Exclamation italienne usitée clans le langage familier
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la chose bien attentivement; d'autant plus que, comme vous le sentez assez, je ne fais que raser le sujet.
Mali^ré la solidité de votre esprit et vos inclinations sérieuses, je m'aperçois cependant que je me suis enfoncé, plus qu'il ne convient avec une dame, dans les hautes ré<^ions de la philosophie de l'histoire. Parlons d'autre chose, par exemple, de la pluie et du beau temps, du chaud et du froid : c'est un sujet, comme vous savez, inépuisable.
La belle saison s'étant déclarée à l'ordinaire vers le commencement de mai, et tout le monde étant à la campagne, il s'est élevé un froid dont on m'assure qu'il n'y a pas d'exemple. Hier, j'ai passé la journée chez l'ambassadeur d'Angleterre, qui est à la campagne, sur la roule de Cronsladt. Nous ne quittâmes le feu qu'un instant pour regarder quelques vaisseaux dans le golfe, avec sa lunette. Aujourd'hui, j'ai allumé le feu par besoin; je ne sais combien durera cette bizarrerie. Ici, on couvre la campagne d'or pour vaincre la nature de toutes les manières; car il faut vaincre le climat et la qualité du terrain. Je viens de voir dépenser 10 000 roubles pour creuser un fossé autour dune possession dont le sol n'a coûté que 2o roubles. Tout cela, pour trois mois dans de très belles années, et pour six semaines au plus dans les mauvaises. Rien ne coûte, pourvu qu'on jouisse. En voyant ces magnificences, je vais pensant à tout ce que la bonne nature faisait pour nous de sa pleine puissance. Et la vue des serres me rejette dans les mélancoliques idées de la politique. Je vous en fais grâce, Madame, sachant bien que dans ce genre vous n'avez pas besoin d'excitateur. J'aime bien mieux vous renvoyer au début de ma lettre, et enfoncer avec vous le regard dans les consolantes perspectives de l'espérance.
A MADEMOISELLE ADELE DE MAISTRE
Saint-Pétersbourg, 26 décembre 1804.
Voici, je crois, ma très chère enfant, le premier sermon que je t'aurai adressé de ma vie; et encore il te fait honneur, puisqu'il ne roulera guère que sur l'excès du bien. Je suis enchanté de ton goût pour la lecture, et jusqu'à présent je n'avais pas fait grande attention au dégoût qui en résulte pour les ouvrages de ton sexe; mais comme tu as déjà bâti d'assez bons fondements, et cjue je crains que tu ne sois entraînée trop loin, je veux te dire ma pensée sur ce point important, d'autant plus que, par certaines choses qui me sont revenues par ricochet, je vois que certaines gens commencent à raisonner sur tes goûts.
Tu as probablement lu dans la Bible ^ ma chère Adèle, « La femme forte entreprend les ouvrages les plus pénibles, et ses doigts ont pris le fuseau ». Mais que diras-tu de Fénelon, qui décide avec toute sa douceur : « La femme forte file, se cache, obéit, et se tait ». Voici une autorité qui ressemble fort peu aux précédentes, mais qui a bien son prix cependant : c'est celle de Molière, qui a fait une comédie intitulée les Femmes savantes. Crois-tu que ce grand comique, ce juge infaillible des ridicules, eût traité ce sujet s'il n'avait pas reconnu que le titre de femme savante est en effet un ridicule? Le plus grand défaut pour une femme, mon cher enfant, c'est d'être homme. Pour écarter jusqu'à l'idée de celte prétention défavorable, il faut absolument obéir à Salomon, à Fénelon, et à Molière; ce trio est infaillible. Garde-toi bien d'envisager les ouvrages de ton sexe du côté de l'utilité matérielle, qui n'est rien; ils servent à prouver que tu es femme et que tu te tiens pour telle, et c'est beau-
coup. Il y a d'ailleurs dans ce genre d'occupation une coquelterie très fine et très innocente. En te voyant coudre avec ferveur, on dira : « Croi riez-vous que cette jeune demoiselle lit Klopstock et le Tasse? « Partant, ma fille, prie la mère, qui est si généreuse, de l'acheter une jolie quenouille, un joli fuseau; mouille délicatement le bout de ton doigt, et puis vrrrr! et tu me diras comment Ica choses tournent.
Tu penses bien, ma chère Adèle, que je ne suis pas ami de Tignorance; mais dans toutes les choses il y a un milieu qu'il faut savoir saisir : le goût et l'instruction, voilà le domaine des femmes. Elles ne doivent point chercher à s'élever jus(|u'à la science, ni laisser croire qu'elles en ont la prétention (ce qui revient au même quant à l'efTet) ; et à l'égard même de l'instruction qui leur appartient, il y a beaucoup de mesures à garder : une dame, et plus encore une demoiselle, peuvent bien la laisser apercevoir, mais jamais la montrer.
Voilà ma bonne Adèle, ce que j'avais à te dire sur ce chapitre important; et j'attends de ton bon sens, de ta volonté ferme et de ta tendresse pour moi, que tu me donneras pleine satisfaction. Je suis parfaitement content de toi, mon cher enfant; je m'occupe de toi jour et nuit, imaginant ce qui peut perfectionner ion caractère : c'est dans cet esprit que je t'adresse ce petit sermon paternel. Ainsi, garde-toi de prendre des instructions pour des reproches.
A propos, j'espère que ta mère t'a fait ma commission au sujet des bals. Je sais ce qu'un doit aux circonstances; mais jamais tu ne dois danser dans le palais du roi, je te le défends expressément, et il en faut dire la raison tout haut : Jamais je ne danserai dans le palais du roi à qui vion père doit tout. Puisque je te l'écris en toutes lettres, je n'ai pas peur qu'on lise à la poste. La délicatesse, la fidélité, l'honneur
sont respectés partout. D'ailleurs, si Ton vous chasse, vous savez le chemin de Venise.