‹ Joseph de MaistreChapitre 15 sur 27 · PS. II · texte numérisé non relu

PS. II

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salut et du salut des hommes. Ces froideurs, ces duretés ne purent lasser la patience du Saint-Père. Dans sa persévérante sollicitude, il dressa et présenta à l'Europe souffrante le laborieux index des erreurs dominantes, faux principes, malignes opinions, doctrines impies et antisociales, qui tuent les États dans le temps et les âmes à jamais. Cette image exacte de toutes ses misères, qui était aussi un avertissement de tous ses dangers, l'Europe s'en détourna comme d'un miroir que l'on sait trop fidèle à reproduire des traits profondément altérés. N'ayant pas le courage de se voir et de se haïr, dans ce portrait salutaire de ses difformités, elle préféra prendre le parti de ses vices et livra Tauguste manifeste aux sarcasmes des publicistes gagés. L'hydre de V esprit moderne , atteint des censures de la Vérité, redressa toutes ses têtes avec fureur, et bientôt de nouvelles menées, de nouveaux faits de guerre et d'annexion témoignèrent du mépris effectif des cours pour la parole du Bon Pasteur.

Dans une situation aussi menaçante, il était nécessaire que l'Église resserrât plus étroitement

encore le lien qui Tunit à la Papauté. Alors que l'autorité humaine s'affaisse par toute la terre ou dégénère en tyrannie, il fallait que Tautorité spirituelle dans la personne du successeur de Pierre fût exaltée à la face de tous les peuples. Il était urgent, avant le surcroît d'épreuves réservées au Saint-Siège, que l'Église en déclarant la perpétuité de sa foi à renseignement infaillible du Pape, démontrât l'indissoluble union du chef et des membres, l'impossibilité de les séparer sans attenter à la vie même de l'Église, car le Pape en est le principe, il en est la tête : de là, l'évidente déraison de tout appel fait au corps, des jugements que la tête à prononcés. Les essais d'Églises nationales, ou de souveraineté parlementaire dans l'Église, ne peuvent plus prétexter de l'absence d'une déclaration dogmatique. Le Concile a parlé. Désormais pour troubler l'Église, il faut en sortir. Le masque d'une orthodoxie intentionnelle est à jamais impossible ; il suffit qu'il se laisse soupçonner pour être flétri. Ces distinctions qu'une erreur obstinée faisait entre le Pape et l'Église, ces revendications odieuses de la supériorité des Con-

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ciles ne serviront plus les desseins du Césarisme et ses entreprises sur la liberté des consciences. Ainsi, un grand péril est conjuré, et à Tavenir, le Pape, même dépossédé, proscrit, sans asile, pourra toujours faire entendre la Voix souveraine, la sienne, qui est celle de l'Église, et publier, sans appel possible, les décrets nécessaires au salut du monde chrétien.

La vue de l'univers actuel, a haché par tant de souverainetés et tellement agrandi par nos hardis navigateurs » induit M. de Maistre à penser que, désormais, « la convocation d'un concile œcuménique est devenue une chimère (1). Cinq ou six années, dit-il, suffiraient à peine à cette fin. » M. de Maistre semble ne pas admettre que l'avenir — et ici l'avenir, c'était presque le lendemain — puisse réserver plus d'une surprise à la prévoyance humaine. Il avait dû remarquer, cependant, que chaque chose en ce monde faisant son œuvre à part, et chacun croyant ne faire que pour soi, il se trouve, en définitive, qu'un autre intérêt, et

(1) Du Pape, 1. 1, p. 17.

souvent d'un ordre supérieur, a été servi. La matière travaille pour la matière, l'esprit pour l'esprit; mais l'esprit peut s'emparer de la matière et la tourner k la charité, à l'œuvre de Dieu; ou plutôt Dieu s'empare alors pour sa gloire et de la matière et de l'esprit. — Quand donc l'heure fut venue d'appeler des quatre coins de la terre les évêques dispersés, les voies matérielles étaient prêtes; le temps et la distance avaient comme disparu, et le monde n'était plus trop grand pour la convocation du concile. Il n'était plus trop grand pour recevoir partout et presque instantanément la lumière. Et l'Église rassemblée de nouveau, délibérant dans l'union et la paix, au milieu des sociétés temporelles, si orageuses, si menacées, à jamais incapables de résoudre par elles-mêmes le problème solidaire du pouvoir et de la liberté, offrit encore une fois l'idéal vivant de cette société parfaite devant laquelle les nuages suscités du dehors s'évanouissent toujours, sous le rayonnement plus vif de l'éternelle vérité.

Le Concile du Vatican, par ses actes, par sa nature et le fait même de son existence, est la

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contradiction formelle de toutes les erreurs du principe des nationalités. Il réprouve les Églises nationales, qui, en surexcitant le farouche égoïsme de race ou de tribu, aliène l'homme de son semblable, et réduit les nations dans leurs rapports mutuels, à une sorte d'état sauvage où la fourberie et la force priment le droit; il frappe du même coup le Gésarisme, qui ne multiplie les Églises que pour diviser TÉglise, détruire la souveraineté universelle du Pontife romain et confondre de nouveau dans la main de César les deux puissances dont la distinction est de décret divin. La sainte assemblée affirme donc avec une énergie nouvelle la liberté spirituelle des peuples, leur unité solidaire dans la foi, et sous l'unique autorité du Vicaire de Dieu, leur rivalité dans la lice de la civilisation ou plutôt l'émulation de leurs efforts pour instituer, maintenir ou restaurer cet ordre chrétien qui doit aider chacun de nous, dans le temps, à franchir le seuil du temps. En un mot, comme elle professe que la parole du Pape infaillible est la parole même de l'Église, elle reconnaît par là que les maximes modernes,

notées et réprouvées par le Syllahus, demeurent notées et condamnées par TÈglise.

Disons encore que, dans ce siècle de schisme révolutionnaire et d'anarchie philosophique, le Concile est l'expression la plus sublime de la véritable communion du genre humain. L'Esprit- Saint qui donne aux Apôtres la miraculeuse intelligence des langues, et, de ce lieu paisible où tous (( ne sont qu'un cœur et qu'une âme, » les envoie conquérir à l'Unité des multitudes d'âmes et de langues étrangères et ennemies, est le même qui, à différentes époques, rappelle, de tous les points de la circonférence catholique au centre, les ouvriers de l'apostolat, pour retremper leur courage au cœur de l'Unité, et là, ces pasteurs conquérants représentent toutes les nations, toutes les races, que la conquête spirituelle n'a dépouillées ni de leur autonomie, ni de leurs territoires, qu'elle respecte dans l'originalité transformée de leur nature et de leurs idiomes, ne reconnaissant que de volontaires annexions à ce royaume fraternel, où, sans être broyés, ni confondus, les peuples les plus divers ne font qu'un.

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et redeviennent, selon l'expression de rÉcriture, « d'une seule lèvre, » d'une seule langue, celle de la prière universelle, qui fait parler à tous la même foi et la même espérance.

Voilà donc le spectacle et l'enseignement admirable que nous offre le Concile du Vatican. Par sa déclaration de l'Infaillibilité doctrinale du Saint-Père, il est la consommation effective de l'Unité catholique, et, partant, l'impulsion la plus puissante donnée aux âmes vers cette grande Unité que Joseph de Maistre appelait de son invincible espoir. — Et il est la réprobation vivante de ce nationalisme odieux qui ne parque les sociétés humaines dans leurs misérables haines, que pour les soustraire à la seule autorité, de laquelle tous les pouvoirs, tous les gouvernements, toutes les nations, sans préjudice de leur droit, de leur dignité et de leur existence, peuvent et doivent relever, pour se réunir un jour dans l'enceinte de l'Unique bergerie, sous la houlette de l'Unique Pasteur.

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