‹ Joseph de MaistreChapitre 67 sur 81 · BIBLIOTHÈQUES. LIVRES · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUES. LIVRES

Quand on a vu la bibliothèque du Roi, à Paris, on n'a plus rien à voir; celle même du Vatican ne la valait pas. Le cardinal Borgia me demanda un jour si je n'étais point allé voir la bibliothèque de Saint- Marc; je lui répondis que non, et que même je ne la verrais pas. Ma raison était qu'on ne doit point se compromettre avec des bibliothécaires qui se croient des géants et qui vous croient des pygmées, parce qu'ils sont plus forts que vous dans la science des livres et des manuscrits, qui est la plus facile et la plus insignifiante de toutes. J'ai vu des personnages illustres qui ont fait très mauvaise figure pour avoir voulu raisonner avec ces bibliographes. (J'observai à

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Son Eminence que rinconvénienl me paraissait égal à l'éganl d'un bibliothécaire de Paris. — Elle passa légèrement sur celte objection.) Ces gens-là vous mépriseront profondément, si vous ne savez pas (ju'il y a eu tant d'éditions d'un tel livre dans un siècle, et que la meilleure est celle de telle année.

Que m'importe un manuscrit? je préfère beaucoup l'imprimé, que je lis mieux.

Peu de jours après, la conversation étant tombée chez lui sur l'ordre de Malle, il nous dit au coin du feu :

« Si j'avais l'honneur de conseiller le roi de France, je ne serais pas embarrassé de lui suggérer une loi sur l'ordre de Malle. — Considérant, » etc. (et Son Eminence nous improvisa toutes les raisons qui motivaient, selon lui, rinulilité de l'ordre et la nécessité de l'anéantir); il terminait par réunir tous les biens à l'ordre de Saint-Louis. — Il ajouta :

« Il est bien singulier qu'un gredin de gentilhomme portugais, Pinlo, donne pour quatre à cinq cent mille livres de bénéfices en France. » — Je ne sais pourquoi il nomma ce pauvre Pinlo, qui est mort depuis longtemps, plutôt qu'un autre. Mais je rends ses propres expressions.

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