INTRODUCTION XXXVII
plus pure de la religion universelle déjà en germe dans le paganisme. Il parait attendre une troisième révélation. Ailleurs, il a tout l'air de croire que les anges ne sont que des symboles. Et voici une étrange assertion : <- Toute civilisation commence par des miracles, vrais ou faux, il n'importe ». Mais jamais il n'a été aussi audacieux que dans les pages des Soirées, où il laisse entrevoir la base métaphysique du christianisme, en soulevant un peu indiscrètement peut-être, et il le sent lui-même, le voile qui la cache aux regards des profanes. Déjà, dans les Considérations sur la France, il avait écrit : « Tous les êtres gémissent et tendent, avec effort et douleur, vers un autre ordre de choses ». Ne serait-ce pas qu'un Dieu, impatient d'exister, s'éveille en gémissant? Dans les Soirées, il va plus loin. Le mal semble venir d'une certaine division. Le bien viendra d'un certain retour à l'unité. Nous nous y efforçons i)erpétuellement, et cette tendance est souvent exprimée dans notre loi religieuse. Les innocents peuvent payer pour les coupables et c'est ce que le Christ a hautement signifié sur le Calvaire. Quelle est la raison de cette solidarité, sinon l'identité d'origine et d'être de tous les hommes? Dans le baiser de paix, les âmes tendent à s'unir. Lorsque nous communions, « ce pain et ce vin mystiques qui nous sont i^rescntés à la table sainte, brisent le moi et nous absorbent dans leur inconcevable unité ». Saint Paul a dit : « C'est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l'être ». Molebranche : « Dieu est le lieu des esprits comme l'espace est le lieu des corps ». M'"'= Guyon « compare les intelligences humaines aux eaux courantes qui sont toutes parties de l'Océan, et qui ne s'agitent sans cesse que pour y retourner ». Cette unité une fois retrouvée toutes les barrières qui restreignent le moi en le précisant à lui-même une fois brisées, quand le Dieu multiplié qui souffre en chacun de nous se sera ressaisi tout entier, qu'arrivera-t-il? « Une infinité de spectres lumineux de même dimension, s'ils viennent à coïncider exactement dans le même lieu, ne sont plus une infinité de spectres lumineux; c'est un seul spectre infiniment lumineux. Nous aurons alors édifié le corps du Sauveur. » Nous serons tous <■ consommés dans l'unité ». Nous n'existons ciu'en Dieu. De là à dire que nous constituons Dieu nous-mêmes, et qu'il n'existe qu'en nous, il n'y a pas loin. Et même, nous ne pouvons pas affirmer autre chose, puisque, après tout nous ne pouvons pas sortir de nous-mêmes. C'est un pur panthéisme. Joseph de Maistre recule devant l'abime. Les aventures de son esprit