‹ Joseph de MaistreChapitre 12 sur 27 · LE PRINCIPE DES NATIONALITÉS · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE DES NATIONALITÉS

« L'Europe se meurt, » disait Joseph de Maistre avant de mourir. Il est mort sur ces dernières paroles, et nous assistons, nous, en effet, aux derniers écroulements du système européen : Tancien équilibre détruit, le schisme et Thérésie dominant dans le monde, un nouveau droit public professé par la ruse et la force, l'empire d'Allemagne transféré au protestantisme ; des souverains spoliés par d'autres souverains leurs alliés ou leurs

l'antichristiainisme 421

proches; ceax-ci misérables instruments de la Révolution qui les méprise et va les briser; la Papauté captive, les peuples catholiques en dissolution, étouffant sous l'étreinte sauvage du radicalisme; cet ordre violent ou plutôt ce désordre universel ramène invinciblement notre pensée sur cette vue d'espérance nécessaire que M. de Maistre ne sépara jamais de ses pressentiments de désolation. Cette vue est la prédiction d'un fait qu'il a toujours annoncé comme relativement prochain : le retour des âmes à la grande Unité.

J'ai dit plus haut : « Le mal aujourd'hui est en travail d'unité; » car l'unité est la loi de la vie, et le mal veut vivre à sa manière. La vie à laquelle il prétend a besoin de la sorte d'unité qu'il cherche ; égal mensonge d'unité et de vie, qui ne peut avoir de durée que ce qu'il en faut pour détruire.

Voici l'Unité véritable, celle qui est née de la parole du Sauveur, à la Cène, et de la prière qu'il adresse à son Père : « Conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme Nous. — Je ne prie pas pour eux seule-

uient, je prie pour ceux qui croiront en Moi par leur parole, afin que tous soient un, comme vous, ô Père, êtes en Moi et Moi en Vous, afin qu'ils soient aussi un en nous et que le monde croie que Vous m'avez envoyé (1). »

Ainsi le monde n'a Tunité et ne peut la garder que par la foi k la parole apostolique, qui seule annonce le Christ, et seule répand au dehors la vérité et la vie qui sont en Lui. Cette vérité qu'une partie de l'Europe a répudiée, que les gouvernements catholiques persécutent ou renoncent, est précisément celle à laquelle il s'agit de revenir. C'est en particulier pour les peuples latins une question de vie ou de mort. Or l'urgente nécessité de ce retour est-elle sentie ? L'accomplissement prochain d'un si grand fait est-il vraisemblable ? La raison n'y conclut guère. Et cependant l'excès des souffrances des sociétés catholiques, la prière unanime des justes et surtout la douloureuse passion de la papauté, nous somment presque d'espérer.

Page 1