lOSEl'II DE MUSTIîE
religieux. Dans Toidre politique, nous sentons encore ses bienfaits, el même Tordre inlellecluel, doii elle est bannie, n'est ricbe que des idées qui y ont été apportées par elle (1). »
Médiateur original , il veut réconcilier les hommes, et il les déclare invinciblement liés à des opinions irréconciliables î 11 voit deux partis en présence ; il veut l'amener l'un et l'autre à l'union, à l'estime mutuelle et à l'amour; mais, ô étranges paroles de paix î il dit à l'un qu'il doit se résoudre h n'être rien, parce que son temps est fini; et il dit à l'autre qu'il a le droit d'être tout, parce que son temps est venu. Le vrai crime du passé, c'est de n'être plus ; le solide mérite du présent, c'est d'être, et d'introduire l'avenir. M. Ballancbe est donc un de ces publicistes qui, les premiers, ont mis en axiome et en vogue la mésintelligence nécessaire entre les générations anciennes et les nouvelles et contribué à briser le lien qui doit les unir. Un des premiers il a jeté ces phrases de division ([iii, depuis, ont levé, avec la fécondité
(I) lusliliitinus sociales, \)[). 80, 110. 117. 107. 1-20, IHO à 192; I3d, Ut, loi, 181, 102, lOri. 190,200.
de l'herbe mauvaise, sous le soleil trop bénin de notre vieille monarchie : a Esprit du passé, esprit d^obscurcissement ! — Esprit moderne, esprit de lumière et de progrès !.... ^) Phrases jetées désormais en pâture à l'orgueil crédule des peuples ; phrases erronées, déplorables, recelant les tempêtes sous leur décevant optimisme ! On les a vues h l'œuvre, elles ont vaincu!... Elles ont consommé ce schisme intellectuel et moral qui est la honte et le malheur de nolic temps; car ce schisme n'est plus fondé sur l'éternel antagonisme du bien et du mal, m^ais sur Topiicsition qui naît fatalement entre les hommes, de la persévérance chronique des uns dans la foi aux principes immuables et du moderne laisser-aller des autres au cours du temps et de l'opinion. Ce schisme, c'est tout l'ordre nouveau, ou plutôt c'est le désordre même légalisé et constitué.
La séparation des mœurs et des opinions, ou T ascendant pris par la principe intellectuel sur le principe moral pour la direction de la socictè^ la doctrine des émancipations successives, ces prétendues nouveautés, tout en gardant quelque
apparence sous la belle draperie du style de Ballanclie, ne sont en effet que de brillantes variations uiétapliysiques sur un thème révolulionnaire. Les plus savantes périphrases ne peuvent tromper longtemps sur les dangereuses propositions (lu'elles énoncent en les dissimulant.
La souveraineté du principe intellectuel, c'est la souveraineté de la raison humaine, qui ne reconnaît rien au-dessus de soi, juge de tout, et n'est point jugée.
C'est la répudiation du gouvernement temporel de Dieu, l'exclusion donnée au Christ, rÉglise dépossédée de son droit de maternelle surveillance sur les choses de ce monde. L'intelligence appelée au souverain empire, c'est le caprice aussi, c'est la passion, c'est l'habileté de l'homme substituée dogmatiquement h la conscience. La terre n'a plus aucune chance d'appartenir aux doux : elle est aux forts, aux savants et aux roués. Car la science (la moderne science) est l'alliée de la force et de la ruse dans leurs attentats contre la liberté de l'àme et contre toutes les libertés (pii en (h'rivenl. La nise et la force niellent l'homme
aux fers, et la science raniusc de ses droits en Icnaiil le tiambeau sinistre qui éclaire la ténébreuse exécution. On fait violence aux mœurs, sous prétexte qu'elles relardent sur les idées. Mais (juelles mœurs faudra-t-il donc se faire, assez agiles [lour se mettre au pas de l'idée, cette puii^sance rajiidc, instantanée et qui se forme quelquefois comme Vorage (i) ? L'orage est donc pris désormais pour pilote.
C'est la violence qui devra pousser les mœ^urs dans toutes les voies hasardeuses de l'opinion. L'harmonie que le christianisme avait mise entre elles, étant rompue, et rompue sans retour, qui ne voit à quels abîmes d'inconnu court une société déracinée de ces mœurs dont le fond essentiel repose sur des dogmes certains ou des vérités inviolables, pour s'abandonner aux aveugles expériences de l'idée sans moralité î L'État païen, l'État-Dieu ou le césarisme athée est au bout de ces doctrines.
Cette rigoureuse logique des choses échappait sans doute h M. Ballanche, et ces conséquences fatales
(l) In^tUiiiwns sociales, p. 21G.
ii'ciilraieiU poiiil dans ses prévisions. Il semblait ne voir dans l\'mancipalion nouvelle qu'un vaste et libre dévelopj»ement des sociélés, qui ne se i'é|tan(Irail |)as au-delà des liniiles de la foi chrétienne, et assui'aii, au conlraire, la pénclralion de plus en [dus intime du christianisme dans l'ordre civil et i)olili({ue. Double méprise ! car exalter l'esprit de l'homme en rafCrancbissanl de la parole ou de la religion posiîive, ce n'est pas garantir la liberté sociale, non i)lus (ju'on ne protège la liberté morale en délivrant l'individu du frein de la conscience; et c'est nneautreerreurdes'imaginer que le christianisme sécularisé, individualisé, appauvri, entrera })lus profondément dans In sphère même dont sa y-'aro/e est bannie. Toutefois, malgré l'apparenteconfiancc delà penséedeM.Ballanchect lesiliusionsdonl elle s'enveloppe, ce qui lui manque visiblement, c'est la sécurité inhérente à la certitude. On sent en lui les secrètes perplexités d'une intelligence honnête qui, tout en composant avec les eneurs du temps, voudrait l)ien ne pas trahir rétei iiel droit de la vérité. Transaction illégitime, inévilablementpa}ée par l'impuissance delà bonne
volonlé. Le vague, Téquivoq'.ie louche, Tobscurilé trahissent ici comme un remoids intellectuel. Toutes les idées qu'énonce le méta[)hysicien du progrès portent avec elles leur indécision, leur conli'adicîion ou leui' réfutation.
^\. Ballanche a fixé sur notre époque un regard profond et sagace. 11 en connaît la mobilité, Finfatuation, la témérité, le fol abandon aux préjugés révolutionnaires. H déclare qu'elle marche « dans des voies insolites, n'acceptant pour règle que des doctrines non éprouvées par l'expérience. »
« Les souveiiirs, dit-il, la blessent; elle semble craindre que des principes anciens ou vieillis ne soient entachés de féodalité. »
11 reconnaît admirablement que l'on vit au jour le jour; .( sous la dictature des circonstances et dans l'interrègne des doctrines. » 11 regarde comme \m symptôme effrayant « l'activité des esprits qui est hors de proportion avec la mesure du temps, » et hors de proportion, devrait-il ajouter, avec leur propre mesure. Qui ne {-econnaitrait ici tous les traits d'une vaste perturbation dans les esprits et dans les âmes? Décrire de tels phénomènes, c'est
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publier un cpouvanlable clat de démence, iiiipatient de tout régime raisonnable. Eli bien! c'est dans ces phénomèncsviolenls(|u1lcbcrchc les conditions d'un développement norm il el fonde la loi même de la direclion à venir de lu société I II remet au ion le Irailemeni de sa folie, car celle folie est si générale et si intense, qu'aux yeux mal affermis du philosophe, elle perd son caraclère d'accident el de désordre, i)Our devenir un avènement immense, une initiation, une époque de Thumanilé. Et la formule ne lui manque pas pour exprimer celle évolution suprême; laformulc est celle-ci : émancipation delà pensée par raffranchissemenl des liens de la parole.
Je crains que sous ce magnifique énoncé ne se cache un sens vulgairement rationaliste. 11 y a dans remploi de ce mot parole, destitué souvent, et sans doute à dessein, de répithèle traditionnelle qui le détermine, une sorte de prudence habile ; peut-être lembarras d'une pensée qui craint d'aller jusqu'au bout de ses hardiesses, ou (|ui n'ose avouer ses alliances. La parole, en effet, telle (juc M. Ballaiiclie renlend ici, c'est la i»ai'olc
reruc de confiance ; la parole des pères et des maîtres, celle de l'autoiité, celle de rÉglise. Val franchissement des liens de la parole n'est donc que la transformation libérale de la tlièse protestante, })liilosoplii(]iie, révolutionnaire, qui déclare la déchéance de Taulorité dans Tordre des sciences, de la société civile et de la religion. Mais la parole traditionnelle, chose étrange ! est dépossédée au profit de la parole écrite ou matérialisée.
L'émancipation nouvelle est l'ère de l'écriture ou l'assujettissement à la lettre sans interprétation. On s'étonne et M. Ballanche lui-même ne semble pas très-fier de cet avènement : « C'est la lettre qui remplace V esprit, » dit-il. (c Ceci est un fait que je raconte, ce n'est point un blâme ni un regret que j'exprime. Je sais tout ce qu'il y a d'inévitable dans la succession des idées et, j'oserais le dire, tout ce qu'il y ade fatal dansles progrès de l'esprit humain (1 .» Il est diffîcilede s'expliquer com-rnent l'ère delà lettre coïncide ou s'accordeavec l'affranchissement de la pensée, et comment la pensée,
(I) Imlituiwns socudes. p. '206.
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émanci|»cc sous une domination inflexible, exprime l)lul6l lin progrès qu'une contradiction. Le règne de la leîlre semble imaginé pour donner (juelques garanties à Tordre public, gravemcnl atteint par le discrédit des traditions. Le publicislc voit partout autour de lui les ruines du respect, el loutelois il assiire (ju'on peut a compter sur le respect j)0ur la loi écrite, pour la lettre devant qui tout rentre dans légalité. » On peut compter, est optimiste, et il faut que cette confiance s'abrite à la hâte sous le démocratique sentiment de l'égalité, le seul que puisse satisfaire cette perspective de servitude intellectuelle, qui met la leilre homicide à la place de Vesprii vivifiant. Et cependant M. Ballanclie a proclamé solennellement rinitialion nouvelle, Témancipation de la pensée. Est-ce là une grande chose ou n'est-ce qu'un grand mot ? Son embarras est manifeste. Va-t-il se décider pour la souveraineté de In parole morte ou |)our les évolutions de l'idée 11 croit résoudre le i)roblème par l'équilibre des forces, et il partage le sceptre entre la lettre et Topinion. « Qnvi (ju' il oi 6oi(, dit-il, aujourd'hui que le règne de la lettre commence, il faut
que l'opinion prenne un ascendant tel, que ce soit elle qui dirige tout dans la société ; car la lettre, de sa nature étant implovable, elle se briserait continuellement par Teffet même de l'expansion des idées ,^1). »
Voilà un véritable dualisme social : l'équilibre est précaire ; l'avènement simultané des deux principes aboutit à la domination d'un seul. Car, l'Opinion admettant le règne de la Lettre, à la condition que la Lettre ne règne que par elle, me rappelle ce mot agréable de M. Ballanche luimême sur un homme connu, qui, disait-il, se lève chaque matin avec une idée fixe.
Cependant le publiciste s'inquiète un peu de cet immense pouvoir qu'il laisse à lOpinion ; il essaye de le restreindre ; « Autrefois, dit-il, il suffisait de gouverner avec ropinion, à présent il il faut gouverner par elle, sous peine de la laisser gouverner elle-même, ce qui constituerait une vérital)le anarchie (2" ». Distinction subtile d^jù sort une conclusion assez banale. C'est l'absolu
(1) Institutions soriaJe<^, p. 208.
f-2) Ibid., p. 210.
qui faisait l'originalité du système. L'absolu ôté, nous retombons dans le sens vulgaire ; il n'y a plus rien de neuf dans Tordre nouveau, rien de plus neuf que ce commun adage : Copinion reine du monde. Mais Tanarcbie dont s'effraye M. Ballancbe ne saurait être dans la puissance qu'on remet à l'Opinion : elle est dans l'abolition des doctrines qui seules pourraient l'éclairer et la conduire. « Les bommes, dit-il, ont beau n'être pas disposés toujours h toute justice, il se forme une conscience générale, une morale publique, qui ont besoin d'être consultées à cbaque instant, et dont les arrêts sont sûrs. » Or la morale, la conscience, la justice s'alimentent de l'antique tradition et des principes immuables : toute leur certitude se puise dans la parole vive, si fastueusement répudiée aujourd'hui. Que la parole, que les principes rentrent dans le silence, la conscience et la morale prennent, au gré des passions, la plus triste élasticité. Il est vrai que, pour ramener ses utopies à la mesure du possible, M. Ballanclie dit ailleurs que « le genre humain ne «loii rit'u perdre de ce qu'il a successivement
acquis.... qu'il faut tâcher de retenir ce que nous pourrons des âges qui ont précédé ; » il dit encore : « Nous ne sommes plus gouvernés par les doctrines anciennes^ mais « nous sommes toujours régis par les institutions primitives, en ce sens que ce sont elles qui ont tout fondé (i). » Mais les doctrines sont Tesprit des institutions ; comment le règne prolongé de celles-ci peut-il s'accorder avec la déchéance nécessaire de celleslà ? Comment vivent encore ces institutions, si l'esprit qui les a produites en est sorti ? Si elles vivent, s'il faut réchauffer et recueillir les épaves des âges écoulés, que faut-il penser de Tanathème prononcé contre les doctrines anciennes? Que faut-il entendre par l'affranchissement des liens de la parole ?
Nous l'avons vu enfouir à une profondeur géologique satisfaisante ces hommes dont l'intelligence pétrifiée a ne voit pas l'instant où une génération puisse sortir d'elle-même par ses propres forces...» Et il a dit plus haut qu'une génération a ne com-
(1) Inf^titutious sociab's. p. 347.
mence pas et ne finit pas dans un désert... Rien ne surgit soudainement dans le monde. » Et il dira plus bas que « le sentiment de l'avenir repose d'ordinaire dans le passé, que toute théorie de Tavenir ne peut reposer que sur la juste appréciation du passé (*2"; ». Il est difficile de concilier cette solidarité qu'il admet entre les destinées humaines avec ce mépris des traditions et ce saut dans l'avenir qu'il accorde aux générations nouvelles.
Ainsi, pour satisfaire au préjugé philosophique, il condamne la parole ; pour amadouer la légalité jalouse et rassurer l'ordre, au règne de la tradition vivante il substitue celui de la lettre; pour soustraire la liberté au joug de la lettre, il proclame aussitôt la dictature perpétuelle de l'opinion ; et enfin, pour remédier aux inévitables excès d'une telle puissance, il veut qu'on se rattache à ce qui pourra surnager du naufrage des choses passées ou des ûUes devenues inintelligibles.
(1) InsUUUions sociales, pp. 48, 304 et 374.
SES EÎSiVEMlS 103
Cet éclectisme, on le voit, n'est q'i'iin pénible embr^ssemeni de principes contradictoires, tour à tonr exaltés e( déclins ; anéantis et ressuscites. On dirait que le publiciste s'est donné ponr problème de constituer sérieusement Tanarcliie en politique et en religion. Sur ce dernier chapitre, le plus intéressant de tous, il affecte une confiance que ses propres paroles réfutent. « L'esprit d'indépendance, dit-il, a dû nuire immensément à la religion. Le discrédit de la parole traditionnelle a dû amener le discrédit des doctrines mystérieuses et sacrées... Il en est résulté un grand irouble dans les esprits... Mais le sentiment religieux survivra, n'en doutons point, à la confusion des langues (l)». Rien n'est moins rassurant que cette dernière garantie.
Après l'aveu du grand trouble produit dans les esprits par la déchéance de la parole, cette survivance du sentiment religieux est de toutes les promesses la plus naïve ou la plus ironique. Car ce sentiment, dans sa vague indépendance et le
(1) Institutions sociales, pp. 191 et 192.
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libertinage de ses rêves, ne peut qu'ajouter encore au désordre moral et perpétuer la confusion des langues. Et quelle raillerie du progrès que ce passage d'une religion définie, ou plutôt de la religion, aux ténébreux tâtonnements du sentiment religieux! C'est à peu près, comme si, la parole intellectuelle devant nous être ôtée, on essayait de nous faire prendre pour un développement supérieur la faculté qui nous resterait d'exprimer par des cris et des gestes les obscurs besoins de notre animalité. Lu religion, la vraie religion, est au sentiment religieux ce que la parole raisonnable ou le langage de l'intelligence est à celui de l'instinct ou de la passion. Gomment M. Ballanche peut-il nous dire, de ce ton fatidique qu'on lui connaît : « Les liens de la parole ont été jusqu'à présent une des limites de la liberté de l'homme, et l'émancipalion de la pensée par l'affranchissement des liens de la parole est une des prérogatives de l'âge présent de l'esprit humain [\) » ?
'I) Jiisliiiitiojifi >;nrial,'!i, p. 19o.
Celle thèse est loin d'èlre démonirée, ou plutôt elle est démontrée insoutenable. L'auteui' luimême, en la développant, fournit tous les faits et toutes les raisons qui la détruisent.
M. de Maistre avait raison de rire et d'ajourner M. Ballanche h quelques années pour rire avec lui de l'émancipation de la pensée.
Cependant avant le terme qu'il assignait plaisamment h la conversion du philosophe libéral, le comte de Maistre était mort, et M. Ballanche, toujours bercé de ses rêves d'initiations et de progrès, déclarait plus tard, dans ses Essais de Palingênésie, une véritable hostilité contre le grand écrivain. Il a peine à lui pardonner d'avoir percé d'un coup d'œil l'emmêlement d'opinions contraires qui se disputent le livre des Institutions sociales. Sous la sereine solennité des adieux qu'il envoie à l'illustre défunt, une secrète amertume s'exhale, et dans l'appréciation de la doctrine, les méprises obstinées de sa critique ressemblent l\ un
parti pris d'injustice. 31. Sainte-Beuve, citant le début de la dernière partie des prolégomènes, aime à se figurer le geste clément de Fénelon mis en présence du cercueil de Rossuet. Le geste clément de Ballanclie me paraît purement oratoire; ses paroles ont de la rancune.
« L'homme des doctrines anciennes, le Prophète du passé, vient de mourir... Paix à la cendre de ce grand homme de bien! Gloire immortelle à ce beau génie! Maintenant qu'il voit la vérité face à face, sans doute il reconnaît que ses rêves furent ceux d'une évocation brillante, mais stérile et sans puissance. // vouhU courber notre tète sous le joug d\in destin fini. . .
« Cependant cette organisation du moyen âge, toute vivante en Europe, traînait encore chez nous sa caducité. .. Les écrits de fillustre philosophe piémontais sont le chant du cygne d'une société expirante. Et, chose digne de remarque, le prophète du passé, rhomme des doctrines anciennes, est mort paisiblement aux côtés de son vieux souverain, la veille du jour oii forage devait subitement gronder autour des dynasties italiennes, la
veille du jour où elles se sont crues obligées de livrer leur pays à l'étranger, et il na eu aucun pressentiment de ce rapide orage qui allait forcer son roi à abdiquer une couronne replacée depuis si peu de temps sur sa tète par des événements imprévus, qu'il n'avait ni préparés ni secondés. Peut-être, dans ses derniers entretiens avec son niaitre, racontait-il le retour d'Esdras après la captivité, Tancien livre de la loi expliqué de nouveau sur les ruines du Temple. Qu'eùt-il dit, cet homme d\in autre âge, s'il eût vu, quelques jours après, la Grèce soulevant d'elle-înéme le poids de ses fers et cherchant à se rajeunir après tant de siècles do l'oppression la plus ignominieuse! Rome et Constanlinople battues à la fois par les flots d'une mer inconnue, les tîots d'une civilisation naissante, d'une civilisation à qui Tavenir est promis î . . . Le prophète du passé s" est endormi la veille du jour solennel, il s'est endormi au sein de ses souvenirs, qu'il prenait pour des prévisions (1). »
(1) Paluujeuéèie, p. 289 el buiv»
108 JOSEPH DE MAISTUE
Un monde de plirases, et disons-le, pas nn atome de raison I 11 y a toutefois un mot heureux, un mot trouve : Prophète du passé ! Ce mot a fait fortune. Voilà quarante ans que tous les échos de la libre pensée le redisent infatigablement I
Triste succès dont je plains M. Ballanche. Il a su condenser en un trait la haine de tout un parti, et la haine satisfaite n'a rien inventé depuis. L'injure, en effet, est comble comme Tinjustice. Les magnanimités déclamatoires de la prosopopée ne sont qu^une forme vide. Quel est ce « grand homme de bien » dont toute la vie ne fut qu'une erreur obstinée? Et quel est ce « beau génie » qui va prendre ses souvenirs pour des prévisions ? Le doux auteur iïAntigone dévoue Joseph de Maislrc au supplice de ces réprouvés dcî Tenfer de Dante, dont le visage tourné du côté de leurs épaules,
Chc lia le rcni cra lornalo'l volto ;!)
les condamne h ne voir en marchant que ce (|ui est derrière eux! De «luel autre crayon retracerait-il
(1) In fer., cliap. xx.
rignorance et la stupidité? Mais, dans son sarcasme, comme l'abeille dans la piqûre qu'elle a faite, Ballanclie a laissé son dard. Tout le reste, reproches, insinuations ou prédictions, est d'une malice trop émoussée ou d'une candeur qui fait sourire. Étrange bonhomie! Il nous donne le comte de Maislre pour une sorte de vieux Caleb de la monarchie restaurée, puérilement occupé aux figures de l'Ancien Testament, et mourant aux côtés de son maître dans une béate sécurité, n'ayant pas prévu la favorable journée d'hier, sans regard sur l'orageux lendemain. M. Ballanche rêve, et rêve dans un sommeil profond. Il rêve un Joseph de Maistre favori; il rêve un Joseph de Maistre exerçant une souveraine influence sur les conseils du cabinet sarde. Rien n'est ]>lus faux (1), et l'idée est singulière de demander compte à un homme d'État d'événements où il n'a eu aucune part, et dès lors où il n'a aucune responsabilité. L'accuser d'impré-
d) « Seul cl sans appui, je ne peux vaincre l'opposition sourde qui redoute mes opinions et qui est bien plus forte (jue le Roi. » Lettre à M. le comte de hlaccis. Turin, le 29 mai 1819. - lettres etopimules. t. f. p. 49o.
no JOSEPH DE MAISTRE
voyance et d'optimisme, c'est s'accuser soi-même de cécité et de surdité. Quels yeux ne sont aujourd'hui saisis des fatidiques éclairs qu'il a projetés sur le sombre avenir! et quelle oreille n'est encore émue de ces dernières paroles : « Le sol tremble et vous voulez bàlir ! — Je meurs avec l'Europe ! » Est-ce là mourir en racontant placidement le retour de la captivité ou en dénonçant le châtiment aux nouvelles infidélités de Jérusalem ?
Je doute qu'il eût salué comme une époque le soulèvement de la Grèce, et cette mer qui menace Constantinople et Rome n'eût pas été pour lui une mer ignorée ; il en savait la puissance et la fureur. Il eût reconnu dans ce flot montant, non pas une civilisation naissante ni le présage d'un destin prospère, mais l'invasion conjurée du panslavisme schismatique et de la révolution (i;
Si l'on en croit M. Ballanche, M. de Maistre, (.< ce noble théosophe, ce vertueux citoyen d'une cité envahie par la solitude, n'avait reçu d'oreilles que pour entendre la voix des siècles écoulés...
(1) On peut aujourd'hui ajouter à ce double fléau, le pangermanisme hérétique.
SES ENNEMIS iil
Dans ce superbe et naïf dédain de riiumanité, fjiii est le caractère du patricien primitif (car riiumanité est le résultat de révolution plébéienne), il continuait à ne connailre pour le monde d'autre salut que le salut par le sany... et, au xi\- siècle de la loi de grâce, inspiré encore par le génie redoutable du cliâ liment et de la peine, il a osé peindre le bourreau comme Thorreur et le lien de l'association humaine !... Ne soyons pas étonnés si le fléau de la guerre est une des terribles harmonies du monde social ; car il nous apprendra qu'il y a dans le sang humain répandu sur la terre une vertu secrète, une vertu d'expiation.,. Juste ciel! voudrait-il donc rétrograder jusqu'au jour des sacrifices sanglants î . . .
« M. de Maistre est resté complètement en arrière de la loi de clémence et de grâce!... Il a méconnules développements successifs... Il a oublié le baptême substitué h la circoncision... Il avait compris que Platon avait puisé la grande pensée d'un Médiateur dans les traditions générales du genre humain; Virgile lui avait fait sentir, chez les païens, l'attentt^ d'un siècle nouveau... 11
\H JOSEPH UE MAISTUE
n'avait qu'une pensée de plus à acquérir, qu'un senliment intime à écouler, pour savoir que le sang sacré, dont furent arrosés les soniniels du Golgolha, avait aboli la loi du salut par le sang, que la grande rançon du genre humain avait été acquittée (r. »
En vain M. Ballanche gémit, en vain il proteste contre V Inhumanité patricienne de M. de Maistre; le sang coule toujours, et depuis tant de siècles, ni la justice ne se lasse de frapper le crime, ni la guerre de prélever sa dime sur la Vie ! Ou ce sont la deux fléaux sans cause, et le néant est Dieu... — ou ces fléaux, avec leurs six mille ans de durée, obéissent à une loi ; loi du monde moral, émanée d'une raison supérieure qui reste parfaitement insensible au beau-dire éploré de la philanthropie. Que signifie donc ce juste Ciel! risiblement théâtral? Est-ce invoquer la foudre que d'en étudier les phénomènes et d'en rechercher la cause? Certes, voilà une sentimentalité bizarre! On se révolle contre la croyance qui attache une vertu
[\) Vniinfjènme, pp. :2D0ct aoo.
d'expiation a l'effusion du sang; et Ton embrasse cette idée désolante que, depuis soixante siècles, la terre s'imbibe de carnage fatalement ! On admet, à la vérité, le règne du châtiment et de la guerre pendant les âges antérieurs à Tavénement du salut, mais on aftirmc que la croix du Sauveur doit anéantir l'un et l'autre. H y a là une profonde méprise. Si le christianisme avait directement pour but de briser le double glaive de la Justice et de la Guerre, il faudrait s'étonner de sa lenteur; que dis-je? ce seraient dix-huit cents ans d'efforts et d'impuissance qu'il faudrait lui reprocher. Tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a dû faire — et cela par une secrète action sur le cœur toujours si rebelle de l'homme — c'a été de modérer les supplices et de tempérer de quelque humanité les farouches ivresses du combat. Mais il n'a pas obtenu, il ne s'est jamais flatté d'obtenir de la liberté humaine en ce monde, l'extinction du mal moral qui seule mettrait fin h l'expiation sanglante.
M. Ballanche annonce à M. de Maistre (qui s'en doutai* un peu) que la grande rançon du genre
Mi JOSICI»!! UE MAISTRE
humain a été acquittée sur le Golgotha, et il dit encore a que le sang sacré a aboli la loi du salut par le sang; que M. de Maislre, en continuant h ne connaître pour le monde d'autre salut que le salut par le sang, est resté complètement en arrière de la loi de clémence et de grâce...; qu'il a méconnu les développements successifs... » Ces accusations compromettent gravement la théologie de M. Ballanche.
La loi rigoureuse de l'expiation n'est pas abrogée, elle est accomplie. Car ce n'est pas en figure que le précieux sang est offert sur nos autels, cl qu'il s'offre en tous lieux et à jamais pour la rédemption du monde. La dette de l'homme, pécheur en Adam, est effacée par celui qui a tout payé sans rien devoir; mais elle n'est pas acquittée en ce sens qu'il ne nous reste plus rien à faire ou qu'il nous soit permis de présumer audacieusement de la miséricorde. M. Ballanche se représente la loi de grâce comme un décret de molle indulgence ou d'amnistie sans conditions. îl se trompe. La Grâce est meilleure que la clémence; elle est infiniment plus haule, et plus large, cl plus profonde.
il y a entre Tune et l'autre toute la distance du ciel à la terre. La grâce, c'est Jésus -Christ venant au secours de Thomme pour lui faire vouloir et accomplir le bien. C'est peu de pardonner, il guérit; c'est peu de renf}ettre le passé, il crée l'avenir. Il délivre le libre arbitre, sans toutefois lui retirer le fatal pouvoir de s'égarer et de se perdre. Il veut lui laisser la gloire de mériter, et le mérite n'est possible que par l'expiation et l'épreuve.
La miséricorde n'a pas anéanti la justice, elle n'a pas aboli la souffrance, elle laisse régner dans toute sa rigueur la mort temporelle jusqu'à la fin du temps. Si la doctrine de M. Ballanche était vé^ ri table, si la satisfaction de Jésus-Christ ne demandait plus rien de nous, et que notre salut fût opéré invinciblement, nous n'aurions plus h porter notre croix h la suite du Sauveur, rien à contribuer, selon l'expression de l'Apôtre, h. ce qui manque à sa passion. Dieu nous aurait sauvés sans nous, et il veut nous sauver avec nous. Il veut nous associer à l'œuvre divine de notre délivrance. Cette rédemption quand même, l'homme
dispensé de tout effort, justifierait ce blasphème de Luther : « Pèche, et pèche fortement! » pour mieux prouver ta confiance dans le sang divin ; — foi absurde et qui irait jusqu'à tirer de la rédemption des fruits d'iniquité.
Quand on dit que M. de Maistre est « resté en arrière de la loi de grâce, » il est clair qu'on cesse de raisonner ; on oublie les premiers éléments de la science chrétienne. On met dans la religion la sensibilité déclamatoire et les tendres abêtissements de la philanthropie. On méconnaît l'austère grandeur de la parole de Jésus-Christ, je dirai même la puissante maternité de cette parole qui veut par-dessus tout régénérer et enfanter les âmes; pour qui le corps, ou la vie corporelle, est un instrument qu'elle ne ménage que par rapport à cette fin sublime, et qu'elle délaisse (sûre de le rétablir un jour) aussitôt que l'instrument devient obstacle, ou que le but est atteint. La rhétorique déclamatoire a beau maudire les yeux qui ne savent pas se fermer à l'évidence, il faut bien heurter contre cette vérité, à savoir, que ce qui fait le plus de figure en cette vie, c'est la mort : mort
décernée par la justice humaine, pour le crime personnel; — parl'épée, pour les crimes sociaux, pour les crimes inconnus, pour les crimes qui échappent au tribunal de Thomme; — par la nature, pour le crime originel. Et la mort n'a point (le sens, ou elle est une expiation. Le supplice et la guerre ne sont que des formes plus particulièrement expiatrices de l'universelle sentence portée contre l'humanité déchue.
Pour se donner l'espérance de les voir disparaître, M. Ballanche les proclame des calamités et s^écrie : « Mais une calamité cesse enfin ! » Qu'il nous montre donc une seule misère humaine, misère pénale, qui ait cessé! Qu'un fléau accidentel s'éloigne, et s'éloigne à jamais, cela est possible ; mais des fléaux-lois, des lois vengeresses de l'ordre, ne peuvent passer, que l'ordre et la figure actuelle de ce monde ne passent. A ces rigueurs manifestes et constantes, on cherche de bien vaines atténuations. On se berce de l'hypothèse d'un développement successif qui, h l'expiation, aurait substitué l'épreuve. Rien déplus faux. Ces deux choses ne sauraient se séparer, elles
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sont solidaires. Tout mal de peine est expiation, car il est le tribut payé à la Justice; et il est épreuve, car il est occasion de mérite et prépare ainsi les voies à la Miséricorde. Quelle plus grande expiation que la guerre et quelle épreuve plus décisive? mystérieuse réparatrice de l'ordre troublé, elle est en même temps la rude nourrice des mâles vertus; elle peut être un agent de civilisation et creuser à la divine semence le sillon le plus profond.
L'épreuve sans l'expiation serait illusoire; Texpialion sans l'épreuve serait désespérante.
Quand un homme sur le déclin de l'âge relève d'une maladie grave, sa joie de convalescent s'attaclie à tout ce que lui suggère d'illusions cet inespéré renouvclîi'menl de vie, qui cependant n'est pas une garantie de longévité. Souvent même il prend pour d'heureux symptômes des signes manifestes de décadence.
Le monde moderne est atteint de la folie de cet homme, plus il vieillit et s'altère, plus il enfante de rêveries sur sa perfcciibiliié et son rajeunissement.
Possédé de la muse du Progrès, muse aux séniles chimères, M. Ballanclie confie h notre siècle, d'une crédulité maladive en ce point, l'initiation de l'humanité à une ère de béatitudes inconnues.
« L'humanité, s'écrie-t-il, marchant toujours de triomphe en triomphe, achèvera de désarmer les bourreaux, les geôliers, les gardiens des bagnes, et la gène, éternel opprobre de tous les codes criminels, sera forcée de s'enfuir...
« On en viendra tôt ou tard à l'abolition de toute peine qui entraîne après elle un effet irrévocable . . .
(' Jour de bénédiction, je te salue... Car le genre humain ne met plus des siècles à accomplir son œuvre. Les chaînes de Prométhée tombent de toutes parts.
L'antique Eurysthée cherche en vain le nouveau travail qu'il peut imposer à l'Hercule affranchi... »
Enfin « le soldat se trouvant dans un avenir prochain » appelé à « examiner lui-même, à discuter avec les siens la cause pour laquelle il prend
les armes, » ... « la guerre, qui est un combat d'êtres intelligents, finira par être un combat d'êtres moraux, où la justice triomphera, comme ce fut peut-être, à l'origine, dans les jugements de Dieu (1). »
Ainsi, selon la prophétie de M. Ballanche, l'homme, en voie de retour vers V individualité, cessera d'être un instrument passif aux mains du pouvoir militaire.
De moins en moins gouverné, de moins en moins serf de la justice et de Tautorité humaine, il sera progressivement affranchi de l'ordre social, de la vie, de l'action et de la prière même publique. Autant vaudrait supposer que l'homme, dès icibas, sera relevé de l'état de péché et d'ignorance ; que d'enfant ou de mineur, il arrivera à cette plénitude de l'âge parfait, où, n'iiyant plus besoin de tutelle pour être soutenu, maintenu et contenu, il verra commencer sur la terre l'œuvre de sa réintégration finale. Ni l'expérience de nos tristes jours, ni l'enseignement chrétien,
(1) PaUngénésie, pp. 283 à 3-24 el 3-25.
ne prêtent le moindre argument à ces aimables utopies. La fin des temps, telle que l'Église Tannonce, nous promet -elle cet âge d'or que les progressistes saint-simoniens placent dans un avenir dont le passé devrait avoir déjà quelques prémices (1) ?
Des promesses aussi magnifiques ne peuvent amener que des déceptions.
M. Ballanche prophétisait le bourreau désarmé et les peines rigoureuses abolies. Quarante ans et plus sont passés, et que voyons-nous aujourd'hui? des gouvernements bourreaux et des nations littéralement suppliciées! Que dirait Tapôtre de Témancipation paisible, de ces torrents de sang qui coulent en Italie, en Lithuanie, en Pologne? Que dirait-il de l'Europe qui regarde couler ce sang, et qui se fait à cela, comme à voir l'Irlande mourir de faim?... Mais laissons cette sau-
(l) En tous les cas, un commencement de restitution des choses dans l'ordre et la paix n'arriverait jamais par le développement nécessaire de la perfectibilité humaine, et l'époque n'en saurait être assignée comme prochaine à moins d'un miracle inadmissible dans le syslème humanitaire.
vage réfutai ion des pensées philanthropiqnes de M. Bailancho, Lui-même, dans les dernières années de sa vie, ne paraissait plus accorder la môme confiance aux songes heureux, et le regard qu'il jetait sur l'avenir n'était pas exempt de trouble.
« Il est certain, disait-il dans son discours de réception h l'Académie, qu'un nouveau monde s'ouvre h nos pressentiments pleins à la fois d'espérances qui peuvent faillir et de terreurs dont la Providence, j'aime h le croire, daignera nous épargner les trop grandes amertumes. »
Et M. de Barante lui répondait ainsi ;
« Maintenant... votre esprit semble ne plus rien voir de distinct dans l'avenir. Malgré votre perspicacité, malgré votre penchant à l'espérance, vous ne démêlez rien dans les jours où vivront nos enfants. . . « C'est une démolition qui s'achève, » diies-vous : «. le présent n'est pas encore gros de l'avenir. »
Ainsi prenait congé de l'espérance et de la vie le doux somnambule de la perfeclibilité. Sorlanl du irvc à mesure qu'il sortail du
temps, il redisait ii la société les mêmes adieux qu'avait adressés à l'Europe Hllustre PropJird' du passé (1) !
(!) M, Ballanche, malgré ses erreurs, doit être mis au nombre des penseurs et des écrivains les plus éminenls de ce siècle. C'était un esprit rare et un noble cœur. « Modèle accompli, a dit M. Charles Le Normand, de deux grandes vertus chrétiennes, la charité et la pureté, » il est mort en 1847 dans la foi et la paix de TEglise. Des extraits de sa Corresi^ondance avec Marie-André Ampère nous apprennent qu'en 1805. il avait sérieusement songé à em.brasser l'état ecclésiastique. fVoir le recueil des Lr///i'5 de J.-J..\mpére\
lOSFPH IlF. MAISTRE
ET LES NOUVEAUX CRlTlnUES