‹ Joseph de MaistreChapitre 25 sur 81 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

environné de gloire. Les militaires de profession devraient être farouches et grossiers, et il n'est point d'âmes plus pures ni plus religieuses. Voilà bien des contradictions : coniincnl en sortir, si l'on n'y reconnaît la main de Dieu? C'est la grande malédiction qui s'accomplit. ■• L'ange exterminateur tourne comme le soleil autour de ce malheureux globe.... La terre entière, continuellement imbibée de sang, n'est qu'un autel immense où tout ce qui vit doit être immolé sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu'à la consommation des choses, jusqu'à l'extinction du mal, jusqu'à la mort de la mort. » En lisant Joseph de Maistre, on peut se dire avec raison que le pessimisme est un christianisme décapité. Jamais le spectacle de la lutte jtour la vie n'a fait écrire de pages plus sombres. Supprimez Dieu, laissez la nature aveugle à sa place, supposez que la grande énigme n'ait pas de mot, quel drame épouvantable se joue sous les cieux! à quelle profondeur de désespoir ne doit-on pas arriver! Devant l'épouvantable holocauste, on souhaitera la suppression de toute conscience, et l'anéantissement de l'univers.

Si cachés que soient ses desseins, le Dieu de Joseph de Maistre n'est j)as un Dieu qu'on puisse aimer. C'est le Jaloux d'Israël; ce n'est pas le doux Nazaréen, penché sur la misère humaine. 11 attire le blasphème. C'est celui auquel Kaïn, surgissant de sa tombe, lance une suprême invective et un suprême défi :

Dieu de la fondre, dieu des vents, dieu des armées... Dieu qui mentais, disant que ton œuvre était ))on....

Involontairement, on songe aux dieux féroces du Mexique, à Siva qui se réjouit des supplices, à Moloch, dévorateur de chair vive, au fond de son temple rouge. Cet Occidental, par goût du paradoxe, met en formules nettes, précises, éclatantes, des théories qui passent les imaginations les plus atroces de l'Orient mystique. La religion de Bossuet est austère : celle de Joseph de Maistre est terrible.

Il y a là de quoi étonner les chrétiens doux et paisibles pour qui la foi de leurs pères est un mol oreiller. Le vol hardi de cette pensée s'est un jour élevé bien haut. Comme Joseph de Maistre est un puissant logicien, et qu'il pousse jusqu'à l'extrémité les conséquences de ses raisonnements, on rencontre souvent, lorsqu'on le lit, des mots qui surprennent et qui donnent à réfléchir. Il semble qu'à certains moments le christianisme ne soit pour lui que la forme la

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