‹ Joseph de MaistreChapitre 10 sur 27 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Le comle de Maistre n'est pas un prophète du passé: — il se rirait de ces esprits nains ou infirmes qui lui jettent encore ce trait, jadis ingénieux, aujourd'hui fort émoussé : imbelle sine ictu. — 11 n'est pas un visionnaire de l'avenir; — et la hideuse postérité, qui ose se rattacher à lui comme à un glorieux aïeul, pour mettre d'abominables idées sous le patronage de son génie, il récraserait de colère et de mépris. Et toutefois, il ne pourrait faire mieux contre Terreur que Ter-

reur elle-même; car elle se divise k son sujet et se contredit honteusement. Le préjugé des philosophastres ruine la folie des sectaires, qui à son tour le détruit. Ces deux opinions, également fausses et diversement absurdes, tombent par leur mutuelle opposition, et rendent à la vérité toute son évidence (1).

M. de Maistre est une intelligence étendue aux vastes espaces. La profondeur même de ses attaches au passé lui procure un dégagement plus hardi vers l'avenir.

Enraciné dans la tradition, il y puise l'imperturbable assurance qui laisse au regard toute sa lucidité, cette force de voh\ qui est presque au même degré celle de prévoir et de prédire.

Chrétien catholique, de raison autant que de foi, pour ainsi dire, désintéressé de tout et surtout de lui-même, la vraie grandeur de sa doc-

(1) M. de Lamartine lui-même se moque fort bien de ces exlravagants de Turin et de Paris qui veulent faire aujourd'hui de ce grand homme « Un agitateur de l'Italie, précurseur de M. de Cavour, et qui sait ? peut-ôtre un destructeur temporel des Papes! 0 pauvre imagination humaine! tu ne vas jamais si loin que la bouffonnerie des partis. >-

trine, c'est qu'elle n'est pas sa doctrine. 11 ne la donne pas pour une création de sa pensée; elle n'est et ne veut être qu'une démonstration, par l'histoire et l'expérience, delà vérité du christianisme. Quelques-uns appellent le grand écrivain un Platon chrétien, c'est-à-dire un philosophe. Il se demanderait peut-être par où il a pu encourir un tel honneur. Qui jamais songea moins que lui à mettre enseigne de philosophie? Il laisse ce nom et ce jeu à ces abstracteurs de raison pure qui bâtissent au gré des passions dans le vide transcendantal. Il ne s'est pas arrêté un quart d'heure à la futile gloire de marquer de son chiffre quelque nouvel édifice métaphysique, œuvre d'orgueil, où l'homme s'imagine tout créer, jusqu'à la vérité qu'il mêle à l'erreur son unique propriété.

Cette manière de philosopher à la lueur trompeuse de la raison séparée ou indépendante, a reparu dans le monde avec la Réforme. La résurrection d'une telle philosophie n'a été qu'une renaissance de l'Académie ou du Néo-platonisme, et Joseph de Maistre était trop sérieusement croyant pour reprendre jamais ce pallium des

sages et des sophistes, friperie de mensonge et de superbe.

Vraiment, il faut s'être fait un cœur bien avide de mécomptes pour tenter encore une solution purement rationnelle des grands problèmes (1). Les anciens eux mêmes, — et ils eussent été moins inexcusables que nous, — ne connaissaient pas cette hautaine recherche de la vérité, qui, par dédain, se place hors de toute doctrine primitive. La philosophie n'a dû faire figure dans l'antiquité qu'en tant qu'elle suppléait à certains égards la véritable tradition, altérée ou perdue. Les Juifs l'avaient conservée, ils n'ont pas eu de philosophie. Quel besoin en avaient-ils, les prophètes étant leurs savants et leurs sages? L'on peut se passer d'Aristote et de Platon, quand on a Moïse, David, Isaïe. Et nous possesseurs delà Lumière qu'annonçaient ces grands oracles, est-ce donc en vain qu'il nous a été donné de connaître le divin

(1) il est clair que ces paroles n'af laquent point la raison humaine, mais la philosophie indépendante, la philosophie séparée; ou pour mieux dire le philosophisme, l'abus de la raison.

objet de l'attente des premiers justes? Tant de siècles qui n'ont vécu que de sa loi, sa parole et sa vie, nous apprennent-ils à tenir aujourd'hui pour non avenu Dieu et son Verbe? Faut-il souffrir que, parmi nous, pendant vingt ou trente ans, des hommes professent publiquement un infatigable peut-être sur Dieu, sur rhomme et le monde, cherchent sans cesse, tournent sans cesse, et ferment sur eux le cercle de la vie, sans savoir bien certainement si Dieu est, si l'homme a une âme, si l'univers est ou n'est pas infini, s'il est ou s'il n'est pas de toute éternité, si le mal existe ou non, et s'il est une limite de l'être ou une antinomie purement logique, etc? Les voilà, science et jours épuisés, ces chercheurs, exactement au même point où ils étaient, quand, sur les bancs de l'école, un maître insensé leur apprit qu'il s'en va de la dignité de la raison humaine de douter rationnellement, au lieu de savoir religieusement.

Quelques-uns, il est vrai, sceptiques décents, enrayent la logique pour retenir quelque certitude.

« Existence de Dieu, dit l'un d'eux (1), immortalité de Tâme, loi du devoir, toute la destinée de riîomme, toute la religion naturelle tient en deux mots; » et il ne voit pas que, malgré Tévidence de ces « deux mots, » un cycle fatal de trois mille ans d'erreurs et d'idolâtrie n'a pu être fermé que par le Christ, et qu'aujourd'hui même, sous le ciel que sa parole a purifié, les philosophes indépendants ramènent toutes les ténèbres païennes. Qu'entendent-ils pour la plupart par « l'existence de Dieu, » sinon Tunité de la substance? par « l'immortalité de l'âme, » sinon la perpétuité terrestre de l'humanité? par « le devoir, » sinon le bon plaisir de chacun, atome de cet univers ou de ce Dieu qui se révèle à lui-même par toutes les fantaisies de l'atome humain et de l'hommehumanité?

Et ces sages éclectiques, qui se font un devoir de mettre une certaine modération dans l'excès même, ne prennent pas garde que leurs opinions sur la liberté divine, sur la création, sur le mal et le

(1) L auteur du Dn^oir cl de la lieligion natureUe.

jugement, leur négation obstinée de tout l'ordre de la charité, du sacrifice et de la prière, renferment virtuellement les dernières erreurs qu'ils repoussent encore : le panthéisme, l'athéisme, terme logique, terme pénal de toute prévarication intellectuelle.

Car voici toute la question, et de quelle étrange manière elle se pose :

Est-ce Dieu qui a fait Thomme?

Est-ce rhomme qui a fait Dieu?

Dieu est-il ou n'est-il pas ?

L'erreur conséquente ne recule pas devant l'extrême impie, qui est l'extrême absurde: — Dieu n'est que par l'homme.

C'est par l'homme que Dieu se connaît, c'est par l'homme qu'il prend possession de soi. L'infini n'est que l'éternel devenir.

L'erreur bâtarde, qui n'accepte rien de complet ni dans le vrai ni dans l'absurde, s'établit entre l'un et l'autre et dit : Dieu est créateur; mais la création pourrait bien être éternelle.

Dieu a fait l'homme; mais l'homme fait la découverte de Dieu et ne trouve qu'en soi-même sa lumière et sa règle.

Dieu est rinfini en sagesse et en puissance; mais rhomme, en vertu de sa liberté, ne relève que de sa sagesse et de sa volonté propre.

Pauvre raison dévoyée, pauvre chandelle tremblante au moindre vent, et qui prétend suppléer le soleil !

Ils nomment Dieu, ils nomment sa providence, et dans le faux jour de leur cœur, ils murmurent : Dieu est, mais il ne règne pas. — Peutêtre, à la rigueur, ils abandonnent les choses à son empire, ou plutôt ils lui accordent la chiquenaude pour les mettre en branle, à la condition qu'il n'y touche plus; mais, en vertu des droits de l'homme, c'est surtout Tâme de Thomme qu'ils lui ferment. La liberté humaine ne souffre aucun commerce avec la puissance et Tamour infini!...

Entre le troupeau du genre humain et cette élite de philosophes, qu'y a-t-il donc de commun ? L'homme, sans doute, passe pour être l'objet de la science philosophique; mais, de fait, il n'en est que le prétexte.

Il se tromi)erait fort, s'il croyait qu'en s'amusant à le représenter, la philosophie le prend se-

rieusement pour modèle. Loin de là, il y a autant d'hommes qu'il y a de fantaisies dans la tête des savants. On a Yhomme de Descartes, Vhomme de Spinoza, Vhomme de Leibnitz, et chacun de ces hommes, fruit sec et creux d'un rêveur géomètre (1), n'a plus rien de commun avec l'œuvre vivante du Créateur. Que voulez-vous? Le Créateur lui-même en passe bien par là ; car l'on a aussi le Dieu de Descartes, celui de Leibnitz, et cette infinité monstrueuse que Spinoza ose appeler Dieu ! Ces longues séries de propositions et de raisonnements équivoques, ces constructions géométriques de Dieu, de l'homme et du monde, ne sont que des manières également fausses de considérer la vérité en dehors de l'esprit de vie et du sentiment de la vie. Grands systèmes! Grands avortementsî Et toutefois l'esprit humain, depuis

(1) Je le demande, l'homme vivant se peut-il reconnaître dans ces étranges conceptions qui lui accordent la liberté morale, et lui refusent la faculté de mouvoir ses propres organes au mépris du sentiment intérieur que Phomme a de lui-même et de son action? L'homme des causes occasionnelles, de riiarmonie préétablie, est un rêve de mécanisme. Ce n'est plus l'homme.

trois siècles, met une pitoyable constance à se démener, à se briser sans relâche contre ses désespérantes limites. Sa déraison éclate dans ses plus mémorables efforts ; il s'admire dans des prodiges d'impuissance et il salue comme des actes d'affranchissement les transports de son délire. Voyez les plus grands d'entre ces docteurs; ceux qui n'ont pas fait levée de boucliers contre Dieu. Tout Descartes, je dis Descartes théologien et métaphysicien, n'est à peu près qu'incertitude et faussetés. Du naufrage de ses théories, une phrase surnage, dont on fait une méthode, c'est-àdire un mot de ralliement pour les esprits rebelles et malades (1). Leibnitz croit tenir le nœud de l'univers dans son système des monades et de l'harmonie préétablie. Sa tête fabrique un monde qui n'entre dans aucune autre tête ; l'entente de sa pensée n'est qu'avec elle-même. Puissant génie, puissance trompeuse (2)î — Et mainte-

(1) Autrement si Ton s'en lient à la tiéclaralion de Tauleur, celte méthode n'est que le moyen de conduire l'esprit dans l'étude des sciences.

(2) Et l'optimisme qui implique la nécessité de ce monde;

nant l'oreille nous tinte des orgies métaphysiques de Fichte, de Schelling, de Hegel. C'est une trombe d'orgueil qui a passé sur Fâme humaine et Ta dévastée! Le genre humain, il est vrai, semble cheminer dans son ornière, tandis que la philosophie s'agite et court aux abimes. Mais le malheur est que cette folle, aux obscurs discours, ne manque pas d'interprètes. Çà et là se rencontre quelque intelligence maligne et pervertie, qui, par la littérature, la poésie ou la scène, fait descendre dans la pratique de la vie et des passions, ces conceptions ténébreuses où la licence trouve partout des principes à son usage. Tel livre qui n'a pas vingt lecteurs en Europe est de la sorte au fond de tous les éléments subversifs de l'Europe.

La philosophie, selon la remarque de M. de Bo-

— et l'éternité de la matière, sur quoi Leibnitz n'est pas net! Et son influence malfaisante dans la question de la réunion des prolestants d'Allemagne! El sa mauvaise foi dans la controverse qu'il engage avec Bossuet! Voilà ce qui devrait diminuer la bienveillance qu'un grand nombre de catholiques témoignent au nom de Leibnitz, qui pour eux en réalité n'est trop souvent qu'un nom.

nald, signifiait chez les anciens Vamour de la sagesse; elle ne signifie plus chez les modernes que la recherche de la vérité. — Eh bien ! la philosophie est encore descendue plus bas ; elle n'est aujourd'hui que la réhabilitation systématique des erreurs et Tapologie cynique des passions. C'était déjà un grand mal, sous la loi chrétienne, de rechercher la vérité à la manière des païens qui ignorent Jésus-Christ {{). Ce mal était le principe même du pire. Tout essai de ce genre tenté dans Toubli des enseignements révélés, n'est que divertissement. Sans Dieu, l'homme ne connaît pas Dieu; sans Dieu, l'homme ne se connaît pas luimême. (( Prenez garde, dit l'Apôtre, qu'il ne s'élève en quelqu'un de vous un sentiment mauvais d'incrédulité qui le pousse à se retirer du Dieu vivant (2). » Le Christ fait homme, nous

(1) C'est ici le lieu de citer ce Irai l admirable de Tertiillien : « Cui enim verilas comperla sineDeo? Cui Deuscognitus sine Chrislo? Cui Christus exploralus sine Spirilu Sanclo? Cui SpirilusSanclus accommodatus sine fidei sacramcnto? » {De anima.)

(2) « Yidete fralres, ne forle sil iu aliquo veslrum cor malum incrcdulilalis discedendi a Dco vivo. ^'{Ilebr.j m, 12.)

délivre de la nécessité de philosopher pour savoir quelque chose de Dieu et de l'homme. Il nous offre en lui la vérité vivante, afin qu'on ne cherche plus ailleurs qu'en lui et qu'on ne cherche plus que par lui. Le Christ a revêtu l'homme, pour que l'homme se retire et de sa raison propre et de son propre amour et de sa volonté propre: mais «l'homme animal ^i) » se serre d'un orgueil plus étroit dans les haillons de sa misère et de son esclavage. Il préfère les mensonges qu'il crée aux lumières que le Christ lui donne. Et le dernier terme de cette fière indépendance, le dernier mot ou le dernier vœu de la raison affranchie, le voici : la science, la morale, la loi, l'État, sans Dieu. — C'est le néo-paganisme, l'avènement de la Révolution et de l'esprit révolutionnaire; c'est l'heure douloureusement longue des catastrophes et des ténèbres.

Du nouvel essor philosophiqne qui date du llh^e examen, et des témérités cartésiennes de son temps, Bossuet voyait déjà naître plus d'une

(i) Animalis homo.

hérésie, et « un grand combat se préparer contre rÉglise(l). » Leibnilz lui-même ce craignait un retour de barbarie par bien des raisons (2). » Entre toutes ces raisons, osait-il s'avouer la véritable : l'unité clirétienne dissoute par le mépris de l'autorité? Et Bossuet laissait-il en dehors des causes de ee grand désordre qu'il prévoyait, les tristes actes de l'assemblée de 1682 ? Ces deux hommes dont le clairvoyant génie lisait si bien dans l'avenir, n'avaient pourtant ni l'un ni l'autre refusé leur concours aux préjugés et aux passions qui le préparaient. Le philosophe sacrifie la vérité qu'il voit, à l'intérêt politique d'une maison souveraine, et sa maligne habileté fait échouer l'œuvre de la réunion des protestants d'Allemagne au catholicisme. L'évéque de Meaux use ses jours à la malheureuse défense d'un troupeau de prélats révoltés contre le souverain pasteur des âmes;

(1) Lettre à un disciple de Malebranche, 21 mai 1687.

(2) « Quoique je craigne un retour de barbarie pour bien des raisons, je ne laisse pas d'espérer le contraire. » Car pour qu'il eût lieu, « il faudrait, ajoule-t-il, que notre RELIGION s'ÉCLiPSAT EN EuROPE. » (Lcibnilz , in-4, 18-40, p. 166.)

complice de celle lâche émeute, il se fait l'avocat d'une Église arrivée au bord du schisme, et justifiant, hélas ! les prophétiques paroles d'un célèbre religieux, qui déjà, plus d'un siècle auparavant, disait, au concile de Trente, qu'à voir le clergé français s'obsliner à de fausses maximes, « il était à craindre que le ciel ne voulût le punir par des malheurs terribles de l'espèce de dissension qu'il fomentait depuis le concile de Bàle (1). »

Le temps vint de « ces malheurs terribles; » ou plutôt ce lemps est venu, et il est loin d'être accompli. D'épouvantables expiations; un déluge de sang, les supplices même des justes n'ont pas encore apaisé la justice; car les âmes sont sans amendement, et les esprits, sans intelligence. Les jours de sérénité que compte notre âge ne sont que de rares éclaircies sous l'élernelle menace de l'horizon. 11 tonne près de nous, et au-dessus de nos têtes, le ciel est aussi sombre que jamais. Nous

(1) Lainez , cilé par M. Segrétain dans la préface du remarquable livre intitulé : Sixte-Quint et Henri IV, livre qui montre ce que l'auteur aurait pu faire, si une mort prématurée ne l'eût enlevé à la défense de la religion et des vrais principes.

vivons dans la longue tourmente qui depuis 1789, où tout réphémère du passé a péri, ne cesse de battre avec furie ce qui doit en survivre sous peine de mort sociale. Tant de révolutions, loin d'avoir épuisé la Révolution, ravivent au contraire sa sinistre fécondité. Elle a toute la force de Tesprit qui l'inspire, et ne saurait être maîtrisée que par les seuls liens qui peuvent enchaîner cet esprit. Mais ces liens sont aujourd'hui détachés ou rompus; l'esprit du mal est libre, et lui aussi « souffle où il veut. »

Enveloppé dans les premières catastrophes de cette ère fatale, et atteint par l'explosion, le comle de Maistre sut garder la puissante liberté de sa pensée, pour considérer ces nouveaux spectacles. Il vit en action, et au bout de leurs conséquences, ces grandes utopies qui, faisant question de tout, remettent tout en question. Il vit les erreurs, les folles rêveries, les opinions néfastes, ivres de fureur et d'impiété, se briser entre elles comme les hommes, et les babels philosophiques s'abîmer dans le tourbillon où se perdaient les institutions et les constitutions. Devant tant de ruines, ruines

de choses, ruines d'idées, il n'eut pas le vertige mystique de ce théosophe orgueilleux (1), qui se faisait une logique avec des chimères, et un manteau de voyant avec des lambeaux d'hérésie. La fermeté de son regard ne fléchit pas. Esprit hardi, mais pratique et sûr, ces œuvres de la division, sorties comme la foudre des flancs du nuage montant «du puits de l'abîme (2),» lui furent une vaste expérience par où il dut être à jamais confirmé dans la lumière et l'unité. Il mesura l'immensité du mal, « l'immense base de la révolution, qui n'a d'autres bornes que le monde; » car elle n'est que la haine et la négation de celui qui porte le monde. A la force de ses coups, et à leur malice singulière, il reconnut l'ennemi, l'éternel ennemi de l'homme; et il le nomma. Vainement, d'hypocrites sectaires se récrient, et des catholiques même, — monomanes d'indulgence rendant sans cesse grâces

(1) Saint-Martin, le philosophe incoyinu, a écrit une lettre à un ami sur la Révolution française^

(2) « Quand Dieu laisse sortir du puits de l'abîme la fumée qui obscurcit le soleil, selon l'expression de TApocalypse, c'est-à-dire l'erreur et l'hérésie. » (Bossuet, Or. fan. de la reine d'Angleterre.)

au Mal du bien que Dieu sait en tirer, — réclament aussi contre Tanathème imprimé au front de la Révolution. Étrange aveuglement! Rome elle-même Ta déclaré y\), la Révolution est satanique, et c'est là son vrai nom. Elle en veut au Christ Dieu, au Christ roi; prête à frapper ses derniers coups, elle ne dissipe ni ses efforts ni sa haine. Le temps même lui est un instrument qu'elle ménage. Elle se hâte, et elle sait attendre. Le concert surhumain et la persévérance de ses attaques sur le centre vivant de l'Église, dénoncent visiblement le bras qui la pousse.

M. de Maistre vit avec génie que le point le plus assailli était celui qui gardait le secret de la défense, et aussi le secret de la victoire. Les Considérations sur la France l'amènent donc au Pape. D'un même regard il atteint celui qui soulève l'ouragan de l'impiété, et il montre aussitôt, sous les traits de Pierre, celui qui seul peut commander à cette turbulence et l'apaiser. L'idée de son œuvre, le but qu'il poursuit et qu'il assigne

(1) s. s. Pie IX, EncycUque, 8 décembre 1849.

à la science comme à la politique, c'est la restauration de toutes choses dans TUnité par la souveraine et infaillible Autorité: omnia instaiorare in Christo. Parole de lumière et de salut que les esprits obscurcis et aliénés ont reçue comme une parole de scandale. L'ordre, la paix, la vie, tout cela leur a paru suspect de théocratie. Égarés de Tunité, ils n'ont plus le sens de la vérité ; égarés de l'autorité, ils n'ont plus le sens de la liberté, devenus incapables de l'une et de l'autre.

Et le divorce s'est perpétué entre ces deux choses étroitement unies de Dieu, et dont la bonne intelligence constitue l'harmonie de ce monde.

La souveraineté, comme la société, est d'institution divine. Les hommes n'ont pas plus décrété le pouvoir qu'ils n'ont décrété la société. Nécessaire au maintien de l'ordre social, le pouvoir a sa raison d'être dans cette nécessité.

L'homme juste et droit n'aurait pas eu besoin

d'être gouverné, ou plutôt il eût vécu sous le plus doux et le plus libre des gouvernements ; la présence de Dieu.

Que si Ton admet qu'en vertu de l'institution primitive (1), les hommes également libres du péché et de la misère, mais inégalement doués de lumières et de vertus, eussent formé entre eux une société de frères, où « les premiers » n'auraient été à l'égard des « derniers » que d'aimables initiateurs au progrès spirituel, cette hypothèse montrerait l'embrassement naturel de l'autorité et

(1) « Secundum ordinem conditionis naturae omnes in Adam a Deo condili sunt aequaliter liberi ab omni malo, ab omni servilulis incommodo. Mansissent quoque sub illo statu omnes homines, pares secundum paritalem libertatis a culpa et miseria, sed non pares secundum paritalem in lalcntis naturae, in periectione jusliliae, scientiae et prudenliae. Siquidem alii magis, alii minus exstitissent sapientes et prudentes, fuisset quoque dominium quoddam unius super alios, non pro suo ipsius commodo dominantis in illos lanquam in servos, neque ut providenlis vel consulentis illorum miseriis et imbecillitati, sed ut conducentis et dirigentis illos ad ampliorem sapienliam, disciplinam, et providenliam, atqueutentis volunlariis obsequiis illorum obedicnlium, non solum absque omnis laboris molcstia si^d cum gaudio cordisque Isetitia, qucmadmodum et jusli praesides nunc impcrant non cupiditale dominandi sed

de la dépendance, au sein d'une charité commune et dans Fintégriié de la liberté morale. Mais le péclié survenu, Dieu se retirant, Adam livré aux suites de son crime, le schisme intérieur à chaque homme est bientôt devenu schisme dans la famille et dans la société. La déchéance de la liberté morale suscite tout à la fois Fesprit de tyrannie et Tesprit de révolte.

L'un et l'autre conspirent également contre la liberté civile. La tyrannie pousse à la révolte, mais la révolte ramène la tyrannie. C'est dans

officio consulendi et hoc naturalis ordo praescribit. Sic

quoque Deus homirium genus condidit, ut essent alii in

scientiis et virtulibus superiores aliis; sed a coacta seu

vili subjectione omnes fuissent aequaliter liberi , in qua

libertate mansissent, si mandatum Dei non prsetermi-

sissent. Si nulium fuisset peccalum, nullum fuissel bel-

lum, nulla vis, nulla involuntaria su])jectio, neque uUa

nécessitas, propler quam aller allerius ministeriis indi-

guisset, neque fuisset opus uUius servitulis, aul melus

aut pœnae remediis, quae tamen nunc sunt necessaria

ad praestandum timorern utilem peccantibus. Et hinc jam

sumitur ratio propler quam expedit esse leges servorum

pœnarum et superiorum potestalum quibus coerceatur

superborum et insolenlium hominum audacia. » (Joa.

Dricdoiiis a Turnhout, De Christiana libertate, lib. I.

Lovan., 1640, in-4o.)

Vorgie même de leur indépendance que les peuples se sentent ressaisis d'une plus forte étreinte par le pouvoir auquel ils rêvent d'échapper. Ce pouvoir sort, tel qu'il doit être, de la situation que les peuples se créent : la société porte toujours dans ses flancs celui qu'elle mérite.

Le forum antique retentissait de paroles de liberté, et la cité était peuplée d'esclaves. La loi consacrait la domination de l'homme sur l'homme, les philosophes la justifiaient par l'hypothèse de l'inégalité originelle; rien n'était plus inconnu aux anciens que le dogme de la fraternité humaine. Mais ces hommes qui mettaient l'étranger, l'ennemi, l'esclave, hors de l'humanité, tombaient à leur tour sous le joug des factions et des dictatures. Car, manifestement, là où le moi s'affranchit, il se donne à autant de maîtres qu'il a de passions. Libre de tout frein, mais aussi déchu de l'empire sur soi-même, il faut ou qu'il se brise par ses propres excès, ou qu'il soit ramené par la force à l'ordre indéclinable.

Tous les gouvernements de l'antiquité furent despotiques ou anarchiques. La violence, sous

celte double forme, alla toujours croissant dans le monde, jusques au jour où le peuple conquérant, épuisé de vices et de guerres civiles, tomba, et le monde avec lui, aux pieds d'un homme dont le nom est devenu le nom même de la tyrannie : empereur, pontife suprême, maître absolu de la vie humaine, et qui prétend aussi s'emparer de Tâme ; — vrai vicaire de Satan sur la terre î — Elle méritait bien un pareil maître, cette âme tellement avilie, qu'elle ne put alors reconnaître Celui qui venait la sauver. Car, au temps où le dominateur de Rome et du monde romain — orgueil et débauche ! ~ se couronne de laurier d'or, un autre roi, le prince de la paix et du siècle futur, ceint son front de la couronne d'épines. 0 admirable antithèse, c'est dans la souffrance et l'opprobre, sous les verges, sous l'insolent interrogatoire d'un juge brutal et lâche, que cette nouvelle royauté se déclare ! Tu es rex Jadaeorum ? — Tu dicis (1). Et le même récit qui nous expose les humiliations inouïes de cet étrange avéne-

(1) Mallh., XXVII, 2; Marc, xv, 2; Luc, xxiii, o, Joan., XVIII, 33.

ment, TÊvangile, nous raconte aussi Tabjeclion de Tâme juive, qui est Téternelle abjection de l'âme humaine, préférant le sceptre de César à la houlette du bon pasteur. Entendons ce cri d'une sauvage servilité : — Non habemus regcrn, nisi Cœsarcm ! — César, verge des peuples coupables, verge qu'ils maudissent, qu'ils voudraient briser, et qu'ils préfèrent cependant à la loi de la conscience.

Mais le Christ est précisément venu pour rendre à cette loi son empire ; il est venu pour arracher la conscience humaine aux mains de César et pour restituer César à lui-même. Tous, en effet, princes et sujets, oppresseurs et opprimés, ont un égal besoin de délivrance. Le véritable oppresseur, le véritable ennemi du self-government est le moi. César comme tout autre, et plus que tout autre, puisqu'il est le maître de tous, en porte la chaîne : car il n'opprime que dans la mesure où il est opprimé par ce tyran intérieur, l'esprit de volupté, d'avarice et d'orgueil, dont la domination lui plaît. Qui affranchira le monde de ce tout-puissant pour qui l'obstacle a disparu, dès là que sa rai-

son est éteinte et que son intelligence ne vit que de la vie des passions ? — La violence, les coups de main ? Non. La violence ne le tue pas : elle le fait au contraire revivre plus fort et plus terrible. Qui donc affranchira les hommes de cet homme? cet homme, de son effrayant pouvoir? ce pouvoir, de tous les caprices d'une âme esclave? Qui? Celuilà seul qui a fait l'homme, les nations et le pouvoir.

Il fera entrer la parole de vie dans la volonté malade. Relevé de sa longue captivité et comme exhumé du plus profond de Thomme, le libre arbitre va renaître : il sera la force sur soi-même, qui, dans les sujets, incline la volonté à l'obéissance, et dans le souverain, modère Texercice de l'autorité. Des millions de martyrs, en payant de leur sang la liberté de Tâme recouvrée, attestent l'invincible patience du peuple chrétien. Et, trois siècles écoulés, lorsque dans la personne de Constantin, César se convertit, son premier acte est de mettre des bornes à son pouvoir jusque-là sans bornes. Or, pour peu que l'on réfléchisse à l'orgueil de César et à Torgueil de l'homme.

c'est là aussi un témoignage et un éclatant miracle.

Réconcilié à Dieu dans le Christ, prémuni par la juste connaissance de soi contre l'esprit de domination, par la ferme possession de soi, contre l'entraînement à la révolte, l'homme et tout l'homme est pacifié ; l'autorité et la liberté se réconcilient dans la conscience humaine. Désormais le pouvoir peut s'élever jusqu'au caractère de la paternité, la libre obéissance reproduire quelques traits de la piété filiale. La monarchie, chef-d'œuvre de la religion, nous a parfois offert cette merveille d'union entre les sujets soumis au prince et le prince soumis à Dieu (1) : idéal de la perfection sociale, absolument inconnu aux sociétés antiques, dont les nations chré-

(1) Le très-éloquenl et Irès-regretté comte de Montalembert a dit : « Cet idéal si cher à beaucoup d'esprits, d'un homme devant qui tous les hommes se prosternent et qui, maître de tous ces esclaves se prosterne à son tour devant Dieu, on le vil alors réalisé » (à l'époque de Constantin), [les Moines d'Occident, t. I, p. 5.) C'est pourtant l'ordre môme voulu de Dieu, selon la parole de l'Apôtre, que iM. de Montalembert semble ridiculiser ici. Car enfin, c'esU'ordre, que tous obéissent au prince légilimc cl que le prince obéisse à Dieu. Est-ce

tiennes se sont trop rarement approchées, et qui n'a son expression accomplie que dans Tordre spirituel, dans la constitution même de l'Église. Car c'est là en particulier que Tabnégation jusqu'au sacrifice est la première loi du pouvoir. Le titre éminemment distinctif du souverain par excellence, après le titre de père, n'est-il pas celui de serviteur, et de serviteur des serviteurs? L'Église est à la fois le modèle d'une société parfaite proposée aux nations qui, à mesure qu'elles s'en éloignent, s'éloignent aussi de la paix. Elle est, dans son Chef, l'infaillible arbitre des différends que l'hérésie ou l'ambition provoque sans cesse sur le principe de la souveraineté, son origine, sa nature et ses limites, sur le rapport des deux puissances, etc., questions promptes

là ce qui constitue un état d'esclavage? Le prince ne saurait se prosterner en vérité devant Dieu, s'il ne lui offre en même temps l'hommage d'un cœur dévoué à ses sujets, qui sont ses enfants, ses frères, auxquels il est débiteur de son temps, de ses veilles, de sa vie. Jamais cet ordre, trop purement idéal sans doute, ne sera la raison de la tyrannie et de la servilité. Je ne sais à quelles vocations de servitude M. de Montaiembert faisait allusion. Où rencontrait-il ces catholiques qui rêvent Bvzance?

à dégénérer en tourmentes politiques. Que si tout autre pouvoir que le seul institué d'ordre divin prétend résoudre ces problèmes compliqués et délicats, ce pouvoir quel qu'il soit tranche toujours dans le sens des passions contre la véritable liberté de Tâme, la liberté religieuse, au grand détriment de toutes les franchises publiques dont elle est le principe et la vie. On n'entreprend jamais sur l'autorité spirituelle sans violer la première condition de l'ordre social.

Le protestantisme, ou la théologie envahie par la souveraineté du peuple, a pour premier effet de mettre l'âme des sujets dans la main du prince, et ne l'en dégage que pour la livrer au démon de l'anarchie. Lorsque l'assemblée de 1682, dans sa factieuse servilité, exalte le roi, brave le Saint- Père, et déclare les étranges libertés de F Église gallicane, ces audaces si lâches contre le droit de Dieu ne font qu'ouvrir la voie aux légistes, aux sophistes, aux athées, qui, après un siècle de blasphèmes, déclarent les droits de Vhomme, divinisent la raison, et sur les débris de la croix dressant les supplices, façonnent au dur despo-

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lisme les cœurs abrutis de peur et de démagogie î Tout cela est clair aujourd'hui et devenu même un des lieux communs de la vérilé ; mais à l'heure où M. de Maislre prit la parole, à cette heure de ténèbres et de sang, il n'appartenait qu'à un génie supérieur, illuminé d'une vive foi, d'affirmer les principes à la face d'un siècle en délire, et de garder dans une telle confusion, la vue calme de l'unité. Frappé, mais non troublé par la révolution, recueillant ses pensées au bruit des écroulements et debout sur les décombres, il en appela de la scandaleuse sentence des événements à la vitalité invincible de l'institution catholique. Il n'eut pas un seul instant la faiblesse de prendre les succès violents de l'erreur pour des avènements de vérité, ni de croire que toute grandeur insultée ou trahie fût par cela seul destinée à périr. Il sut distinguer celles qui ont en elles-mêmes des causes de durée, supérieures à la furie des circonstances.

Dans la papauté dépouillée, humiliée, captive, M. de Maistre ne cessa de reconnaiire le principe divin qui la porte, et de glorifier en elle la suzeraine vénérable de toute autorité, l'éternelle pro-

lectrice de toute liberté légitime. Au temps de ses suprêmes abaissements, le Christ a dit : JE SUIS ROI, et : je suis la vérité ; car il faut que la vérité règne, et puisqu'elle a paru sous une forme visible, il faut qu'elle règne d'une royauté visible. La vérité règne dans la souffrance, le roi souffre pour la vérité. Or ce miracle de sortir des catacombes pour régner, et de régner en passant de nouveau par l'opprobre, les fers et le martyre, ce miracle perpétué n'est que rhisloire des souverains pontifes, depuis le premier apôtre jusqu'aux derniers papes du glorieux nom de Pie. La force retrouvée au plus jirofond de la faiblesse, qui est toute la vie du chrétien intérieur, est aussi dans le temps, toute la vie de l'Église et de la papauté : Cum infirmor, tune fiotejis siim (1).

Etrange royauté du pécheur, confessée toutefois au début de ce siècle et par le pouvoir et par le génie! — A Pierre, bafoué et délaissé, le redoutable héritier de la révolution se sent forcé de recou-

(1) // Cur., XII, 10, Voira r:»ppendicc un fragment de M»"" Gerbcl sur Iripapaulé.

rir afin de relever la société presque déracinée. A celui qu'il contredira plus tard et persécutera misérablement, il demande un acte inouï d'autorité; un acte tel qu'on eût dit que la Providence avait attendu les jours étroits pour dilater la puissance de Pierre et lui en révéler à lui-même toute rétendue. Où étaient alors les libertés gallicanes et les maximes d'État ? — Mais l'orgueil césarien est promptement oublieux des nécessités qui l'humilient (1). A peine sorti de presse, il reprend sa haine avec ses préjugés. Les ignobles despotes de la France avaient laissé tomber aux pieds du nouveau César, entre autres libertés volées par eux, la liberté de la conscience humaine. Et lui aussi voulut s'en emparer. Les nuages gallicans revin-

(1) L'humiliation pour le Césarisme consistait dans le fait de reconnaître et d'invoquer la souveraineté ponliticale afin d'en obtenir la déposition de l'ancien Épiscopat. Car ce fut le Césarisme révolutionnaire, qui, malgré tous les efforts faits pour l'en détourner, exalta l'autorité du Saint-Siège jusqu'à lui demander, au nom de la nécessité, la démission des Évéques légitimes, en faveur des hommes de la Révolution, réconciliés depuis pour la plupart et revenus de leurs erreurs. (Voir les Mémoires du cardinal Consalvi, publiés par Crélineau-Joly, 1864, t. I, p. 342.)

rent, dans le monde, autour delà foi due au Sainl- Siége. L'expérience inutile devait laisser au comte de Maistre la gloire de démontrer à jamais que le pape est tout le christianisme, comme le christianisme est toute la civilisation, c'est-à-dire la voie légitime qui conduit l'homme à sa fin.

La négation de la papauté est un démenti à la parole éternelle, et l)ientôt la négation même de celui qui i\a prononcée. Là où la parole créatrice de la souveraineté spirituelle est méconnue, là le (-hrist décline, il pâlit, il s'éteint. Mais cette mort du Christ n'est que celle des âmes qui meurent à lui. Il meurt dans les églises prolestantes, c'est-à-dire qu'elles tombent en dissolution. Il meurt dans les églises photiennes, et toute leur vie s'en va au czar-pontife, qui ne la reçoit que pour l'étouffer. Le monde du schisme, où Jésus diminue, le monde de l'hérésie, d'où il se retire, touchent l'un et l'autre à celui d'où Jésus a dlsi)aru, le monde de l'athéisme révolutionnaire, et l'heure vient où les trois ne feront qu'un. Le mal est aujourd'hui en travail d'unité. Il recrute dans tous les domaines de l'erreur ; il s'assimile

toutes les négations ; il s'arme de toutes les destructions. Ce droit renversé, qui se dit le droit nouveau, cette cynique audace, qui se dit la morale nouvelle ; cet abject nihilisme qu'on appelle science positive; voilà par quels éléments et sur quelles bases le moderne esprit prétend reconstituer l'Europe. L'œuvre ténébreuse s'accomplit ; plus d'un prince, plus d'un homme d'État s'y dévoue. Contre les forces conjurées du philosophisme, de la science impie et de la politique païenne, rien aujourd'hui n'est vraiment debout que le Capitole chrétien ; toute la puissance de l'unité catholique n'est plus que dans la prière du prêtre de Rome : mais c'est la prière de celui pour qui le Christ a prié.

Fénelon, par son recours au Saint-Siège, eut la gloire de rappeler aux évêques, dont le cœur habitait la cour, qu'il y avait à Rome et non à Versailles, un souverain spirituel. Il leur montra son juge, et leur juge trop oublié, le Pape. Cette gloire de Fénelon au xvii* siècle est, de nos jours, celle de M. de Maistre. Et lui aussi, par l'influence de son génie, par son chef-d'œuvre, ce puissant

argument de nos préjugés et de nos erreurs tiré de nos ruines, le premier, il a rallié les brebis autour du grand pastenr. Sur cette question de la souveraineté dans l'Église, que la parole si claire de Notre-Seigneur aurait dû élever audessus de tout débat, désormais la discussion est close ; le temps l'a fermée, plus d'équivoque ni de subtilités possibles. L'Église a fait justice de ces funestes malentendus et par la voix de sa doctrine et par la voix de ses souffrances (i). Un nuage épais peut voiler aux yeux de l'esprit l'avenir même le plus prochain, mais du moins, pour la conscience, tout est clair : la vérité, le devoir, le péril. Et quiconque aujourd'hui, parmi les calholi(iues, conteste encore l'autorité de Pierre, quiconque fait k cette autorité la mesure pauvre et avare, quiconque lui marchande la foi et l'obéissance, a sans retour perdu la vue ou misérablement ouvert son âme à l'appât des trente deniers.

(1) Et depuis 1870, par sa souveraine aulorilé.

M. de Maistre avait dans les mauvais jours prédit une ère de réparation, un retour à la foi et à Tordre légitime. Il écrivait en 1796 ces paroles mémorables :

« Si l'on veut savoir le résultat probable de la révolution française, il suffit d'examiner en quoi toutes les factions se sont réunies : toutes ont voulu lavilissement, la destruction même du Christianisme universel et de la monarchie ; d'où il suit que tous leurs efforts n'aboutiront qu'à l'exaltation du Christianisme et de la monarchie (1). »

Ce donc si hardi fut pourtant littéralement prophétique, car il n'était que l'expression rigou-

(1) Considérations sur la France, p. 161, in-8°. Il écrivait encore de Saint-Pétersbourg, le 30 août 1805, à madame la baronne de P... : « Souvenez-vous de ma prophétie chérie. Celle immense et terrible révolution fut commencée avec une fureur qui n'a pas d'exemple contre le catholicisme et pour la démocratie. Le résultat sera pour le catholicisme et contre ta démocratie. » {Lettres et opusc, t. I, p. 59, in-S», 1850.)

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reuse d'une vérité absolue : je veux dire rincompréhensible puissance par laquelle Dieu conduit à ses fins les volontés qui s'en éloignent le plus. Il est des hommes qui durent, comme disait le vieux Balzac, pour travailler aux desseins de la Providence. Accomplissant ces desseins par la poursuite même de leurs propres pensées, ils trouvent, à l'inattendu des résultats, la suprême dérision de leurs efforts et de leur succès. Les autels redressés, et plus tard la restauration de la monarchie vérifièrent l'oracle du comte de Maistre, et montrèrent l'un des jeux habituels de cette force cachée qui se rit des révolutions comme de Thomme rebelle. Tandis qu'elles vont oîi elles veulent, le FATUM Divi>' les amène où elles ne veulent pas. Il est rare que la plus sagace prévision des choses à venir s'étende au-delà du fait même de leur accomplissement. Il est rare que les événements prévus se développent dans toute la plénitude de nos craintes ou de nos désirs. La rigueur des principes d'où ils découlent, est, tour à tour pour le bien et pour le mal, énervée ou tempérée par les déterminations variables de la liberté humaine.

Si parfois les mauvaises maximes se trouvent à certain degré atténuées dans leurs effets, trop souvent aussi le bon parti manque à sa fortune, et, ingrat aux principes qui Font servi, s'abaisse jusqu'à la vulgaire politique des expédients, se préparant ainsi une courte durée. Les espérances fondées sur le triomphe des meilleures causes doivent donc laisser une large part à nilusion. Ce qui promettait beaucoup tiendra peu ; une sagesse malavisée se piquera d'impartialité envers le faux et le mal ; la justice n'aura que des satisfactions imparfaites, le bien que des victoires indécises. Et cela devra peu nous surprendre, dans ce monde où rien ne s'achève, et à une époque où on ne sait plus même la soumission logique que l'on doit à une vérité. Le rétablissement de la monarchie n'a été une Restauration que de nom, et ne fut guère, par rapport à l'Église, qu'une résurrection des anciens préjugés. Protégée par la bienveillance personnelle du souverain dont le gouvernement lui refusait la liberté, l'Église ne put que vivre, — de cette vie indigente et difficile que la révolution lui avait

faite. Une constitution philosophique qui «renouait la chaîne des temps, » rattachait ainsi l'anneau de l'ancien régime à l'anneau révolutionnaire. Les vrais sages virent dès lors la destinée réservée à la politique des habiles (1).

« Religion, royauté, noblesse, disait M. deBonald, tout est réduit à vivre de salaire et de pensions, tout est en viager et à fonds perdus. Jamais la philosophie irréligieuse n'a remporté un triomphe plus complet, et cela sous Tégide des noms les plus respectables et à la faveur des circonstances les plus miraculeuses... Nous sommes tout à fait dans la folie des constitutions écrites. A qui le devons-nous (2) ? » M. de Donald le soupçonne et l'insinue; M. de Maistre nous l'apprend : « Les souverains, dit-il, ont plus d'affaires

(1) Voira l'Appendice un mémorable discours prononce à la Chambre des députés en 1825 par M. du Plessis de Grénedan.

(2) Lettres et opuscules, 1. 1, in-S», p. 519. Lettre de M. de Donald, 8 octobre 1814. Depuis que M. de Bonald écrivait ces lignes, le temps n'a cessé de démontrer la folie de ces constitutions écrites ou plutôt la folie de fabriquer des constitutions. Depuis cette époque, dis-je, nous avons vu mourir

avec l'avenir qu'avec le présent. Ils doivent sacrifier celui-ci à celui-là. Louis XVIII sait qu'il est garrotté, qu'on lui a dicté de dures lois et qu'il faut obéir. La fameuse charte est bien plus Vouvrage d'Alexandre P^ que le sien. Il lui a été signifié clairement quil eût à s y tenir (2). »

Ces paroles sont instructives. Dans la prétendue charte de nos libertés, — M. de Bonald va jusqu'à l'appeler une œuvre de folie et de ténèbres ! — elles découvrent la main de l'ennemi. Le médiateur de la Sainte-Alliance était-il lui -même dans le secret de ses funestes inspirations ? — Peut-être, pensait-il de bonne foi que l'avenir des peuples appartenait à ce vain constitutionnalisme. Comme homme, il pouvait le croire et se tromper ; mais l'intérêt russe, la politique schismatique, le

la charte de 1814, la charte de 1830, la constitution républicaine de 1848, la constitution impériale de 1832! Que restera-t-il demain de notre régime actuel?.. Cependant ce n'est pas absolument d'écrire une constitution qui est un abus, c'est de l'écrire sous la dictée de l'abstraction philosophique. (1) Correspondance diplomatique, lo-27 décembre 181G, t. II, in-8o,p. 290, 291. J'ai cherché, mais en vain, de plus amples éclaircisssemenls sur les paroles soulignées.

Czar en lui ne se trompait pas et allait infailliblement à son but. Non content des dures représailles qu'il exerçait de concert avec l'Europe sur la France vaincue, il entretenait chez elle, au moyen même du pacte nouveau, tous les éléments de division et d'instabilité. Perpétuer la révolution en France et lui assurer dans TÉtat une existence légale et sociale, c'était pour le schisme conquérant un succès tout autrement sérieux que le gain de cent victoires. L'abaissement de la France catholique est dans les plans de la Russie, et la Révolution parmi nous, qu'elle le veuille ou non, conspire depuis longtemps avec l'ennemie-née de la Frahice (1). La Révolution n'a-t-elle pas dit depuis longtemps : Périsse la France plutôt qu'un principe ! Car la Révolution a aussi ses principes, ténébreuse parodie de la Vérité.

L'œuvre de 1814 échoua. On manqua l'heure, unique peut-être, de faire définitivement répara-

(1) Un danger plus immédiat, plus pressant aujourd'hui, c'est la Prusse exaltée aux dépens de l'Autriche et surtout de la France, i,Tâcc à l'étrange politique du César révolutionnaire et à l'insuffisance de son épée.

don aux principes blessés (1) et de jeter hardiment dans la justice et la conscience les vrais fondements de la liberté politique. Dès ce moment, les esprits éclairés sentirent la Restauration perdue. Les prévisions de M. de Bonald furent inflexibles. M. de Maistre voulut voir dans l'attentat de février un gage providentiel d'espérance. Il crut lire dans la mort d'un Fils de France, « cette grande mort toute vitale et vivifiante, la fin des expiations, l'entière absolution de la maison de Bourbon, l'épouvantable assurance de la Restauration (2). » Cette vue ou plutôt ce vœu fut comme un mécompte de cœur. La logique des clioses, cette pernicieuse expérience du manichéisme selon la Charte^ aussi préjudiciable au sentiment de l'honneur qu'à celui de la vérité, le ramena bientôt aux plus tristes pensées. Déjà il touchait au terme de sa vie, et la perte prochaine de la restauration de la France, qui aurait dû être

(1) Au droit monarchique, au droit de l'Église, au droit du père, de la famille, de la propriété.

(2) Lettre de M. de Maistre, 21 février 1820. Lett. et Opitsc.

1er, p. 497.

celle de l'Europe, entraînant à ses yeux la chute inévitable de l'ordre européen, il prophétisait les dernières catastrophes avec la ferme autorité d'un juge qui prononce un arrêt.

Cependant ces préoccupations funèbres n'étouffèrent jamais en lui l'espoir d'une rénovation religieuse. Il eut jusqu'à la fin la persévérante intuition d une ère puissante, l'ère de la grande unité, où la théocratie, la politique et la science finiraient par se mettre en équilibre. Deux mois avant sa mort, toujours pénétré du pressentiment de quelque grand événement dans le cercle religieux, il écrivait à M. de Bonald : « Je ne doute pas qu'à la fin nous ne l'emportions, mais il arrivera des choses extraordinaires qu'il est impossible d'apercevoir distinctement (1). » Quelques-uns s'étonnaient de cette assurance. « Je désirerais de tout mon cœur, lui disait l'abbé de Lamennais, partager vos espérances ; mais je vous avoue que ma faible vue ne saurait apercevoir dans ce monde qui se dissout le germe d'une restauration complète et durable. Je

(1) Lettres et Opuscules, t. l, p. 58-i.

cherche vainement à concevoir par quel moyen le genre humain pourrait guérir de la maladie dont il est atteint (1). » L'abbé de Lamennais semble ici déclarer l'humanité incurable à la puissance même de Dieu. Lamennais, apostat, ne craindra pas de confier à la raison humaine, encore toute meurtrie des coups qu'il lui a portés, la conduite et la guérison de l'homme, le développement progressif de la société ! Le comte de Maistre a le coup d'œil plus calme, plus juste et plus pénétrant. Il se garde d'attacher les destinées du Christianisme à une idole de civilisation ; ce qui s'affaisse et tombe n'emporte pas pour lui ce qui demeure. A cet égard sa fermeté ne souffre aucun démenti des apparences les plus contraires. Il voit, en effet, et ne cherche pas à dissimuler

{{) Lettres et Opuscules, i. l^S p. 584. Un plus puissant esprit peut-être que Lamennais, J. M. Ampère disait, comme M. de Maistre : « Tout m'annonce une grande époque religieuse, mais je me désole en songeant que je ne vivrai pas assez pour la voir se prononcer, de manière à juger ce qu'elle doit être. Je mourrai pendant /a préparation de ces immenses événements. Ce n'est qu'après trois cents ans de persécution que le christianisme s'est établi dans le monde. » — l^r octobre 1816.

le triste état de la religion dans le monde. Radicalement détruite dans les pays protestants, presque entièrement chassée de l'Afrique et de l'Asie par le cimeterre de l'Islamisme, sans action sur les innombrables populations de la Chine, de Tlnde et du Japon, la sueur de ses apôtres, le sang de ses martyrs semblent aujourd'hui lamentablement perdus ou stériles ! Chose plus lugubre encore ! L'Église catholique en Europe ne cesse d'être opprimée par la souveraineté même qu'elle a élevée et nourrie ; elle est persécutée dans son chef, amoindrie dans ses membres ; enfin cette saillie du Sénateur n'est que trop sérieuse : « Vous n'osez plus rien et l'on ose tout contre vous (1). » La condition actuelle du Christianisme est donc en raison inverse de sa certitude et de sa divinité ; elle contredit à la magnificence des promesses éternelles. Plusieurs, possédés d'un aveugle esprit de libéralisme, cherchent à effacer ses traits divins, pour le réconcilier avec une société qui ne sait plus rien admettre

(1) Soirées de Saint-Pèlersboiirg, XI^ Entretien, t. II.

de divin. Ils proportionnent le Christianisme à leur aptitude naturelle, en d'autres termes, ils l'abolissent dans la mesure où ils le diminuent. Et dans leur hautaine confiance, ils se disent : « Au lieu d'élever péniblement le monde à la hauteur de la foi, nous voulons ramener la foi au niveau du monde. Le Christianisme se fera mieux accepter, étant devenu semblable à nous î » — semblable à cette société qui tombe, à cette civilisation scientifique, sceptique, dissolue, à qui la vraie science manque, qui a perdu ses mœurs et sa raison ! Un jour même, faut-il le rappeler ? le clergé de Paris dut subir un avertissement étrange : il lui fut dit qu'il fallait savoir être de son temps et de son pays ! Comme si le sacerdoce de Jésus-Christ n'était pas Universel et Éternel ! Et l'on s'étonne, en songeant de quelles lèvres tombaient ces paroles, véritable semence de rebelles et d'apostats... — Que les esprits vains, toutefois, et trop impatients, ne se hâtent pas de conclure l'illusion de notre foi plutôt que la fragilité de l'âme humaine. Car c'est précisément dans ces sombres extrémités, que le penseur catholique trouve le

principe de sa confiance. Les suprêmes obscurcissements annoncent rapproche de la lumière. Quand tout est humainement perdu, il faut nécessairement que Dieu se montre; il faut que, par sa puissance manifeste, il dégage sa parole et sa vérité. Sans doute de vives angoisses nous pressent. La société souffre ; des menaces de dissolution planent sur elle. Et pourtant qui oserait marquer aux nations l'heure de leur mort ? Leur agonie peut mesurer des siècles ; elle peut aussi se transformer en résurrection. Mais quelle que soit la destinée de celles qui nous touchent de plus près, il ne faut pas oublier ce que Thumanité survivante a le droit d'attendre. Que ne reste-t-il pas encore a faire à la parole du salut, avant qu'il soit permis de pressentir le dénouement final ? Je ne veux invoquer ni comme symptôme de vie, ni comme présage de quelque grand avènement religieux, ces récentes découvertes qui semblent remettre aux mains de l'homme le temps et l'espace, et par un commerce plus actif entre les intérêts favoriser le rapprochement des âmes. Hypothèse douteuse ; l'intérêt rapproche et il

divise ; il ne garantit jamais la légitimité des actes humains. L'appropriation des forces de la nature à nos volontés n'a de valeur que par la moralité du libre arbitre. Il n'y a là d'ailleurs qu'un merveilleux concours d'instruments puissants, mais d'une absolue indifférence à la cause qui les emploie. Ils servent, ils trahissent tour à tour ou plutôt tout à la fois. Une seule considération subsiste et mérite l'attention de l'observateur. Le Christianisme n'a pas achevé sa mission ; les temps ne sont donc pas accomplis. Combien de familles humaines, peuples païens, tribus sauvages ou barbares, reléguées aux confins de la terre ou perdues au fond de continents inexplorés, et surtout retranchées dans leurs superstitions ténébreuses, attendent la visite des apôtres ou le dernier assaut de la vérité ! L'Église prie toujours pour la réconciliation de la race perfide (1) : tout genou n'a pas fléchi au nom de Jésus ; la réunion dans le même bercail, sous le pasteur unique, est encore à venir. De grands jours doivent donc luire

(1) Oremus et pro pcrfidis judaeis. {Office du Vendredi saint.)

sur le monde : il ne passera pas avant que ces choses ne se passent. Que des États soient effacés, que des nationalités s'altèrent, que des sociétés disparaissent, peu nous importe spirituellement. Ce ne sont là que des ruines partielles, destinées à figurer peut-être dans de nouveaux plans de vie. Qui sait si de ces débris mêmes ne s'édifiera pas cette grande unité qui doit précéder les derniers désastres et le dernier triomphe?

En ce moment, l'unité semble bien loin de nous. On la hait, on la repousse, ou bien on la veut mettre dans les erreurs et les passions qui l'excluent. La négation et Thérésie, actives comme la haine, exercent parmi nous un vrai prosélytisme de corruption. — Qui ne lève aujourd'hui le bras contre la vérité ? Rationalistes, sensualistes, athées, francs-maçons, solidaires, spirites, juifs, libres penseurs, toute la fourmilière de l'impiété est en rumeur et en travail! Quelle pitié! La force intellectuelle que cette multitude représente, n'est certes pas un argument contre l'espérance, et dans les choses de Dieu, c'est contre l'espérance même que nous avons coutume d'espérer.

PEINSEUR CATHOLIQUE 413

Le moindre souffle balayera ces myriades d'insectes avec leurs barricades de fétus (1). Celui qui, dans les flots ramenés par la droite de Moïse, noya une armée entière comme un seul cavalier (2), Celui-là soufflera sur l'infernale puissance du mensonge, et l'anteclirist sera détruit. Le Seigneur touchait à la croix, il allait boire le calice des opprobres, quand il prononçait ces paroles d'une divine sécurité : « Prenez confiance, j'ai vaincu le monde (3). »

(1) «Eruntsicul paleœ ante faciem venti et sicut favilla quam turbo dispergit. » (Job, xxi, 18.)

(2) « Canîemus Domino : gloriose enim magnificatus est, equumet ascensorem dejecit in mare. » {Exod. xv, 1.) ,

(3) 'AXXa6o(p(7£TT£,£Yw vsvixyixaxov xoc-[xov. Joan.,xvi,33

L'ANTIGBRISTU^ISME

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