‹ Joseph de MaistreChapitre 18 sur 27 · L ANT1CHRISTIANIS3IE · texte numérisé non relu

L ANT1CHRISTIANIS3IE

cents. Comme il est contradictoire que la science de la nature repousse les enseignements de la parole créatrice de la nature, il ne se peut que la division des langues et la cécité morale des savants ne soit le juste salaire d'une telle révolte. Elle est si gratuitement impie! aucune de nos connaissances n'est en mesure de porter témoignage contre le premier dogme de notre foi :1a déchéance primitive. Les sciences elles-mêmes vérifient ce dogme par le fait seul de leur existence, car elles ne sont en réalité que le soulagement de notre misère ou la consolation de notre exil ; les plus dégagées en apparence de tout intérêt pratique s'accordent au but essentiel d'élever l'homme au-dessus de son état présent. C'est sa disgrâce qui lui a fait mettre la main à la charrue scientifique. S'il fiît demeuré dans la justice, il n'eût pas été savant, mais voyant, en pleine lumière, en pleine liberté. On a dit supérieurement : a La science est la paix des connaissances entre elles... elle est la paix des connaissances réconciliées (T ; » comme la so-

(1) M. E.Be\\o,riIomme,p. 187.

ciété normale est la paix des partis ou la réconciliation des opinions. Maïs l'amour légitime et durable ne s'obtient qne par l'intégrité des principes qui, seule, garantit la stabilité de l'ordre, l'union des âmes dans l'unité. La raison humaine se trouve en grande liberté, car elle est en grande assurance, alors qu'elle reconnaît que « Dieu » même « nous a parlé par son fils ^1) ; » que le fils nous parle par son Église, et, dans l'Église, par l'infaillible Pasteur ; que rien ne s'écarte de cette parole, qui ne soit erreur, défaillance ou péché. Parole souveraine en effets dont la vertu toute- puissante nous attire à ce centre divin où l'intelligence doit tendre de toutes ses pensées ; le cœur, de tous ses désirs ; la volonté, de toutes ses œuvres.

Vienne enfin ce génie souverain qui ramènera la science aux pieds de la religion ! ou plutôt vienne l'homme en qui réside le génie delà souveraineté; car c'est moins par l'esprit que par l'autorité qu'on verra refleurir la paix dans la cité des sciences comme dans ciié polili(iuo. Vienne ce

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Vengeur du vrai, du juste et du saint, ce réparateur de Tordre qui, puissant à la tâche de remettre en sa place tout ce qui n'y est pas, arrêtera le grand ressort du mouvement révolutionnaire ;car, alors même qu'elle cesse pour un temps d'être la dévastation et la terreur, et que, sous sa forme despotique, elle s'essaye à la contrefaçon de l'ordre, la Révolution est toujours le déplacement. Vienne donc un prince, en qui la puissance du caractère soit à la hauteur de son droit, un grand apaisement se fera soudain et nos tristes sociétés verront luire de meilleurs jours.

Actuellement, il n'y a en Europe qu'un seul souverain dans l'auguste acception du mot, un seul que la Révolution a trouvé et trouvera toujours inaccessible à ses promesses, supérieur à ses menaces. Souverain sans trésor et sans armée, opprimé par les forces conjurées de la démagogie et du Césarisme, prisonnier dans la Capitale même de son royaume qui était bien en vérité celui du (( Prince de la Paix, » il est cependant plus fort, plus assuré, plus Roi, que ses persécuteurs couronnés, car il tient sous ses pieds cet esprit d'er*

reur et de mensonge, auquel ils ont pour la plupart inféodé leur couronne et leur âme. « Ce grand Prêtre-Roi, dont le nom est le plus grand, le plus élevé, le plus excellent de tous les noms de la terre (1)» est, sous sa lourde Croix, la seule puissance qui, dans son infirmité, fasse trembler les fléaux du monde. Plus aimé, plus obéi, plus connu que pas un peut-être de ses saints prédécesseurs, sa parole va sans cesse d'un pôle h l'autre, jetant des semences ou recueillant des -fruits de vie, et la voix de ses souffrances suscite partout et remue la conscience catholique. Que la miséricorde divine daigne rendre à la Papauté, après ses longues épreuves, le bras qui lui manque, ce bras dont la protection lui est temporellement nécessaire pour opérer la conversion des pouvoirs politiques et de la société civile, la foi, la justice, le bon parti, si décriés aujourd'hui par leur

(1) Adresse au Saint-Père cnvoy(''C à liome en 1871 par les catholiques de Birmanie. (Annales de la propagalion de la Foi, novembre IST-i). Ce grand nom était hier ce'ui de IMc IX, de glorieuse mémoire, il est aujourd'hui celui do Léon XIII, de grande et universelle espérance.

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constante adversité, recouvreronl leur empire, les vapeurs funèbres retourneront à Fabîme et le mal sera lié de nouveau. Qu'en retour de tant de tristesses ce dédommagement nous soit enfin donné, de voir l'avènement de ce prince selon le vœu de l'Église, ce grand règne selon lUnité. Les anciens d'entre nous, premiers-nés de ce siècle incertain, mouvant, orageux, s'étonneront avec bonheur de respirer librement. Puisse notre âge à son déclin jouir de celle heure de rafraîchissement et de sérénité ! Qu'elle soit pour nous une transition douce à ce jour sans défaillance où Ton ne cherchera plus, car alors on aura trouvé; où les yeux ne se jierdront plus en vains regards, jouissant de la claire vue; où l'on cessera de dire Peut-être! — Oii Ton n'entendra plus jamais dire : Non!

0 quan lo lucescet luus.

Qui nescit occasum, (lies!

0 quando sancla se dabiL, Quie nesciL hostem. patria

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