EXTRAIT
d'un discours de m. DUMAS LU A l'aCADÉMIE DES SCIENCES (ÉLOGE d'auguste DE LA RIVE.)
M. Dumas a prononcé, en séance solennelle de rinstilut, la condamnation du matérialisme athée et révolutionnaire qui déshonore aujourd'hui renseignement. Une troupe de sophistes sans raison et sans moralité, chasse Dieu du monde et de la science. Ils tiennent à se passer du principe de cause pour ne pas remonter à la cause suprême. Dans l'éloge d'Auguste de la Rive, M. Dumas oppose à ces aveugles volontaires les sentiments bien connus des plus illustres savants de ce siècle.
({ Instruit à la même école, on aime à répéter avec eux : L'attraction qui soutient les astres dans l'espace, qui en connaît la nature? L'affinité qui lie les molécules des corps, n'est-ce pas un mot dont le sens nous échappe? Notre esprit se représente la matière comme form/'c
d'atomes, savons-aous s'il existe des atomes ? Le physiologiste décrit les phénomènes delà vie, n'ignore-t-il pas ce que c'est que la vie ? et le géologue, qui écrit l'histoire du globe dont il n'a pas encore fouillé i'épiderme, soupçonnet-iU'origino et la fin de la terre qu'il habite? Si, parfois, l'homme se sent lier d'avoir tant appris, ne doit-il pas plus souvent encore se sentir bien humble et bien petit de tant ignorer ?, . .
« Si c'est le hasard qui, dans l'atmosphère de la terre, a délayé l'oxygène au point précis qui convient à la respiration de l'homme ; si c'est lui qui fait naître à propos l'ozone pour détruire les germes qui menacent notre vie, ou pour préparer la nourriture nécessaire aux plantes qui nous alimentent; si c'est le hasard qui marque des limites à la concentration de l'oxygène , en rendant presque immuable la quantité du gaz inerte dont il est mêlé dans l'air que nous respirons ; si c'est lui qui a rendu, de la sorte, possible et durable, à travers de longs siècles, l'existence de l'homme sur la terre, répétons, avec Auguste de la Rive et en complétant sa pensée, que le hasard est bien intelligent, qu'il est même trop intelligent, et qu'il mérite un autre nom...
« La matière est pesante; l'homme n'a jamais rien créé ni rien détruit qui fût pesant; dans la nature, depuis que l'univers a reçu sa forme actuelle, rien ne se perd, rien ne se crée de ce qui est pesant ; la matière se déplace, change d'aspect ou d'état; elle ne périt pas. En serait-il de même à l'égard de la force? Tout en restant impondérable, serait-elle de môme cliangeante dans ses manifestations, perpétuelle dans son activité? L'homme impuissant à créer la matière, serait-il également impuissant à créer la force ?...
— Assurément. — La démonstration est donc complète. L'homme ne fait naître ni électricité, ni magnétisme, ni chaleur, ni lumière ; il tire ces forces des réservoirs qui en recèlent et où il ne les a point placées. »
Enfin abordant le problème de la vie, M. Dumas ajoute :
« Auguste de la .Rive n'acceptait pas que la vie pût sortir de cette action inconsciente des atomes sur l'éther. Il ne l'avait jamais vue se manifester spontanément, et il pensait que, depuis son apparition sur la terre, elle s'est constamment transmise des parents aux descendants. Il croyait, enlin, que la personnalité humaine réside ailleurs que dans la poussière dont notre corps est formé. On veut que la matière qui obéit soit éternelle, et que l'esprit qui commande soit périssable! J'aime mieux croire, disait-il, que c'est l'àme intelligente qui est immortelle, et que c'est la matière brute qui est destinée à finir. Il considérait l'univers comme ayant été créé. Il démontrait, comme une vérité de l'ordre scientiiiquo, et par des arguments que M. Clausius a développés plus tard, après lui, que le monde n'a pas toujours existé, qu'il a commencé et qu'il finira.
« Ampère, Faraday, Auguste de la Rive ont fait de l'électricité l'objet des études de toute leur vie et l'instrument de leurs grandes découvertes; ils étaient tous les trois profondément religieux. Ils aimaient à méditer des sujets qui confinent à la métaphysique; le premier cherchant à expliquer l'attraction universelle par le magnétisme; le second niant l'existence môme de la matière et considérant chaque atome comme un centre de force dont les vibrations se font sentir dans tout l'univers; tous les trois, cherchant à défendre, contre l'invasion des partisans des forces physiques, le terrain réservé à l'esprit, à cotte chose qui pense, qui aflirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine, qui sent et qui, libre, doit rendre compte de l'usage qu'elle aura fait de sa liberté. Ils étaient convaincus que s'abîmer dans do telles méditations, c'était s'élev<ir vers la voliMit»'- suprême dont l'intervoTilion directe
apparaît toujours, comme le premier et le dernier mot de la création. »