‹ Joseph de MaistreChapitre 5 sur 81 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

femme en médrocrc estime, et font peu de cas de ses lumiÙM-es. Il n'est pas bien honnête qu'elle étudie beaucoup. C'est un être ciiangeant, capricieux, enclin au mal, et dont il faut brider la fantaisie pour l'eMipèclier de faip; des sottises. Je ne serais point surpris qu'au fond Molière fût de l'avis de Chrysale. Joseph de Maistre, au contraire, avait beaucoup de respect pour les femmes vraiment femmes. Il sait au Christianisme un gré infini d'avoir réhabilité nos soeurs. Les peuples qui les tiennent dans l'abaissement et la servilité sont par là même avilis. Il célèbre les veuves chastes et pieuses qui tinrent une si grande place dans le Christianisme naissant. Rien ne vaut l'ftducation maternelle. Dans /es Soirées de Sainl-Pélersboiinj, le comte dit au chevalier : • Si la mère.... s'est fait un devoir d'imjjrimer profondément sur le front de son fils le caractère divin, on peut être à peu près sur que la main du vice ne l'elTacera jamais ••. Et plus loin : • Je crois... voir a vos côtés madame votre mère, couverte d'un vêtement lumineux, qui vous montre du doigt cette terrasse où nous vous attendons ». Il vénère la fenune qui reste près de son mari, au milieu de ses enfants. Il la veut pareille à ces graves matrones de l'antiquité que d'altières et modestes épilaphes louent d'avoir gardé le logis, filé de la laine et connu un seul maître.

L'affection qu'il porte à son fils Rodolphe est chaude et virile. Joseph de Maistre n'est pas un père du xvn" siècle, maître inflexible, abusant de ses droits, vrai tyran domestique. Mais il ne pèche pas non plus par l'autre excès. Il est pour son fils un ami indulgent, empressé, vigilant : il ne se croit pas tenu d'être son camarade. 11 ne pense pas que le respect nuise à l'amour filial. .\u contraire il lui communique un charme de discrétion et de réserve. 11 semble que de ce côté nous soyons allés trop loin. Nous ne nous croyons plus le droit d'assombrir l'enfance, de combattre en elle, par de durs châtiments, le péché originel, et de la discipliner rudement pour la mener au salut. Nous avons raison. Aussi bien, que pouvons-nous affirmer sur le fond mystérieux des choses et sur l'incertaine destinée de nos âmes? Cependant il ne faut pas non plus, par un optimisme aveugle, tromper ceux qui entrent dans la vie sur son véritable caractère. Qu'ils le sachent bien, c'est Joseph de Maistre qui le leur dit : « Ce monde-ci est une gène perpétuelle, et qui ne sait s'ennuyer ne sait rien ». Le métier d'homme est pénible et difficile, qu'il faille aller à Dieu ou conquérir laborieusement l'infini. Ce serait une duperie que de compromettre, par une fai-

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