'appelle sainte : Joseph de Maistre, sans la justifier, essaie de l'expliquer et l'appelle divine. 11 y a sûrement chez lui, si âpre que paraisse ici son génie, plus d'humanité. Sans l'action de Dieu on ne comprend pas la guerre. Il est puéril de prétendre que les rois seuls la désirent. Car ils ne peuvent rien contre l'opinion. Les hommes sont naturellement enclins à la pitié; or ils acceptent avec empressement l'ordre de se battre. Ils n'ont pas de haine contre leurs adversaires, et ils les massacrent avec fureur. Le meurtre d'ordinaire est un crime, et il est