A MONSIEUR LE VICOMTE DE BONALD
Turin, 10 juillet 1818.
Monsieur le vicomte,
Je l'ai lu avec délices votre excellent livre * ; mais, voyez le malheur! je suis peut-être le seul homme en Europe qui n'ait pas le droit de le louer. Est-il possible, monsieur, que la nature se soit amusée à tendre deux cordes aussi parfaitement d'accord que votre esprit et le mien! c'est l'unisson le plus rigoureux, c'est un phénomène unique. Si jamais on imprime certaines choses, vous retrouverez jusqu'aux expressions que vous avez employées, et certainement je n'y aurai rien changé!
Votre dernier livre, monsieur le vicomte, est une belle démonstration d'une thèse que j'ai souvent soutenue, que celui qui ne sait pas ccrire n'est pas métaphysicien. Vous avez réellement droit de parler du verbe, parce que vous savez verber. Je vous sais un gré infini d'avoir commencé une noble attaque contre les faux dieux de notre siècle. Il faudra bien qu'ils tombent; il faudra bien que nous revenions au spiritualisme, et que nous n'accordions pas tout à Yorgane spcrrteur drs pensi-es.
Le plus coupable de tous les conjurés modernes, c'est Condillac. Vous en avez fait justice, cependant avec quelque bonté. Pour moi, je vous l'avoue, je ne serais pas si patient. Je ne puis penser à cet homme sans colère.
Sur Bacon, je vois que nous sommes à peu près d'accord. J'ai fait un ouvrage assez considérable, intitulé Examen de la philosophie de Bacon. Je suis