‹ Joseph II., Leopold II. und KaunitzChapitre 3 sur 15 · JOSEPH AN COBENZEL · texte numérisé non relu

JOSEPH AN COBENZEL

ce 23 décembre 1780.

J'ai reçu vos deux lettres; mon ame etoit bien trop atfecteé, et mon esprit si obéré de pensées, que j’ai tardé jusqu’à present de vous faire réponse; car je ne vous aurois rien dit qui vaille; j’espere que mon Courier Le Lieutenant Daniel porteur de la nouvelle du malheur qui vient de me

0 Bildet eine Beilage zum Briefe vom 23- Dezember 1780 an Kaunitz.

frapper sera arrivée heureusement à Petersbourg, il a pris son chemin par Berlin et un bruit vague le dit noyé; il seroit fâcheux qu’il le fut, et que ses dépêchés soient restées peut être sèches en Pomeranie, d’autant plus qu'il vous portoit des chiffres.

Ce que S. M. l’Imperatrice malheureusement l’unique à présent, et Leurs altesses Imperiales vous ont dit et témoigné

de la continuation de leur amitié pour moi, m'a été d'autant

plus satisfaisant, que quand on est vraiment affligé, comme j’ai tout lieu de l’être, tous les témoignages d'intérêt augmentent infiniment de prix, et je puis vous assurer, que ce n’est pas une phrase, que si quelqu’un a gagné à cet événement c’est l’Imperatrice de Russie, elle ne s’en souciera pas, mais je lui ai voué vraiment et sincèrement une grande partie de l’attachement infini et surtout de l’estime quej’avois pour mon auguste mere. J’avois toujours craint les suites et les conséquences d’un coeur trop pris, mais je vois qu'il n’est pas moins difficile d’en porter un vuide d’attachement, je vous laisse juger si dans ce moment je me trouve des occupations, et combien toutes mes démarches, tous mes propos sont observés et commentés. Si depuis longtems je ne m'etois fait des principes invariables de marcher mon droit chemin, et de laisser dire et imaginer tout ce qui bon semblera, je serois agité, incertain et troublé à chaque pas, et pendant que les Cabinets de l’Europe brassent des Idées sur mes projets, que tous mes employés se cassent la tête pour deviner mes Idées, et pour apprendre la vraie route pour parvenir aux leures, je vais tranquillement à faire aller le courant de mes affaires, et je veille surtout pour qu’aucune stagnation dans aucune partie jamais indifferente à un

Etat se trouve. Les changemens pour le mieux à ma façon de les voir, arriveront à leur teins; ce n’est pas dans le paroxisme qu’un médecin doit donner medécine; il faut pour obtenir les vrais elfets des facultés et des volontés des hommes, avoir préparé leurs têtes et trouvé leurs façons de penser, et je me souviens avec trop de plaisir et d'intérêt de tout ce que la grande Princesse à la quelle vous êtes accrédité m'a dit, pour oublier qu’elle m'a répété plusieurs fois, que pourvu que son gouvernement aille bien en avant, que son pays augmente et profite, qu’il lui étoit bien egal tout ce qu’on en disoit, qu’elle ne voyoit qu’à ces effets, à dieu, vos nouvelles me seront toujours interessantes et agréables, n'oubliés pas de me rappeller le plus souvent que vous pourrés au souvenir de l'Imperatrice et de L. L. A. A. I. I. elle ne trouveroit j’espere point de différence entre mes paroles et mes actions, et le Corregent n’en aura pas plus dit, que le regent fera portés vous bien.

IN CHTFFERN.

Wie wichtig anjetzo die Beobachtung alles desjenigen, was die Preussischen Bearbeitungen seyn werden, und der Eindruck und die Vermuthungen über meine Handlungen in inn- und äusserlichen und vorgehenden Veränderungen ist, wird Ihnen von selbst einleuchten; Ich erwarte also die Empfindungen zu vernehmen, die der Tod der Kaisserin, und meine angetrettene Regierung veranlasset haben; der Satz bleibt richtig, dass Russland mit uns und wir mit ihm alles , eines ohne dem anderen aber sehr beschwerlich etwas wesentliches und nutzbares ausrichten können, welche Warheit Sie nie genug gelten machen und

bis zur Ueberzeugung den am Brett sitzenden erneuern wollen.

KAUNITZ AN JOSEPH

La lettre, que Y. M. I. a bien voulu m'envoyer, ainsi que celles qu’ Elle poura trouver bon de me communiquer par la suite, serviront de régie à ma conduite et à mes propos dans la marche des affaires politiques, dans lesquelles il est, sans doute, très importants, qu'il ne se dise et ne se fasse rien de ma part, qui ne soit parfaitement analogue aux intentions de V. M. D'ailleurs Y. M. sait, que Mr. de Panin communique parfois des interceptes au Roi de Prusse, et comme moyennant cela je suis persuadé, qu’Elle ne mettra rien dans ses lettres, dont il pouroit abuser, pour faire croire en France , que ses vues sont reéllement, d'établir une triple alliance entre Elle, la Russie et l'Angleterre, je n'ai rien à ajouter que l'assurance respectueuse des voeux que je fais pour la gloire et la prospérité de son regne.

le 24 décembre 1780.

K AUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Mon prince, je vous enverrai, quand le cas se donera, tousjours le brouillion de ma lettre, et vous me ferés plaisir d'y corriger ou retrancher ce que vous pourriés trouver sujet à inconvénient. Adieu.

JOSEPH AN KAUNITZ

Mon prince, je vous envois ici la dépêche de Cobentzel et les lettres de S. M. F Impératrice de Russie et de Leurs Altesses, que je viens de recevoir. Leur contenu me paroit fort satisfaisant, et l’attention d'envoyer le prince Wolkonsky est très galante et cella meme avant d'avoire reçu ma lettre de notification par notre Courier. Je compte par conséquent dés qu’il demandera audience la lui doner, quoique je ne reçoive encore personne que les ministres, et je crois qu'il sera séant que dans une couple de jours nous y renvoyons un Courier pour porter ma réponse. Adieu.

ce 28 décembre 1780.

JOSEPH AN KAUNITZ

Mon prince, en vous renvoyant ces depeches, que j'ai lues avec attention, je vous prie en meme temps de me renvoyer mes lettres de l’Impératrice et de Leurs Altesses, pour pouvoir comencer à imaginer les réponses; de meme je vous prie de penser, si il sera convenable d’envoyer quelques points d'instruction a Cobentzell au sujet de la garantie réciproque et cornent vous croiriés que la chose pouroit etre comencé et arrangé pour le mieux. Je viendrai plus tard vers 1 heure vous en parler. Adieu.

ce 29 décembre 1780.

KAUNITZ AN JOSEPH

La réponse, qu'il est necessaire de remettre au chevalier Keith, doit

1°- pouvoir être communiquée tant en Russie qu’en France et en Espagne;

20, témoigner au Roi de la Grande-Bretagne la sensibilité et la satisfaction de Votre Majesté sur son bon procédé, sans donner lieu neanmoins à faire soupçonner qu'il a été provoqué ou qu'il est la suite d'une trop grande intimité.

30, Elle peut et doit être flatteuse et obligeante pour l’Impératrice de Russie, mais avec dignité cependant, attendu que lorsqu’on veut conserver un ami, j'ai toujours vu, qu’il est ordinairement tout aussi important de ne pas le gâter, qu’il est de le ménager.

4°* pour le décorum de V. M. ainisi que par un juste égard pour les deux autres puissances belligérentes et pour

la cour comédiatrice, il étoit necessaire d’attacher T acquiescement de V. M. à Sa co-médiation à la condition, qu’elle sera desirée par les trois autres cours ainsi que la desire l’Angleterre.

5°- Il m’a paru utile de faire sentir que l’on pourroit ne point regarder la continuation de la guerre comme indifférente, et enfin

6°* j’ai taché de faire comprendre à la Grande-Bretagne et par ricochet aux deux autres puissances belligérentes d’une façon qui sera agréable à la France sans pouvoir déplaire à la cour de Londres, que, si on veut sérieusement la paix, ce n'est pas par des propositions aussi inadmissibles que l'est celle que l'Angleterre établit pour préalable dans sa réponse, que l'on peut se flatter d'y parvenir.

Votre Majesté Impériale jugera, si j'ai rempli tous ces objets dans la minute très humblement ci-jointe. Les dépêches pour l’Angleterre, la Russie, la France et l’Espagne sont faites en conséquence; et dez que Ses ordres me seront parvenus, j'aurai soin de remettre la réponse projettée au chevalier Keith et de faire partir les courriers respectifs pour Petersbourg, Paris et Madrid.

Avec la plus profonde soumission

Vienne le 9 janvier 1781.

(Signé :) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je ne puis que vous rémercier, mon prince; la réponse à donner à Keith est supérieurement bien faite, elle remplit tous les objets possibles. Je vais écrire en Russie et en

France, je vous enverrai ce soire les minutes et, si vous les trouvés bonnes, je les copierai demain matin et les courriers pourronts partir demain vers midi. Adieu.

Je garde les réponses verbales pour me regier dans mes lettres.

JOSEPH AN KAUNITZ

ce 9 Janvier 1781.

Mon chere Prince, voici ma lettre à FImperatrice je vous prie d'y ajouter ou retrancher ce que vous voudrés, mais il faut savoire qu'on a faire avec une femme, qui ne se soucie que d'Elle, et pas plus de la Russie que moi, ainsi il faut la chatouiller, sa vanité est son ideale, un bonheur enragé et F hommage outré et à l'envie de toute l’Europe l’onts gâtés, il faut desja huerler avec les loups, pourvu que le bien se fasse, il importe peux de la forme sous laquelle on l’obtient.

Ma lettre en france ne sera qu'une d’amitié à la reine. Adieu, m. p.

Si vous me renvoyés cette minute je la copierai tout de suite et vous enverrai la lettre pour en charger le Courier.

JOSEPH AN KAUNITZ, ce 19 Janvier 1781.

Mon chere Prince, en vous renvoyant ces lettres, il me paroit pour tout qu’il vaudroit la peine de penser un peux

aux moyens possibles à faire savoire à la Ville d’Anvers la liberté du Comerce sur la Meuse ne pouroit on pas s’entendre avec les français leur faire valoir avantage qu’ils auroient et dans la guerre presente et dans celles à venir d’y avoire un porte neutre et ami; enfin je crois que ce grand objet et cette belle occasion ne doivent point être négligés et je vous prie mon cher prince d’aviser à ce qu’il y auroit moyen de faire, il faut quelquefois risquer quelque chose pour réussir. Adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne le 20 Janvier 1781.

Ce qui peut être osé en Politique doit à ce qu’il me semble:

1 mo* pouvoir être justifié

2d0, se trouver dans le Cas d’un succès, si non infallible, au moins vraisemblable, et enfin

3ti0* de nature à ne point présenter plus de dangers et d’inconvéniens que d'avantages.

L'Idée de Milord Mansfield, qui est conforme à ce que Milord Stormont a écrit il y a quelque tems au Chev. Keith ne se trouve dans aucun des trois cas susdits.

ler> Son éxécution ne pourroit se justifier, parce qu’elle seroit une Contravention manifeste à l’Article XIV du Traité de Munster de l'Année 1648 confirmée dans tous les Traités postérieurs relatifs aux Pays Bas Autrichiens.

2d0, Le Succès de la tentative seroit non seulement incertain, mais même invraisemblable; parceque les Etats

Généraux autorisés à réclamer sur la Contravention du Traité, qui fait la base du Commerce des Villes d'Amsterdam et de Rotterdam seroieut indubitablement soutenus par la Fiance, Laquelle dans aucun tems, mais à présent, surtout, ne pourroit abandonner la republique dans une Cause juste par elle même, et du plus grand intérêt de la ville d'Amsterdam, qui lui est particuliérement dévouée, et enfin par le Roi de Prusse qui ne peut que s'opposer à tout ce qui peut nous être de quelque avantage.

3ti0- Dans la Supposition la plus favorable et tout à fait invraisemblable du succès de la voye de fait, il n'en resulteroit, que le très mince avantage d'enrichir peut-être quelques particuliers d'Anvers par un cabotage un peu plus étendu, tandis que l'entreprise de vouloir rouvrir l'Escaut nous attireroit indubitablement une guerre générale, dans laquelle par la dissolution de notre Alliance avec la France, qui ne pourroit manquer de s'ensuivre, et dont le Roi de Prusse ne manqueroit sûrement pas de profiter, vu la nécessité, ou nous serions de nous affoiblir vis-à-vis de Lui , pour nous deffendre aux Pays-Bas, et peut-être en même tems sur le Rhin et en Italie, nous nous trouverions avoir exposé la Monarchie au plus grand danger possible, pour nous être laissé séduire par un appas très peu signifiant, et qu'en effet on ne peut se permettre d’envisager que comme un pur effet d'un dépit momentané de l'Angleterre contre les Etats Généraux, ou peut-être même comme un moyen imaginé par la Cour de Londres, pour nous mettre dans la nécessité de devoir rentrer dans notre ancien esclavage visà-vis d' Elle , en nous laissant aller à une démarche, qui ne sauroit manquer de rompre notre système actuel d’Alli-

Beer, Joseph II. uni! Kaunitz. 3

ance, qui seul nous met dans le cas d’étre actuellement et tant qu’il durera en état de pouvoir tenir tête au Roi de Prusse et même à la Porte si l’un ou l’autre s’avisoit de vouloir nous attaquer, chose, dans tout autre cas que dans l’état actuel des choses, absolument impossible.

Ce sont ces considérations indépendamment beaucoup d'autres, qui n’ échapperont pas à la pénétration de Votre Majesté, (pii m’ont empéché de faire ou de Lui proposer chose quelconque rélativement aux propos de Milord Stormont et de Milord Mansfield, dont sans cela je n’eusse pas manqué de profiter, conformément à mon zèle pour son service, lequel pendant tout le Cours de mon Ministère non seulement n’a jamais manqué aucune occasion favorable, mais m’a même dans tous les teins rendu soigneux d’en faire naître un grand nombre, dans lesquelles, plus ou moins, je n’ai échoué dans aucune, parceque je ne me suis jamais permis d’oser que conformément aux trois considérations dont j’ai fait mention à la tête de ce petit nombre de réflexions, que je soumets néanmoins avec le plus profond respect au jugement supérieur de Votre Majesté et à ce qu’ Elle trouvera bon de m’ordonner sur cet objet.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

Les informations c'y contenues me servent de notice.

JOSEPH AN KAUNITZ

ce 1 février 1781.

Mon chere Prince, je vous envois ici la lettre que la Reine vient de m’écrire, elle contient des dispositions et une

façon de penser qui promest d'etre satisfaisante, peut-être que le Ccuiier de Bretueil en dira d'avantage, en me renvoyant cette lettre je vous prie de me marcquer si vous croyes attendre avec le départ du Courier du Mois ou le faire partir dans peux; adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le 6 février 1781.

Je crois que nous pouvons très-bien nous dispenser d'envoyer quant à présent un Courier en Russie avec la réponse préalable que vient de nous donner la France, attendu que quoiqu'il y soit dit sur la fin: „que le rétablissement de la paix acquereroit un nouveau prix aux yeux de S. M. T. 0., s'il pouvoit être le fruit des soins combinés de l’Empereur et de l’Impératrice de Russie,“ on y ajoute néanmoins à cette expression des sentimens du Roi T. C., qui contient au fond une acceptation éventuelle de la médiation: „que S. M. T. C. n’ étant cependant point’ seule impliquée dans la guerre, Elle ne peut s'expliquer que des concert avec Ses alliés“, dénomination, dans laquelle on entend sans doute, non seulement le Roi d'Espagne et le congrès américain, mais peutêtre aussi les Etats généraux des Provinces Unies. Comme ce ne sera qu’ après le retour du Courier que de Versailles on a dépêché à Madrid le 22, que la France sera en état de pouvoir répondre definitivement, que ce Courier pourra se retrouver à Versailles le 6, ainsi que celui qui nous rapportera la réponse directe de l'Espagne, que tous les

deüx pourrcnt être ici vers la moitié du mois, et que celui

que tous attendons de Pétersbourg pourra arriver à peu près dans le même teins, je pense, sauf le meilleur avis de V. M., qu'il vaudra mieux différer jusques là une expédition à Pétersbourg, et qu'il est d'autant moins pressé de communiquer cette réponse préalable, qu'elle contient quoiqu’en termes très-honnêtes, une espèce de reproche de ce que la Russie s’ étoit énoncée plus explicitement à Londres, qu’elle ne l’avoit fait par son chargé d’affaires à Versailles, et que cela pourroit déplaire à l'Impératrice de Russie, quoique réellement le propos de cet homme, rapporté dans la réponse, ne fut en effet qu'une phrase de rhétorique si peu significative, que la France pour ne nous l’avoir point redite, ne peut point être accusée de réticence, pour ne nous avoir point communiqué d'abord un discours vague, qu’elle a été en droit de ne regarder que comme un propos d’autant plus qu'il est clair à présent, qu’elle ne savoit lien de rien alors de l'insinuation faite en Angleterre, et que ce n’est que par nous qu’elle en a été informée.

Elle me paroit excusable en même tems de n’avoir rien dit du Roi de Prusse qu’elle doit ménager par rapport à tous les bons services qu’il lui a rendus jusqu'ici, et tous les mauvais qu'il pourroit lui rendre, si elle le choquoit. La communication de l’insinuation faite à Londres et notre réponse à la cour Britanique n’en fournissoit pas même T occasion , et il me paroit par conséquent tout simple, qu’elle n'en ait point parlé dans la supposition où je suis, que, si l’Impératrice de Russie ne propose pas la comédiation du Roi de Prusse, la France certainement ne la proposera pas, assureé comme elle l’est que cela nous deplaisoit.

Je crois devoir communiquer très humblement à V. M. ce petit nombre des reflexions, et j’ai l’honneur de 1‘ informer en même tems, que le Courier que le chevalier Keith a dépêché à Londres avec la réponse de V. M. en est déjà revenu, et que ce ministre a été chargé de me prier de porter à Sa connoissance les assurances les plus fortes non seulement de la vive sensibilité du Roi de la Grande Bretagne sur les termes dans lesquels elle est conçue, mais en même tems aussi de sa plus parfaite conformité à tous les sentimens qui y sont énoncés. Le chevalier Keith a ajouté au sujet de Vienne à choisir pour lieu du congrès avec un compliment rélatif à moi parfaitement pareil à celui du comte de Vergennes, que le Roi de la Grande-Bretagne n’hésiteroit pas un moment à en adopter l'idée de préférence à toute autre, s'il ne crovoit pas devoir auparavant à 1‘ Impératrice de Russie l'attention de la pressentir sur cet objet, et que sa cour à cet effet avoit déjà dépêché un Courier à Petersbourg.

On travaille actuellement à une expédition pour le Courier mensuel, et il pourra partir après demain, si V. M. l'ordonne.

J'ai l'honneur d'être avec la plus profonde soumission. . .

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 27 Février 1781.

Jusqu'à présent le succès de la négociation d'un nouveau Traité défensif avec l'Empire de Russie à été si incertain, et il l'est même si fort encore, attendu les deux diffi-

cultés de l'Alternative et de l'Article secret tel qu'il est proposé, qu'en supposant une insistance invincible sur ces deux objets, ou même l’un des deux seulement, il deviendroit impossible.

Je n’ai pas été dans le cas moyennant cela de pouvoir proposer jusqu’ici à Votre Majesté de trouver bon que j'en parlasse en façon quelconque. Mais comme la nouvelle expédition pour Petersbourg, dont je suis actuellement occupé, nous mettra peut-être dant le cas de pouvoir regarder l'événement de la négociation comme moins douteux, je crois que l'on pourra alors, supposé qu'il plaise à Votre Majesté de l’approuver, charger alors tout de suite le Cte> de Mercy de participer, pour autant qu’il conviendra de le faire ce qui est sur le tapis. Quelsques soient néanmoins les ordres qu'il plaira à Votre Majesté de me donner à ce sujet, je ne manquerai pas de m'y conformer avec la plus profonde soumission.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

En vous envoyant l'intercepte qui en traité j’ai seulement voulu vous demander mon Prince ce que vous en pensiés et je suis parfaitement d'accord que vous diferiés jusque à cette Epocque toute communication; adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le Comte de Panin peut être violemment soupçonné d’avoir voulu faire manquer toute la négociation, soit par la proposition malitieuse de l'Alternative insoutenable, par

laquelle il a compté prendre l'Impératrice par son foible, soit par la tournure également malitieuse qu‘ inadmissible, qu’il a donné à l'Article séparé et secret, qui regarde la Porte- Ottomane, mais pour peu que l’Impératrice soit équitable et raisonnable, j'espère que cette fois au moins il en aura été pour ses peines. Je desire avoir rencontré les intentions de Votre Majesté dans mon travail. Je crois que du nombre des arguments, que Cobenzl est chargé de faire parvenir à la connoissance de l’Impératrice, Votre Majesté Impériale pourroit exposer directement à cette Princesse, dans sa lettre particulière ceux qu'Elle jugera être les plus propres à faire impression sur son coeur et son esprit, et qu'il faudroit tacher entre antres de Lui faire comprendre à quel point il est désirable que le Roi de Prusse ne parvienne pas à avoir connoissance de l'Article séparé et secret; par la raison que s'il parvenoit à le savoir il ne manquèrent pas certainement d'en informer tont de suite directement ou indirectement tout au moins la Porte et la Cour de Versailles et peut-être même de sonner le Tocsin dans toutes les autres Cours, qu’il croira pouvoir ameuter et engager à prendre d'avance des contremesures propres à faire échouer, en tems et lieu tout le succès vraisemblable des arrangements, qui se trouveront avoir été pris par le dit Article; mais même à mettre les deux Cours contractantes d'avance dans des très grands embarras, par les demandes de partager au gateau, qu'il pourra engager plusieurs Cours de l'Europe à Leur faire.

Je soumets néanmoins ces réflexions ainsi que le résultat de mes méditations au degré d'attention, dont Votre

Majesté Impériale pourra les juger dignes.

D’ailleurs le Prince de Galitzin vient d'avoir un Courier de sa Cour: Il m’a envoyé la lettre de Cobenzl très-humblement ci-jointe, et tout ce que j’ai pu en apprendre jusqu’à present, c’est qu’il lui a apporté les Pleinpouvoirs de l’ Impératrice pour la médiation et que moyennant cela, Vienne est par Elle accepté pour lieu du congrès. Il s'est déjà recommandé à moi pour être guidé dans l'exercice de son emploi de Plénipotentiaire. Je l'ai assuré qu'il pouvoit compter que je répondrois à sa confiance sans certainement en abuser. Il m'a paru être parfaitement rassuré’ et tranquillisé par cette assurance de ma part, il doit me communiquer aujourd'huy les Ordres qui Lui sont parvenus, et j'aurai l’ honneur d'en informer Votre Majesté Impériale dez qu'ils seront à ma connoissance.

Avec la plus profond soumission

Le 2 Mars 1781.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous suis infinement obligé mon Prince de l'important ouvrage que vous venes de faire, il n'est pas possible que P Impératrice y trouve un mot a redire si sincere sont ses intentions, je vous prie de me faire copier l'instruction et le nouveau tant comme l'article secret proposé par les Russes afin que je me regle dans ma lettre en conséquence, sauf votre avis je croirois que le Courier pouroit attendre deux ou trois jours, que l'autre que Cobentzl dit expédié sera arrivé et alors l'Expédition en pourra être d'autant plus complette. Adieu mon cher prince.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

D'après ce que Votre Majesté Impériale a la bonté de me marquer par son Apostille à mon dernier billet d' aujourd'huy, j'ai lieu de supposer qu* Elle n'a eû par le Courier qui est arrivé dans cette matinée, ni une lettre autographe de l'Impératrice, ni une lettre particulière de Cobenzl. Je m’empresse par conséquent de Lui envoyer la dépêche, dans laquelle Elle verra qu'il n'a pas été dans le cas de pouvoir conclure, dont au fond je suis bien aise, parceque j'aurois envisagé comme chose très fâcheuse, s’il avoit admis l'article secret, proposé par la Russie, ou s'il avoit consenti à son entière supression, attendu que tout le traité sans aucune stipulation sur l'objet du dit Article n’eut été à peu près qu'un morceau de papier de plus dans les Archives; mais le grand mal est en ce que toute la conclusion est arrêtée par l'insistance opiniâtre de l'Impératrice sur alternative; sur laquelle il ne me paroit pas possible que Votre Majesté Impériale puisse se prêter sans les plus grands inconvénients. Je n’y vois pas de remède cependant si ce que Votre Majesté pourroit Lui écrire sur cet objet ne produit pas le miracle de la faire revenir de son obstination. Je pense qu Elle pourroit peut-être Lui dire des choses capables de produire cet effet désirable.

Si je pourrois avoir l'honneur de voir Votre Majesté demain dans la matinée, je pourrois avoir celui de Lui communiquer mes idées à cet égard.

J'enverrai demain un Courier en France pour informer le Comte de Mercy de ce qui se traite en Russie, quoique malheureusement non seulement il n'est rien de fait encore,

mais qu'il n'est même pas impossible que les plus belles espérances n'aillent à Vau-l’eau.

Je suis avec la plus profonde soumission

Vienne le 3 Mars 1781.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous envoys mon Prince cette depeche imaginant que vous pourrés en avoir besoin pour les Expéditions a former, je pense et repense a un mezzo termine et je n'en trouve pas de bon, je vois aujourdhui les ambassadeurs, avant et après l’Eglise, en suite je passerai chez vous, l’Impera-

trice ne m'a point écrit par ce Courier, adieu.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

Le Prince Gallitzin m'a remis les papiers très humblement cy joints, et il semble, qu'avant de repondre à la réponse de l'Imperatrice, il conviendra d’attendre non seulement le premier mais peut etre meme le second Courier, qu'aura à envoyer Cobenzl, sur l’objet de la médiation.

Mais il n'en est pas de même, ce me semble, de la négociation au sujet du Traité, qui est une chose indépendante de la médiation, sur laquelle Cobenzl ne peut rien nous mander d'essentiellement different du contreprojet Russe que nous avons déjà, et qu'il importe beaucoup, à

ï,:) Ursprünglich mit Bleistift von Kaunitzens Hand.

mon avis, de porter à sa conclusion, s’il se peut, au plutôt, pour obvier, à toutes les entraves possibles du Roi de Prusse et à touts les dangers du chapitre des accidens , que peut amener le laps du tems.

Je soumets donc aux reflexions de Y. M. s’il ne seroit pas bon de depécher le Courier dont l’expedition est prête, le plutôt que possible.

le 3. Mars 1781.

APOSTILLE DES KAISERS.

En vous renvoyant mon chere prince ces papiers je vais travailler a ma lettre pour l'Imperatrice eventuellement, ne sachant point si le Courier arrivé depuis une couple d'heures n’a rien aporté de nouveau, ou qui exige de nouvelles mesures; je vous ferai voire ma lettre et vous prierai de la corriger; adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le Prince Galitzin a eû hier un second Courier de sa Cour, uniquement relatif à l’objet de la négociation du traité, qui est encore sur les tapis, et surtout à l’objet de la difficulté, sur laquelle roule le projet de la lettre, que Votre Majesté a eû la bonté de m'envoyer. Il m'a confié, que, si après qu'il auroit fait tous les efforts imaginables pour engager Votre Majesté par mon moyen, à renoncer à sa prérogative en faveur de l’Imper®6, il lui arrivoit de ne pas réussir, il étoit autorisé à proposer enfin, mais comme de lui meme seulement, et non au nom de l’Imp.06 en der-

nier ressort, un tempérament, qui à Petersbourg leur paroissoit admissible.

Que si je le croyois tel, il devoit alors remettre à Votre Majesté, ou Lui faire remettre par mon canal, une lettre autographe de rimpce , dont il m’a même confié la copie cijointe, avec les instances les plus fortes cependant de ne pas le compromettre. Mais qu'en échange, si je ne trouvois pas cette nouvelle idée praticable, il ne devoit point remettre du tout la dite lettre, et il m’a même assuré qu en ce cas, il n’avoit rien de plus, ni rien d'autre à proposer. Assertion que je ne garantis pas cependant.

Ni sur le champ, ni du depuis, l’idée ne m’a point para plus praticable, que toutes celles, que nous avions imaginées jusqu'ici. Le pauvre homme, parceque c’est en effet un pauvre mais bon homme, se trouve être de tout ce fatras de papiers qu’on lui a envoyé, ainsi que de cette commission, dans une inquiétude d'esprit qui surpasse toute imagination. Il m’a fait les plus vives instances, pour que nous nous prêtions à différer de deux ou trois jours au moins le départ de notre Courier. Rien ne presse par conséquent pour la lettre de Votre Majesté, à la quelle il faudra sans doute faire des changements conséquents au parti que l'on prendra.

Votre Majesté Impériale voudra donc bien me laisser le tems d'y penser, pour ne pas m'exposer à faire une etourderie. J’aurai l’honneur de Lui dire mon avis, dez que je croirai le pouvoir raisonnablement, et je suis en attendant avec la plus profonde soumission

Vienne le 5 Mars 1781.

K AUNITZ-RI ETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

C' est embaras sur embaras et je désiré que la chose puisse s'ananger d'une ou de l'autre façon, cette démarché prouve que 1‘ Impératrice est empressé elle même a conclure, je viendrai demain en causer un peux avec vous mon chere prince.

KAUNITZ AN JOSEPH

V. M. I. jugera si la reflexion dans la tournure cy jointe seroit propre a faire impression, sur l’esprit de Catherine 2de et en ce cas s'il pouroit etre utile quelle lui donnât place dans sa lettre.

„V. M. I. est trop éclairée pour ne pas sentir, que, de ce qu'Elle desireroit, il suivroit sans doute, que toutes les Puissances de l'Europe, qui ont accordé jusqu’ici à l’Empereur la prérogative dont il s’agit, et que jamais jusqu'ici ne lui a refusé l’Empire de Russie, ne la Lui accorderoient plus à l’avenir. Si V. M. I. étoit à ma place, croiroit Elle pouvoir se prêter à ce desagrément et à cette espèce de dégradation? J’en appelle à la Princesse du monde la plus équitable. Mon amie pourroit Elle ne pas se mettre à ma place dans une Circonstance où il n’y a rien à perdre pour Elle et tout pour moi?“

KAUNITZ-RIETBERG

le 5 Mars 178 J.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je trouve la reflexion excellente mais en sortant de chez vous je me suis mis a copier la lettre et la recomencer est un peu désagréable adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le Chevalier Keith par un Courier, qui lui est parvenu hier de sa Cour, et qu'il aura peut-être déjà redépéché à Petersbourg, a eu ordre de me communiquer, jointe à une communication verbale de la Cour de St. Petersbourg à celle de Londres, la réponse de celle-ci; et comme il n'a point fait difficulté de me laisser les copies de Tune et de l’autre de ces deux pièces, toutes deux très remarquable, pour me mettre en état de pouvoir les mettre sous les yeux de Votre Majesté, j’ai l’honneur de les Lui faire parvenir très humblement ci-jointes, avec la plus profonde soumission.

Vienne le 10 Mars 1781.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

en vous renvoyant ces papiers mon chere Prince je ne pus disconvenir que je trouve la déclaration de l'Imperatrice de Russie fort singulière.

JOSEPH AN KAUNITZ

Mon chere Prince, ma juste confiance en vous ne peut vous etre inconue; en voici une nouvelle preuve, je vous prie de me dire sincèrement votre avis dans une chose, où ma volonté se trouve en suspens. Voici ce que c’est.

Vous savés , que depuis long temps, j’avois guetté l’Epoque de l’intervalle que la mort du Prince Charls et l’arrivée des nouveaux gouverneurs laisseroit pour me rendre aux pays bas, tout étoit meme décidé pour entreprendre ce

voyage lorsque le malheureux evenement survenu m'en a empeché jusqu’à ce moment.

Cette occasion ne reviendra plus si je ne la saisis apresent, d’un autre coté je suis douteux si je puis dans ces circonstances faire une absence d’ apeupres deux mois et si l’envoy de frequens Couriers pourroient supleer en partie, la circonstance politique se joint à cella; enfin voici le projest, si jusqu'à la mié Avril, que nous avons Pacques, je pouvois partir, je crois que pour le traité et pour la médiation nous aurions des nouvelles décisives, et j’aurois eu le temps d'y faire réponse, dans les affaires internes en n'alterant point la forme qui existe ni les individus je crois, que je pourrois leur Tallier, assés de besogne préparatoire pour que je n’eus pas grande chose a faire en route et que neamoins tout iroit son train en meme temps, j'eviterois tous les départs de mes soeures en m’ éloignant le premier dans ce voyage, je pouroit remplir l’objest, de voire les pays bas, de faire une visite de peux de jours à la Reine et peut etre en revenant, le prince de Würtemberg, avec sa fille si jusque la je lui avois desja fait conaitre mes intentions. Je n’ai parlé à personne au monde de cette idée quoique l'on la débité en ville, et votre avis mon chere Prince me décidera entièrement, si vous croyés que sans inconvénient je puis l'entreprendre je le ferai, si au contraire vous croyés que ma presence est necessaire ici je n’en bougerai point, avec la meme résignation; adieu pardonés que je vous incomode avec mes questions, mais elles sonts la suite de l’estime parfaite que je vous ai voué tout comme la plus sincere amitié.

ce 12 mars 1781.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 24 mars 1781.

Par les expressions du Billet autographe, dont Votre Majesté Impériale a eu la Bonte d'accompagner la boëte qu'elle a daigné m'envoyer, et qui contient le précieux recueil des Portraits de toute la famille Impériale Elle vient de recompenser, de la façon du monde qui pouvoit être la plus agréable à mon coeur, les services que je puis avoir eu le bonheur de rendre à son auguste maison depuis quarante ans.

Il ne me restoit à desirer que de les voir honorés des sentiments que Votre Majesté veut bien leur accorder, et il ne manque plus rien moyennant cela, à mon entière satisfaction, qui en est d'autant plus vive, que des traits de ce genre ne peuvent manquer de transmettre le nom de Votre Majesté à la Postérité, dans le sens de ceux de Trajan, de Marc Aurele, et de Henry quatre, dont jusqu'à nos jours on bénit la mémoire, et prononce encore les noms avec autant de vénération que d'attendrissement.

Je ne puis en témoigner ma reconnoissance à Votre Majesté Impériale qu'en continuant et en redoublant même, s'il est possible de zèle pour son service et d'attachement pour sa Personne. J'y prends bien plus d'intérêt qu'à moi même, et comme je crois qu'il ne se trouvera peut-être jamais une occasion plus propre à donner de Votre Majesté Impériale l'opinion, que je desire que toute la terre puisse prendre cl' Elle, que ne l’est le contenu de son gracieux Billet; je ne saurois Lui cacher que je desirerois fort, qu'Elle trouvât bon qu'il ne restât pas ignoré. Je ne ferai cepen-

dant lien à cet égard avant d'en avoir obtenu sa permission, si ce n’est de faire un Fidei commis dans ma famille da la boëte, ainsi que de ce respectable Billet.

Je supplie Votre Majesté Impériale de vouloir bien accueillir en attendant avec bonté 1‘ assurance respectueuse de ma vive reconnoissance et de mon attachement sans bornes pour sa Personne, qui ne finira qu’avec moi.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

Je suis charmé mon chere prince que cette bagatelle vous ait fait plaisir, les quatre mots que j’y ai ajoutes sonts les sentimens de mon coeur dont je ne fais point mistere, vous en pourres faire ce que bon vous semblera.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 25 mars 1781.

A la suite d une assés longue conversation que j’ai eù hier au soir avec Mr. Le Nonce, qui est à peu près une répétition littérale de la dernière absurde représentation de Mr. le Cardinal, à la quelle j’ai répondu, à ce que je crois ni plus ni moins qu'il ne m’a paru convenir, il vient de m’envoyer la note très humblement ci-jointe. Il dépendra des ordres de Votre Majesté de se laisser ennuyer de ses mielleuses représentations, ou si Elle veut que je me borne à lui dire en réponse que j’ai eu l’honneur de Lui remettre sa petite note, et qu’Elle ne m’a chargé d’aucune

Beer, Joseph U. und Kaunitz. 4

réponse, je ferai ce qu’il plaira à Votre Majesté de me commander avec la plus profonde soumission.

Je viens de recevoir la lettre pareillement ci-joindre de ce bon diable, de Mechel que je crois devoir prendre la liberté d’envoyer à V. M. telle qu'Elle est, afin qu’Elle soit informée de ce qu’il fait.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

Je suis tout prest a recevoir lè Nonce si vous le croyés convenable, si non, je m’en dispenserai tout aussi volontiers.

Je vous renvoys mon cliere prince en meme temps la lettre de Mechel je suis charmé que son ouvrage avance a Presbourg. adieu.

JOSEPH

Vienne, le 4 avril 1781.

KAUNITZ AN JOSEPH

Votre Majesté Impériale aura observé sans doute dans les lettres autographes, que j'ai l’honneur de Lui renvoyer très humblement ci-jointes, qu'il n’y a de remarquable, que le passage de la lettre de l’ Impératrice du 5. dans lequel il est dit: „et ce me seroit un vrai chagrin, s’il arrivoit que les formes devinssent nuisibles a la réalité“ et qui fait bien parfaitement la condamnation de celle, qui, sans aucun droit ainsi contre toute raison et justice s’obstine à vouloir sacrifier la réalité à ce qu’Elle appelle des formes, et qui prouve par là qu'Elle y attache une assés médiocre valeur. Mais cela se verra mieux à l'arrivée du Courier,

qui pourra nous venir de ce pays-là, à ce que je pense le 10 ou le 12 du courant. Je crois, que, comme l'arrivée de ce courier est si prochaine, il conviendra de ne faire jusques là aucune démarche relative à la médiation vis à vis des Puissances belligérantes, quoique, à la rigueur, on y seroit autorisé par le contenu de la dernière dépêche du Cte Cobenzl. J1 dépendrai cependant des ordres de Votre Majesté à cet égard, et en attendant je préparerai toujours à bon compte de matériaux propres à être mis en oeuvre, conséquemment à ce qui pourra me parvenir par le dit courier.

J’ai l'honneur de joindre aussi ici la communication que m'a faite le P06- Galitzin.

Avec la plus profonde soumission

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

Vous avés parfaitement raison et je viendrai demain matin en causer avec vous mon chere Prince adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le H May 1781.

L’Impératrice de Russie, par une suite des raisons, qui ne lui ont point permis de laisser ignorer au Roi de Prusse, son allié, qu’il se négocioit un traité d’alliance défensive et de Garantie réciproque entre Elle et Votre Majesté, ne peut pas Lui laisser ignorer non plus ce qui en aura résulté, et ce Prince qui n'a pas tardé un moment à mettre de la confidence l'Europe et l'Asie, ne manquera pas non plus naturel-

lement de s'empresser à publier de môme le dénouement de la pièce, sourtout s’il est au desavantage de la cour de Vienne. Ce qui se fera deviendra par conséquent tout aussi public, et tout aussi promptement public, que l’est dévenu, ce qu'il a pu savoir jusqu’ici delà négociation. Nous mêmes, qui à l’éxemple de la Russie, n’avons pas pu naturellement nous dispenser de participer à notre Allié, ce que la Russie avoit communiqué au sien, par la même raison, ne pourrons pas nous empêcher de lui faire part de la façon , dont pourra avoir été, ou n'avoir point été levée la difficulté, qui a arrêté jusqu'ici la signature du traité.

Or tout ce qui n’ est pas à la lettre le cérémoniel usité entre les cours, que T Impératrice de Russie a promis de maintenir, et de ne point blesser, par sa déclaration de 1762, et qui fait pour Elle par conséquent un engagement de plus que celui de toutes les autres principales Puissances de l'Europe, n’est plus, et ne peut plus être nommé ainsi; Le plus leger changement, la plus légère différence de cérémonial vis à vis de la Russie, met toutes les autres Cours de l’Europe incontestablement en droit de ne plus accorder a l'Empereur la prérogative de la prééminence que la Russie ne lui accorderoit plus.

Ni l'un, ni l'autre donc des deux moyens termes cijoints, ni un troisième, que l'on doit me donner encore, ni aucun autre quelconque certainement qui puisse ne pas avoir toujours les mêmes inconvénients, n'est imaginable, et ne peut être admis selon mon peu de lumières; et j’ose même dire, qui si Votre Majesté Impériale se déterminoit, à renoncer à sa prérogative, independemment de la peine qu'on auroit à justifier cette resolution vis à vis de la Diète

de l’Empire, aux protocolles de la quelle est déposée la déclaration solemnelle du Cte de Kaiserling, personne dans le inonde, lorsqu’il verroit le traité sans l’article secret, ne pourroit comprendre, comment il a été possible, que pour si peu de chose l’Empereur ait pu renoncer à sa prérogative; qu’il n’est personne, qui pût ne pas supposer, que ce ne peut être qu’à des avantages les plus considérables qu’il en a fait le sacrifice, et que l'on n’en conciliât sur des vues et des arrangements de 1a, plus grande conséquence pour le sistème politique général et particulier, qu’en consequenee il n’en résultât des contremesures, des liaisons nouvelles, et de proche en proche le bouleversement du sistème général de l’Europe, et tous les malheurs, qui s’en suivroient dans •un avenir plus ou moins, et vraisemblablement même peu éloigné.

Lorsque j’aurai la dernière des proposition, que l’on a à me faire, à ce qu’on dit, je ne manquerai point de la faire passer à la connoissance de Votre Majesté, et en attendant que les papiers, qu’il faut avoir sous les yeux pour pouvoir travailler, me reviennent ou me parviennent, . j e ferai ce que je pourrai, et de façon, s’il est possible, à ce qu’au moins de tout il ne résulte aucun mal personnel entre Votre Majesté et l’Impératrice, puis qu’ Elle est absolument obstinée à ne pas vouloir que le bien se fasse.

KAUNITZ-RIETBERG

Il est impossible de rien décider tant qu’on n’ait vu le tond du sac du prince Gallitzin, en lui disant, mon cliere Prince, une partie de ses bonnes, et convaincantes raisons

je crois que vous l’engagerés a découvrir son dernier mot reste a voire ce que cella sera. Adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le \2 Mai 1781.

Votre Majesté Imple observera par les communications très-liumblement ci jointes, qui sont le dernier mot du Pce Galitzin, qu’elle ne me fournissent rien qui puisse me permettre de changer d'avis sur le désagréable état des choses, qui resuite du comble de la déraison de la cour de Petersbourg. Je travaille moyennant cela conséquemment à la façon dont je crois de mon devoir d’envisager les choses; mais il en sera malgré cela, comme de raison, ce que Votre Majesté voudra, et tout ce que j’aurai fait, sera changé en conformité de ce qu’Elle ordonnera lorsque je serai en état de pouvoir Lui présenter mon travail.

J” ai l’honneur d’être avec la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous renvois mon chere Prince ces papiers, et je viendrai moi meme en causer avec vous apres tant ce qu’il s'est dit de convainquant je ne seais si l’on peut ce flater, que T Impératrice se désistera de ses prétentions, si des liens avec elle, sonts desiderables, si l'on ne veut pas donner gain de cause, en tout point, au Roi de Prusse, il faudra pour tant aviser, à quelque tempérament quelconque, et celui qui est le plus éloigné, du nom de traité, qui ne peut

être cité par d’autres en exemple, qui dépend uniquement de sa volonté, savoir cette espece de lettre obligatoire proposé en second lieu ou quelque chose d’aprochant me paraitroit encore le seul tempérament possible; adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 49 May 1781.

J’ai pensé, que si Votre Majesté Impériale propose a l'Impératrice d’éciire de sa main l’une des deux lettres, en Lui laissant la liberté de faire écrire l’autre d’une autre main, on pourroit se croire moins obligé au secret sur l’une, que sur l’autre. Je soumets moyennant cela aux reflexions de Votre Majesté s’il ne seroit peut être pas mieux de s’entenir à Lui laisser pour toutes les deux le choix de la méthode, dont Votre Majesté Lui donneroit l’exemple, et j’ai l’honneur de Lui envoyer en conséquence et l’une et l’autre des deux lettres, qu’Elle auroit à honnorer de la courtoisie et de la signature de Sa main.

J’ai l’honneur de Lui envoyer en même tems, en original et en copie, la pièce dont Elle a besoin; mais je crois quHl vaudroit mieux n’envoyer que la copie, pour exposer, le moins que faire se peut, la source d'où elle vient.

J'ai l'honneur aussi de renvoyer à Votre Majesté la minute de la lettre, qu’Elle a bien voulu me communiquer, et à laquelle je ne puis qu'applaudir.

Et j'y joins enfin une Lettre que nous venons de recevoir du Sr. St. . . , parce qu’elle révoqué très agréablement, ce qu’il nous avoit mandé il y a quelques semaines, et qu’elle

vient à l’appuy de ce que depuis peu nous avons apris d’ailleurs.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je devrois changer toute ma lettre si j’envoyois cette piece, de l’article secret aussi signée à l’Imperatrice, outre cella dans cette copie vous avés ajouté les deux mots souslignés en rouge que nous étions convenus d’ometre et que j’ai effectivement omis dans mon original; les couriers pourront^ partir demain au soire; adieu mon chere prince je suis charmé que les nouvelles de Montbeillard se décident.

JOSEPH

Von der Hand von Kaunitz:

Touts nos trois couriers pouront être dépêchés, je pense, demain au soir, si Votre Majesté le souhaite.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 20 May 1781.

J’ai été hier assés longtems en Conférence dans mon cabinet avec ce bon homme le Prince Galitzin, pour lui faire comprendre le parti qu’avoit pris Votre Majesté, tant au sujet de l’une, qu’au sujet de l’autre de nos deux grandes affaires, et pour lui mâcher sa besogne. Il l'a bien compris enfin, à ce qu’il m’a paru; mais malgré cela, comme il est de ces bonnes gens auxquelles il faut beaucoup de tems pour faire même peu de choses, il a insisté à ce que je diffère à demain au soir le départ de nos couriers, dont il profitera pour leurs quatre destinations différentes.

Di

Je n’ai pas voulu manquer cl* en avertir Votre Majesté seulement afin qu'Elle le sache.

Pour ce qui est de la Lettre que Votre Majesté m’a renvoyé hier, il n'y pas grand mal, à ce que les choses en restent à cet égard sur le pied de la méthode qu'Elle a adopté, et sa remarque d'ailleurs sur les trois mots: en trouppes de terre est très juste, et elle ne m’a échappé, que parce que dans le tourbillon de tout ce qui étoit sur mon tapis dans ce moment là, pour les affaires du dehors et du dedans, je n'ai pas eu le teins de collationner moimême ce que l'on m’avoit engagé.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

Am Rande eigenhändig von Kaunitz.

Je ne scai si V. M. a pensé à écrire, de sa main, à l’ Impératrice le voyage qu’Elle va faire et entre autres sa petite course à Versailles, et je crois moyennant cela devoir lui en faire très humblement l’observation à tout événement.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je couvert ma lettre par votre conseil et en ai donné part très amicalement à l'Imperatrice de meme. Le départ des Courier s peut attendre le prince de Galitzin, mon départ je l’ai fixe a mardi soire.

KAUNITZ AN JOSEPH

(Dicté par S. A.)

Vieillie le 2 juin 1781.

Il est si singulier, que dans une affaire aussi complettement personnelle et par conséquent aussi caractérisée pour

être traitée par lettres autographes, F Impératrice n’aye écrit ni au Roi de Prusse ni à V. M., qu'il est impossible qu’Elle n’aye eû, ou au moins qu’Elle n’aye crû avoir de puissantes raisons pour en user ainsi et pour préférer de s’expliquer à cet égard ministérialement, tant vis-à-vis de V. M. que vis-à-vis du Roi de Prusse. Voici ce que je crois qui pourroit l’avoir déterminée. Vis-à-vis du Roi de Prusse c’est peut-être embarras; peut-être la peur de s'exposer à une réponse par écrit desobligeante; peut-être aussi la supposition, que la commission executée ministerialement par Mr. de Görz pourroit faire plus d'impression ou au moins ne pas tant la compromettre et lui laisser au pis aller la gradation de pouvoir insister par une lettre de Sa main.

Et pour ce qui est de V. M., il se peut qu* Elle n'a pas voulu écrire parcequ" Elle ne s’est pas crue assés certaine de la déférence du Rui de Prusse pour oser articuler à V. M. une assurance positive; peut-être aussi a-t-Elle voulu gagner du tems et attendre l'issue des difficultés, qui se sont opposés de Sa part à la signature du traité.

Toutes ces choses me paroissent possibles, reste à voir laquelle aura été la véritable. V. M., qui connoit personnellement l’être aussi singulier qu' inconséquent, auquel nous avons à faire, la devinera sans doute beaucoup plus facilement que je ne puis le faire; mais quoiqu'il en soit, je crois cependant que la surprise agréable qu'aura causé à Petersbourg la nouvelle, que doit y avoir apporté hier ou aujourd huy notre dernier Courier, mettra fin vraisemblablement à toute incertitude ultérieure et pourroit bien, s’il le faut, engager même l'Imperatrice à hausser le ton dans cette occasion vis à vis de Son cher ami le Roi de Prusse, sur le

chapitre duquel en vérité il faut qu’Elle soit bien complettenient aveuglée, si tout ceci, ainsi que l’intercepte, que V. M. I mi a déjà confié, et le ci-joint, dont je pense qu’Elle feroit fort bien de le regaler de même, ne Lui ouvre pas les yeux sur les sentiments de ce cher ami à Son égard, si ce n'est tout haut, ce dont sans doute il ne faut pas se flatter qu’Elle puisse convenir, au moins tout bas, ce qui peut et doit nous suffire.

Par toutes les raisons connues à V. M. le dernier Courier mensuel pour la France n’a pas pii être dépêché que le 23 du mois dernier, et je me propose moyennant cela, pour remettre cette correspondance dans l’ordre, d'en dépêcher un au comte de Mercy dans deux ou trois jours, quoique au fond il n’y ait pas grand’ chose à lui mander ; mais comme il pourroit avoir en échange de son coté beaucoup de choses à nous mander, dont il peut être important que nous soyons informés, j’imagine que V. M. trouvera bon, que je me sois déterminé à prendre ce parti.

Je ne sais rien du tout de la santé de V. M. dépuis son départ et je ne saurois Lui cacher que cela m’afflige par nulle autre raison cependant qu’à cause de vif et, j’ose dire, tendre intérêt, que j’y prends, et je prie par conséquent V. M. d'avoir la bonté d'ordonner au bureau de sou cabinet ici de me donner de ses nouvelles toutes les fois qu’il Lui en parvient. Je Lui demande pardon de cette liberté et La supplie de vouloir bien me continuer sa bienveillance . . .

JOSEPH AN KAUNITZ

Luxembourg, le 4 Juin J 781.

Je vous suis infiniment obligé, mon cher Prince des details que vous me mandés. Les communications que vous avés faites aux Ministres respectifs n’etoient pas susceptibles de répliqué, étant vues avec autant de justice que d’impartialité.

Le départ du Baron de Breteuil ne m’étonne non plus; l'incertitude du ministre françois dans ce moment, le renvoy qu’on dit assuré ici du S1'- Necker, le changement qu’il pourroit entraîner peut-être et pour Mr* de Vergennes et pour Mr. de Maurepas même sont des objets trop interessans pour son ambition et ses vues pour qu’il ne veuille pas les voir et les suivre de prés, et se mettre dans le cas de pouvoir selon l’occurence en profiter.

L'intercepte que vous avés bien voulu m’envoyer de Berlin, me prouve à ce que je crois, très sûrement, que le mariage de la Princesse de Würtemberg n’est rien moins que sûr, et que bien au contraire il est à esperer que nous aurons dans peu d’ulterieures nouvelles satisfaisantes de Petersbourg; je vous prie en attendant, mon Prince, s’il en arrivent, d’ouvrir la lettre qui me sera adressée par l’Imperatrice, de la lire et de me l’envoyer ensuite avec vos reflexions sur ce que j'aurois peut-être à écrire moi-même en conséquence au Prince de Würtemberg.

Je vous suis sincèrement obligé de l’intérêt que vous prennés à ma santé, elle est très bonne; mon voyage a été des plus heureux; la chaleur et la poussiere ont été excessives. J'ai pris la route la plus courte pour venir ici, sa voir

par Ratisbonne, où j'ai vu ces fameuses têtes tenant diete assemblées au Parterre de la comedie; delà j'ai pris par Nuremberg, Wurzbourg, Aschaffenbourg, Hanau, Francfort et enfin j'ai fait un détour pour voir la partie la plus fertile de l’Allemagne, savoir la Bergstrasse et le Palatinat, étant passé par Darmstadt , Heidelberg , Schwetzingen, Manheim, Worms à Mayence et de là à Coblenze, Trêves jusqu’ ici à Luxembourg. Je ne me suis présenté nulle ‘ part et je n'ai vu ni Prince ni Electeur, excepté le Prince George de Darmstadt avec son fils l’officier qui

est venu me relancer à Francfort a 4 heures du matin. Je crois ainsi avoir évité tous les inconveniens et toutes les incommodités possibles et d'avoir ainsi gardé regidement tous les avantages que me donne le comte de Falkenstein.

Pour ici j’ai mis 3 jours à voir les details de cette place et à faire exercer les troupes qui y sont, de même qu’à parler aux Employés et gens du Pais. Le sol et quelques circonstances paioissent s’opposer au Bien-être de cette Providence , contre le premier il n’y a point a lutter et quant aux autres quelques ameliorations dans la partie juridique semblent les plus désirables et necessaires.

Je compte partir le 4 au matin pour Namur, y arriver à peu prés le 5 et ne m'y arrêter qu’un couple de jours pour me rendre ensuite à Bruxelles.

Je suis au reste fort sensible aux offres que vous me faites, et dés que j’en aurai l’occasion, comptés que j’en profiterai même peut-être avec indiscrétion, mais toujours avec la plus parfaite confiance. Adieu mon cher Prince,

soyés persuadé des sentimens que je vous ai voués et avec les quels je serai toujours

(Signé:) Votre très affectioné JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Mons, 7 Juin 1781.

Mon cher Prince, Ayant pris le parti de faire le tour des Provinces avant d’aller à Bruxelles, le Courier de Paris qui m’y attendoit a peut-être été retardé d'un jour ou deux. J'ai lu la depeclie du Comte de Mercy, qu'il vous remettra ci incluse; elle n'est pour le moment ni interressante, ni meme satisfaisante; car elle ne contient que la reserve outrée de M. de Vergennes et l'incroyable présomption que leurs sots arrangemens et changemens continuels pourront neanmoins encore produire des évenemens décisifs pour la cause. J’attendrai un Courier ultérieur avant de me décider sur mon voyage de Versailles quoique la Reine m’ait écrit par ce Courier et m’ait beaucoup pressé de venir la voir, et que le Comte de Mercy lui même m'aye assuré que cela feroit plaisir au Roi. Je compte d’ici me rendre à Tournay, delà par Courtrai, Menin, Ypres, Fûmes, Nieuport, Ostende, Blankenberg, Bruges, Gand, Anvers, Malines, Louvain à Bruxelles. Je ne perdrai point de tems et je n’y arriverai que plus instruit; cela s’appelle voir l’etoffe avant les tailleurs. La partie que je viens de voir, commence à etre belle et je ne peux qu'etre touché des sentimens qu’on m’y témoigné. Adieu mon cher Prince, je viens de voir une bien

jolie et aimable chanoinesse qui vous interesse et qui fait vraiment honneur ici au nom qu’elle porte et particulièrement à son grancl-pere. Croyés-moi bien sincèrement et avec toute la considération possible

(Signé:) Votre très affectioné JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

(Dicté par S. A.)

Vienne, le 10 Juin 1781.

Je remercie très humblement V. M. I. de ce qu’Elle a eû la bonté de me donner des nouvelles du progrès de son voyage et surtout de sa précieuse santé, que je La supplie instamment de vouloir bien continuer à soigner. J’imagine que les ameliorations dans la partie juridique au Luxembourg, dont fait mention V7. M. porte sur la multiplicité et peut-être aussi sur la longueur des procès dans ce pays-là, et qui tient en partie à l’esprit de chicane national et en partie à l’avidité des avocats, qui sont en grand nombre dans la province et ne contribuent pas peu, comme je l'ai observé depuis longtems à rendre les habitans du pays, à l'exemple des Liégeois, des espèces de Normands des Paysbas. Je suis persuadé que plus ou moins par quelque ordonnance dans le goût de celle que V. M. a fait emaner dans ce pays-ci depuis peu, adaptée à la constitution pourra y faire quelque bien , et si je ne me suis pas trompé dans ma supposition, je pourrai soumettre à l’appro-

bation de Y. M. ce qui me paroitra être de son meilleur service à cet égard.

Je joins ici trois communications que m’a faites le chevalier Keith et dont j’ai fait tirer copie.

En réponse de nos couriers dépêchés le 21 du mois dernier, celui de Paris, qui ne peut guéres rien dire que de vague, attendu le concert indispensable avec l’Espagne, peut être ici à toute heure; celui d’Angleterre dans 7 à 8 jours, et ceux de Russie et d’Espagne vers la fin du mois à peu près à ce qu'il me semble.

Je prie Dieu qu'il conserve V. M. en bonne santé et je lui baise les mains avec la plus profonde soumission.

JOSEPH AN KAUNITZ

Osteiide, ce 13 Juin 1781.

Mon cher Prince. J’ai reçu par le Courier votre Lettre; je vous suis bien obligé de l’intérêt que vous prennés à avoir des nouvelles de me santé, elle est très bonne et comme je n’avois rien a mander par la poste et que je n’avois reçu des nouvelles de Vienne que par le Courier, ce n’est que par lui que j'ai écrit et que vous aurés reçu ma Lettre. La seule raison pourquoi que je crois que l’ Impératrice de Russie ne m'a pas écrit Elle-même cette fois-ci, est qu’elle se reserve de le faire quand tout sera arrangé avec le Roi de Prusse et qu’en même tems Elle desiroit avoir des nouvelles du parti que j’aurois pris dans l’objet du Traité et de la médiation; je crois par conséquence n’etre point dans le cas de Lui écrire pour le present, ni de faire

encore aucune démarché vis-à-vis le Prince de Würtemberg; vous voudrés bien seulement instruire le Comte Cobenzl ou le Prince Galitzin de la reconnoissance que j'avois ressentie et des obligations que j’avois à 1‘ Impératrice des peines qu’Elle s’etoit données pour cette affaire et que j’en attendois avec empressement les ultérieures nouvelles. Il seroit fort à desirer pour mes projets que ces nouvelles vinssent assés à tems pour qu'avant mon retour je puisse profiter de l'occasion de voir par moi-même le Prince de Würtemberg et sa fille.

Quant à ce que Cobenzl mande pour les fils du Prince de Würtemberg qui se trouvent au service Prussien, il y aura moyen de placer l’un ou l’autre dans notre armée, en attendant pourtant je crois ne devoir rien encore avancer. J" ai fait passer tout de suite le dernier Courier au Comte de Mercy avec un mot de lettre pour la Reine. Je continue ma tournée et je reparts aujourd’hui d’ici par Blankenberg pour Bruges. Si l’on pourroit croire que le commerce se soutiendroit ici de la même force et dans le même mouvement dans lequel il se trouve actuellement, il vaudroit bien la peine qu'on y fasse plusieurs améliorations en tout genre, mais ainsi l'on ne pourra que deux ans après la guerre juger à peu prés du commerce stable qui se conservera dans cette ville. Adieu mon cher Prince, soyés bien persuadé de la parfaite estime et considération avec les quelles je suis

Votre très affectioné , (Signé:) JOSEPH.

P. S. Voici un paquet de lettres venues par la poste

du Comte de Mercy et du Comte Joseph votre fils de Maße er, Joseph II. und Kaunitz. 5

drid, que j'ai gardées quelques jours pour les remettre à ce courier.

KAUNITZ AN JOSEPH

(Dicté par S. A.)

Du jardin à Mariahilff le 17 juin 1781.

J’ai reçu la lettre, que Y. M. I. a eu la bonté de m’écrire et que je suppose être de Mons; quoiqu’elle soit sans le nom du lieu ni la date du jour, auquel elle a été écrite. La façon d’être et de s’énoncer de Mr. de Vergennes tient à la circonspection et timidité ordinaire aux âmes un peu foibles, et elle me paroit un peu plus excusable d’ailleurs dans ce moment-ci en réunissant les trois circanstances : j m°. qU’j} n’avoit pas encore eû le tems de réfléchir; 2do‘ qu’il n'avoit pas encore rendu compte au Roi et à son conseil de ce qu'on venoit de lui remettre; et enfin 3ti0 qu’il ne pouvoit qu'ignorer quelle pourroit être à cet égard l'opinion de l'Espagne et des Américains. Il me semble que V. M. pourroit en attendant écrire à la Reine: que le comte de Mercy Lui avoit rendu compte de la façon , dont Mr. de Vergennes avoit accueilli la communication qu’il lui avoit faite conjointement avec Mr. de Chotinsky; qu’Elle croyoit que si non tout haut au moins tout bas on ne pourroit pas s’ empêcher de convenir que les deux cours Impériales avoiert parfaitement résolu le problème , que contient T exposé de l’ état respectif des prétentions des trois puissances belligérantes; qu'il eut été honnête peut-être d' en convenir tout haut vis-à-vis d’ elles et de leur

témoigner qu’ on leur en savoit bon gré ; mais qu'au demeurant on étoit le maître de trouver convenable ou non convenable dans ce moment-ci à ses intérêts, ses vues ou ses espérances, ce qui avoit été proposé et qu’au reste les médiateurs croyant avoir satisfait par cette prémière démarché à ce que pouvoit permettre l’état actuel des choses, il pouvoit leur être très indifférent que les puissances belligérantes éloignassent ou rapprochassent le moment du retour de la paix entre elles. Et si Y. M. va à Versailles, je pense qu'Elle pourroit dire dez en arrivant au Roi et à la Reine: Je ne viens que pour vous faire une visite de bonne amitié et par cette raison je me propose de ne point vous parler d'affaires en façon quelconque. Ce qui cependant n'empêchera pas que Y. M. ne puisse leur répondre, s'ils Lui en parlent de leur propre mouvement au cas qu’Elle le juge à propos.

Le prince Galitzin vient de me faire la communication très humblement ci-jointe.

Ce que nous écrit Cobenzl, le chevalier Keith me l’a confirmé dans le plus grand détail, mais avec la notable différence cependant, que Mr. Harris assure que la communication que le Roi de Prusse a faite du contract de mariage, il doit l’avoir fait par une lettre autographe, et que 1‘ Impératrice doit y avoir répondu de la même façon et dans des termes très ressentis, et non pas ministérialement comme le suppose Cobenzl, auquel j’avoue que je ne comprends pas trop, pourquoi Harris peut avoir laissé ignorer cette circonstance après lui avoir communiqué toutes ces anecdotes, qu’il semble ne pouvoir tenir que de lui.

Nous aurons sans doute un Courier de Petersbourg vers

la fin de ce mois; mais je ne pense pas qu'il puisse rien

apporter de décisif au sujet du mariage, les réponses de Berlin ne pouvant guéres être arrivés à Petersbourg au moment auquel il aura été dépêché.

Je remercie très humblement Y. M. de la façon, dont Elle a eu la bonté de s’expliquer du sujet de ma petite fille, chanoinesse de Mons, et je prends la liberté, de la recommander avec moi et toute ma famille à la continuation de Sa bienveillance.

JOSEPH AN KAUNITZ

Anvers, ce 19 Juin 1781.

Mon cher Prince. J” ai reçu par le Courier les depeclres (pie vous m'aves envoyées et je m'empresse de vous le renvoyer pour vous porter le paquet venu par extraordinaire du Comte de Belgioioso qui contient la réponse de l'Angleterre absolument negative et d'un genre à faire voir qu’il n’y a pas la moindre esperance de parvenir à quelque arrangement de préliminaires et encore moins d'oser esperer une pacification ou un congrès prochain; il ne reste plus rien à dire à de pareilles réponses, et tu l'as voulu George Dandin sera la seule chose qu'on pourra leur repondre lorsqu'ils ressentiront probablement les effets de leur entêtement.

La partie que j'ai continué à voir, est certainement la plus belle qui puisse exister, et il est étonnant que cette ville avec ses entraves de commerce soit encore dans cet état; je rassemble beaucoup de matériaux dont je tacherai de m’eclaircir à Bruxelles et avant de rien décider je vous

en enverrai, mon Prince, les details, en vous priant de m’eclairer de vos lumières. Adieu mon Prince, soyés persuadé de toute ma considération et de ma sincère amitié avec la quelle je suis

(Signé:) Votre très affectioné JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Bruxelles, ce 24 Juin 1781.

Mon cher Prince, J'ai reçu avant’hier le Courier qui vous apportera ses dépêchés d’Espagne. Comme les réponses n’etoient aucunement décisives, je l’ai gardé jusqu’à l’arrivée du Courier ordinaire pour pouvoir faire les expéditions tout de suite.

Il me paroit que la médiation se trouve fort en l'air et qu’il faudra encore attendre des évenemens pour la rendre efficace, si jamais elle doit l’être. Le Courier qui doit arriver de Paris à tout moment, nous mettra encore plus au fait; en attendant il est très sur qu'avec les dispositions des cours belligérantes il n’y a pas à se flatter de sitôt de quelconque pacification , avant que les circonstances ne changent cette nouvelle idée, ce nouveau projet d’ Assaut sur Gibraltar que méditent les Espagnols prendra probablement la fin de toutes leurs entreprises, et ce sera vraisemblablement le second tome de l'Expédition d’Alger.

J'ai vû ici tous les corps assemblés et puis nombre d' Audiences. J’attends avec empressement de vos nouvelles pour savoir si je dirigerai ma marche et mon retour sur Mont-

belliard ou non; il me tarde de ne pas en être au fait pour me regier en conséquence.

Adieu, mon cher Prince, portés-vous bien et soyés persuadé de toute mon estime et amitié avec la quelle je suis.

P. S. Dans ce moment arrive le Courier ordinaire expédié de Vienne et par le quel je reçois, mon cher Prince, Votre lettre. Les nouvelles qu'elle contient de la Russie sont fort singulières et ce nouveau prétexte du Roi de Prusse, pour empecher le mariage à cause du changement de religion de la Princesse et de l'intérêt que les Etats de Wurtemberg y mettent, est par trop plaisant. Comme je prévois bien de ne pas recevoir de sitôt la nouvelle positive de la conclusion et de l'arrangement de cet objet, je vous prie, mon cher Prince, de m’eclairer de Votre avis sur ce que j'ai a faire pour ne pas manquer mon but; savoir si vous croyés que je puisse toujours régler mon retour de Paris par Strasbourg à Freibourg, et proposer directement sous prétexte de la connoissance avec la grande Duchesse un Rendés-vous au Prince de Wurtemberg soit à Freibourg, à Basle ou ailleurs dans le voisinage? Ou si vous prefereriés de faire insinuer sous main par le canal que vous savés au Prince de Wurtemberg de désirer lui même de me voir et de m’en faire connoitre le lieu? Il s’entend que sa famille y devra être comprise, puisqu'il ne peut ignorer les propositions que j’ai faites pour sa fille à S. M. l’ Impératrice de Russie.

Je compte toujours, mon cher Prince, rester ici à peu près jusqu’au 7 ou 8 Juillet, de là partir pour la Province de Limbourg par Liège, en suite aller voir Spa, Aix-la- Chapelle, Mastricht et puis faire une excursion en Hollande;

de façon que je serai pour le 19 ou 20 de retour ici, ou je resterai 3 ou 4 jours pour en repartir en suite vers Paris et Strasbourg.

Adieu, mon cher Prince, je vous prie, de me dire bien sincèrement votre avis sur tous ces objets.

(Signé:) Votre très affectioné JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

(Dicté par S. A.)

Au jardin à Mariehilff le 24 juin 1781.

Votre Majesté Impériale trouvera très humblement cijoint tout ce que m’a remis le garde Siclosy le 21 du courant. J’ai ouvert les paquets à l’adresse de V. M. ainsi qu’Elle m’a ordonné de le faire par sa lettre du Luxembourg, et comme je n’y ai rien trouvé qu’il pût importer à V. M. d’apprendre 3 jours plustôt ou 3 jours plustard, j’ai crû pouvoir différer à cette expédition ordinaire du dimanche l'envoy de tout ce que j’ai l’honneur de Lui faire parvenir aujourd’huy, et il ne me reste qu’a souhaiter que V. M. puisse ne point desaprouver que j’en aye usé ainsi. Il n*y

a assurément rien que de très satisfaisant dans toute cette

expédition et ce qui y manque encore pour que la certitude morale, que contient la lettre d’impératrice devienne réelle, vraisemblablement ne se fera pas attendre encore longtems. J’ai l’honneur de féliciter très humblement V. M. de tous ses heureux succès et j’espère, qu’Elle voudra bien accueillir avec bonté la part que j'ose témoigner prendre à

tout ce qui peut être de sa gloire et de son intérêt. Je crois ne devoir point Lui laisser ignorer ce que me mande Cobenzl dans sa petite lettre particulière très-humblement ci-jointe, et il me paroit comme à lui, que la différence de la forme du traité que vient de signer Y. M. avec F Impératrice, ne devroit rien changer à tous les présents d’usage dans ce pays-là, que l’on eut été dans le cas de ne pas pouvoir se dispenser de faire, s’il avoit eû lieu tout uniment dans les formes ordinaires. Y. M. aura la bonté par conséquent sur cet objet de m’ordonner ce qu’elle trouvera bon. Parmi les lettres rentrées hier et avanthier, les plus notables sont celles de Belgiojoso et de Rewitzky. La première nous prévient sur la réponse de l'Angleterre au sujet des articles préliminaires proposés. On pouvoit s’y attendre et comme d'ailleurs elle doit en rehausser le prix vis à vis de la France et de l'Espagne, elle fera pourtant une sorte de bien par la suite des tems, et pour le moment auquel l’une ou l’autre des puissances belligérantes se trouvera avoir plus envie ou plus besoin de la paix que dans ce momentci, et j’ai peine à croire, que lorsqu'il sera venu plustôt ou plustard, ils puissent trouver mieux que ce que V. M. vient de leur proposer.

Il paroit un peu singulieur que F Impératrice dans sa lettre ne dise rien du tout au sujet de la médiation et pas même à Galitzin ministérialement autre chose, si ce n’est qu’ Elle est fort contente de sa conduite; mais je crois cependant qu’il ne faut l’attribuer qu’à ce que leur attention a été absorbée par l'objet majeur du traité, et peutêtre aussi parcequ’ils n’ont pas trop senti le mérite de ce qu’a fait Y. M. à l’égard de la médiation. Quoique qu’il

en soit cependant, ils ont déclaré qu ils sont contents et cela doit suffire.

La seconde des ces deux lettres, qui est de Rewitzky, est assés remarquable par la négociation, qu'on lui a supposé exister actuellement entre Berlin et Petersbourg; elle est sans doute dans le cas de possibles; si ce n'étoit ce qu’on lui a supposé, il n’y auroit même rien d'essentiel à dire à cet égard; mais il ne seroit neanmoins pas trop amical, supposé que cela fut, de n’en rien dire du tout à Y. M. et je suis curieux par conséquent de voir ce qui pourra lui parvenir par la suite à ce sujet de Petersbourg. La lettre circulaire adressée par l'Impératrice de Russie à tous ses ministres dans les cours étrangères est fort bien et j’aurai soin d’en faire parvenir au plustôt de la même teneur, mutât i s mu tan dis à tous les ambassadeurs et ministres de Y. M.

Dez que le Courier que l'Impératrice annonce à V. M. sera arrivé, je ne tarderai pas de le Lui faire parvenir, afin qu’Elle puisse se regier en conséquence pour sa tournée à venir, et j’ai l’honneur en attendant de me mettre à ses pieds avec la plus profonde soumission.

P. S. Le chevalier Somma m'a prié de faire passer à V. M. I. la lettre très-humblement ci-jointe du Roi des l)eux-Siciles. Il désireroit fort que Y. M. voulut bien faire le plutôt possible la distribution des 25 sujets contenus dans la note , afin qu' ils puissent se trouver selon le bon plaisir de Y. M. là, où Elle voudra bien les placer, et ne pas manquer moyennant cela les différents campements de cette année. Y. M. voudra donc bien donner ses ordres à cet égard et avoir la bonté de m’ en

informer, afin que je puisse en donner connoissance à Mr. de Somma.

Je baise très-lmmblement les mains à V. M.

JOSEPH AN KAUNITZ

ce 25 Juin.

Dans ce moment arrive enfin le Courier de Paris. J'ai lu les expéditions dont il est porteur; mais elles ne contiennent pas la moindre réponse encore à notre proposition pour la médiation, et j'avoue que je suis étonné de cette longueur, d'autant plus que la lettre de Mr. votre fils de Madrid qui est rejointe à ce paquet, prouve que M. de Vergennes en a reçu un Courier, mais dont les depeches ne l'auront point satisfait, et que les vues et les réponses de l'Espagne sont peut-être differentes de celles que la France veut nous faire.

J'ajoute a ce même Paquet une lettre du Comte de Belgiojoso arrivée par la poste ainsi qu'une Copie d'une lettre envoyée par le Correspondant qui vous est connu, et qui est écrite de la part du Nonce de Vienne. La demande de Monsieur de Barré est si juste que je vous joint ici le billet pour la chambre par la quelle je lui assigne la continuation des gages et pensions.

JOSEPH AN KAUNITZ

Bruxeles, 26 Juin 1781.

Mon cher Prince. Je vous envoyé ci-joint par la Poste les Depeches que j'ai reçues de la Haye et une Lettre de

M. le Comte de Belgioioso, vous y verrés la façon avec la quelle le Prince Louis -de Brunswic a été attaqué et la réponse modérée quil a faite; j'avoue que si j’ avois été à sa place, j’aurois écrit d’une autre encore à ces Messieurs d'Amsterdam. Adieu mon cher Prince, je suis toujours avec les mêmes sentimens.

(Signé:) Votre bien affectioné JOSEPH,

JOSEPH AN KAUNITZ

Bruxelles, ce 1er' Juillet 1781.

Mon cher Prince, c’est avec bien du plaisir que j* ai reçu par le Courier votre chere lettre et les détails intéressants qu’elle contenoit de la Russie. Voilà donc cette affaire importante arrangée et c'est à vous, mon cher Prince, que je dois avec l'Etat cette bonne besogne. Je vous renvois ici les Pièces autographes afin que vous les fassiés garder séparément, tout comme l’a fait l'Impératrice, dans les Ar-

chives de la Chancelerie d’Etat.

L’affaire du mariage ne me paroit plus douteuse et par conséquent j’espère de recevoir encore à tems le Courier Russe avec la Lettre que l'Imperatrice me promet, pour pouvoir faire à mon retour la connoissance personnelle de la famille du Prince de Wurtemberg.

Quant à la médiation il me semble que l'Imperatrice est très indifferente à ses détails, pourvû qu’ Elle y soit pour quelque chose.

Je vous envois ici une lettre de Belgioioso arrivée par la Poste qui contient l’avis préalable d'une affaire navale qui ne paroit pas avoir été à l'avantage des Anglois.

Pour moi je passe ma vie ici entre audiences et occupations, devant accélérer, vu le peu de séjour que j'y peux faire, d'acqueiir les connoissances indispensables.

Je compte partir vers le 7 et d’être de retour ici le 19 après avoir fait ma tournée à Spa et en Hollande. Vous voudrés bién continuer à m'envoyer encore à Bruxelles les couriers qui partiront le 8 et le 15 Juillet; celui du 22 pourra prendre en droiture sur Paris, de même que celui du 29, en passant neanmoins par Freibourg.

Adieu, mon cher Prince, je vous renouvelle avec plaisir les assurances de la plus parfaite estime et amitié avec la quelle je suis.

(Signé:) Votre très affectioné ami JOSEPH.

P. S. Le désir que le Comte de Cobenzl dans sa Lettre particulière vous marque au sujet des présents à donner à l'occasion de cette expose de traité je l'aprouve entièrement et vous voudrés bien, mon Prince, prêter, cet argent de la chambre et en faire faire la remise au Comte de Cobenzl pour qu'il le distribue aux Individus, et même je vous envois ci joint une petite lettre pour lui qui en contient une pour l’ Impératrice, par laquelle je lui réponds, ce que vous verrés par la copie cijointe; vous voudrés bien la lui faire parvenir par un Courier Russe ou par un des nôtres, comme vous le jugeres à propos.

(Dicté par S. A.j

Du jardin à Mariehilff le 1 juillet 1871.

J’ai reçu par le garde Pottorniay la lettre que V. M. I. a eu la bonté de m’écrire d'Anvers le 17 Juin dernier; j'espère que nous aurons aujourd’huy des nouvelles de Son heureuse arrivée à Bruxelles, et la seule chose de quelque considération que je puisse avoir l’honneur d’envoyer à Y. M. dans cette journée c’est la copie de ce que j’ai crû devoir écrire au comte de Cobenzl au sujet de la réponse angloise à l'occasion du Courier que le prince Gallitzin n’a pu se dispenser d’envoyer à sa cour, pour laquelle les rapports de messieurs de Chotinsky et de Simolin lui ont été addressés. Ce que contient ma lettre à Cobenzl pourra servir de réponse un jour vis à vis de l’Angleterre, laquelle faute de bonnes n’a pu dire que des mauvaises raisons. Ce seroit cependant à pure perte actuellement: il conviendra, ce me semble, de reserver l’employ de la valeur de nos répliques pour le moment, auquel elles pourront faire effet; mais il m'a paru qu’en attendant il étoit bon de ne pas laisser ignorer à la Russie que lorsqu’il en seroit teins, on ne manqueroit pas de bons arguments vis à vis de la Grande-Bretagne.

Il n’est rien arrivé encore ni de Petersbourg ni de Paris.

Je m’ attendois bien à voir trouver très intéressant à V. M. le pays qu’Elle vient de parcourir en spectateur éclairé. Je répondrai avec la morale et l’attachement que Y. M. me connoit pour sa personne, au dégré de confiance, dont Elle trouvera bon de m’honorer, et je La supplie de

vouloir bien accueillir avec bonté en attendant les assurances réitérées de tous les sentiments, avec lesquels je Lui suis dévoué.

P. S. Je n’ai pas pu me refuser aux instances du pauvre vieillard de 89 ans de faire passer sa supplique aux pieds de Y. M., et j’espère qu’Elle ne trouvera pas mauvais que j’aie osé m’en charger; le cas est si rare, quil m’a paru pouvoir être de la cathegorie des exceptions, et je baise très-humblement les mains à Y. M.

KAUNITZ AN JOSEPH

Du Jardin à Mariahilff Je 8 Juillet 1781.

Nous sommes enfin prêts à finir au Belvedére. L’ouvrage a été un peu long sans doute, mais aussi a-t-il été très considérable, parceque, la Gallerie des grands Rubens excepté, M. Mechel a été dans le cas de devoir presque tout déplacei; pour pouvoir trouver des emplacemens raisonnés et convenables aux nouvelles acquisitions qui ont été faites dans le courant de l’année. Mechel a beaucoup et bien travaillé à ce qu'il me semble; Vôtre Majesté le verra par Elle même à son retour, et je me flatte, qu’Elle sera contente. Au retour de Y. M. Mechel sera sans doute dans le cas de Lui présenter les inventaires de touts ses tableaux, que nous n’ avons actuellement, que par les soins de cet honnête-homme, attendu qu'il n’y en avoit que de très défectueux de ce qui étoit en place, et aucun de plus de 2000 tableaux qui étoient dans les greniers, pour la pluspart détruits. Dans le compte qu’il aura à rendre, il doit y entrer

sans doute l’employ qu'il a fait de tout ce qui lui a été confié, et par conséquent entre autres celui de quelques tableaux, qu’il a plû à feue S. M. l'Impératrice de me donner, après les avoir vérifiés par ses propres yeux, être conformes à la description détaillée qu’en trouvera Y. M. I.lc dans la note très-humblement ci jointe. V. M. peut être persuadée, que dans l'etat où ils étoient, il n’y en avoit pas 4, qui valussent 10 Fis. et le reste pas une obole; cependant, en me les faisant raccommoder ou plutôt repeindre, j’ai pu en tirer quelque parti, à ma campagne d’Austerlitz, ou ils m’ont servi à remplacer du bon, que j'en ai tiré. C’est là le fait dans la plus exacte vérité, dont V. M. sait, que je ne suis pas capable de m’écarter. Si Elle veut bien confirmer ce don, que feue S. M., avec la bonté, que Lui connoissoit V. M., voulut qualifier de saloperie, qu’elle étoit honteuse, disoit Elle, de m’avoir donné, je le regarderai comme une nouvelle preuve de bonté de sa part; et dans le cas contraire au premier ordre, je ferai tout revenir et tout rendre. Je demande pardon à Votre Majesté d'avoir osé entrer dans un si grand detail sur si peu de chose; mais je suis si scrupuleux sur tout ce qui peut me regarder personnellement que j'espére qu’Elle voudra bien ne pas le trouver mauvais.

Je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

C'est avec bien du plaisir mon chere prince que je confirme les dons que S.'M. vous a fait en Tableaux et en vous priant de vouloir seulement faire remettre cette liste

avec tout l’inventaire au Comte de Rosemberg et a Rosa le tout se trouvera arrangé.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

Du jardin à Mariehilff le 8 juillet 1781, au matin, par le garde

Siklosi.

(Dicté par S. A.)

J’ai reçu la lettre, dont m’a honoré V. M. I. en date du 24 avec son P. S. du 25 du mois dernier, et je n’aurois pas manqué de la tirer d'incertitude au sujet de Mme la prin-

cesse Elisabeth par un Courier extraordinaire, si cela ne m’avoit paru superflu après la lettre, que j’ai eu l’honneur de Lui faire parvenir par mon estafette du 27 juin, qui ne laissoit pas plus aucun doute sur ce chapitre. Il n’est point encore arrivé à la vérité de Courier de Petersbourg du depuis, mais il me semble, que c’est néanmoins tout, comme et moyennant cela je suis du très humble avis, que ce qu’il y auroit de plus simple, ce seroit que Y. M., qui est aussi bien accoutumée à ne point mettre de bornes à son humanité et à sa politesse, allât tout uniment surprendre la famille de Montbeillard à Montbeillard même à son retour de Paris. Ce sera une attention que pourra paroître à V. M. mériter une famille, à laquelle Elle va faire l’honneur de s’allier et dont les dames pourroient peut-être même avoir difficulté de se rendre en lieu tiers pour se faire voir, et un ménagement surtout auquel ne pourra manquer d’être sensible la jeune princesse.

Mais ainsi qu’il me paroît convenir que l’apparition de Y. M. à Montbeillard ait l’air d’une surprise, il me semble

aussi qu’une surprise effective pourroit peut-être un peu trop embarasser cette respectable famille dans son petit ménage, et j’ai pris par cette considération le parti de les faire prévenir en secret par le canal connu à V. M., qu’ils pourroient avoir la visite d’un grand personnage entre le 4 et le 10 août prochain au plustard, et qu’on les prioit par conséquent de vouloir bien dans le tems indiqué se trouver au logis à Montbeillard. On sait déjà dans le monde le concert de Y. M. avec l'Impératrice de Russie au sujet d’une alliance avec le maison de Wurtemberg; en Lui faisant une visite on n'apprendra donc rien au public, que plus ou moins il ne sache déjà, et je n'y vois par conséquent aucun inconvénient, au lieu qu'il pourroit y en avoir dans tout autre parti que l'on eut pu prendre, comme très bien l'a observé V. M. Je souhaite, qu'Elle daigne approuver ce que j’ai fait, et je l'espère même, parce que ce que je propose me paroit raisonnable, et que tout ce qui est de cette cathégorie, un grand homme tel que l’est Y. M. ne peut que l’approuver.

La médiation est effectivement très fort en l'air, même très certainement renvoyée ad al tri tempi, c’est à dire au moment, auquel quelqu’un aura eu une tappe d’importance ou ne pourra plus trouver les fonds nécessaires à la continuation de la guerre. L'une ou l’autre de ces deux choses ne peut pas manquer sans doute d’arriver plustôt ou plustard. Quant à nous, il y a plutôt à gagner qu'à perdre à la continuation de la guerre, qui nous devient utile par l'épuisement mutuel de ceux qui la fout et par les avantages du commerce, qui nous en reviennent pendant qu’elle dure. Il pourroit nous être très indifférent par con-

Bccr, Joseph II. und Kaunitz. g

séquent qu'elle dure encore 10 ans, et si ce n’etoit qu'il convient à V. M. de jouer un grand rôle, s'il se peut, à l'occasion de la pacification et d’influer dans le système politique de l'avenir, la médiation même ainsi que l’ouverture du congrès pourroit nous être egalement indifférente. Mais cela n'est plus vrai depuis que nous sommes parvenus à nous la faire déférer. Cela étant, il convient qu'elle aye lieu et qu'elle ne puisse plus nous échapper et c’est ce qui m’a engagé à la démarché des articles proposés pour base de l’ouverture du congrès. Par cette considération j’avoue que j'aurois été bien aise qu'il eut pu s’ouvrir effectivement, et cela fait la durée de la guerre m’eut été souverainement indifférente. Mais en échange comme ce n’est que dans le cas de tous les plénipotentiaires rassemblés au congrès qu’il est possible de saisir le moment d'un événement pour se procurer la paix tout d'un coup, et que je pense que le besoin d’un pareil moment n’est peut-être pas fort éloigné pour la France et l'Espagne, j'avoue que je ne conçois pas l'aveuglement des cabinets de Versailles et de Madrid à n'être pas plus empressés d'ouvrir le congrès que les Anglois, tandis qu'il y a une énorme différence entre le cas de la maison de Bourbon et de l'Angleterre dans cette guerre, attendu que quelque soit la durée de la guerre, il ne peut arriver pis aux Anglois que de devoir consentir enfin à l'indépendance de leurs colonies, au lieu que si, faute de pouvoir la continuer, la France et l'Espagne se trouvent dans la nécessité de devoir consentir à la paix et par conséquent à voir rentrer les colonies sous l'obéissance absolue de la Grande Bretagne, elles auront tout perdu pour le passé et l'avenir, pour ne s’être pas prêtées à un moyen,

qui dans le cas d'un événement un peu favorable pour elles, auroit peut-être pu engager l'Angleterre à se relâcher sur la prétention de la dépendance absolue des colonies, et par conséquence à faire obtenir à la France et à l'Espagne au moins en partie ce qui les a engagées ou entraînées dans la guerre présente. De tout quoi je conclus qu’au cas que ces messieurs en France s’avisassent de vouloir régaler Y. M. des mauvaises raisons qui les ont déterminés à ne point accepter ce qui leur a été proposé, Elle pourroit se contenter de leur faire sentir la valeur du raisonnement que je viens d'avoir l'honneur de Lui exposer, en leur protestant d'ailleurs que s'ils ne sont pas pressés, Elle doit l’être sans doute bien moins qu’eux.

Y. M. a très bien observé, que les dépêches d’Espagne et de Paris ne contiennent rien de décisif; on peut prévoir cependant, que l'une et l’autre des deux cours déclinera la proposition, qui leur a été faite par les médiateurs, et je ne doute pas un moment avec Y. M., qu’elles n'auront pas été absolument du même avis, ayant comme on sait des vues très-différentes dans la guerre actuelle, et que conséquemment elles n'auront pas été plus contentes l'une de l'autre en matière de paix qu'en matière de guerre.

Je baise les mains à Y. M. avec la plus profonde soumission.

KAUNITZ AN JOSEPH

(Dicté par S. A.)

Du jardin à Mariehilff le 8 juillet 1781, après dîner.

Le garde Vass vient d’arriver lorsque le porteur des

paquets de ce jour étoit sur le point de partir. J’ai vu avec

Iden de satisfaction par la lettre, qu’a bien voulu m’écrire V. M. I. le lr* du courant, qu'Elle a reçu avec plaisir les dépêches, que par celui du 24 juin dernier j’avois eu l’honneur de Lui adresser. Je reçois comme une marque de bonté de V. M. la part qu’elle veut bien m'attribuer dans ses succès, et j’en userai avec les pièces autographes conformement à ses ordres.

Sur l’affaire du mariage je prends la liberté de m'en rapporter à ce que j’ai l'honneur d’en dire à V. M. dans ma lettre de ce matin, dans laquelle j’ai osé m’expliquer avec la franchise, dont Elle m’a ordonné d’user, et que moyennant cela je suis très certain qu'Elle ne désapprouvera pas.

Quant à la médiation, je pense avec Y. M. qu’ effectivement, pourvu que sa gloriole soit satisfait, l'Impératrice s’embrassera d’autant moins des details de cette grande affaire, qu’Elle la trouve trop bien entre les mains de V. M. pour devoir s’en inquiéter.

La nouvelle de l’affaire navale que mande Belgiojoso n'est encore bonne à rien, parcequ'elle n’est décisive ni pour les uns ni pour les autres.

Je compte infiniment sur tout ce qu’aura vu et observé la supériorité du génie, de V. M. dans nos Paysbas, et tout ce qui me reste à desirer, c’est qu'Elle puisse avoir trouvé que si depuis mon administration je n'ai pas pu y faire tout le bien que j'eusse voulu, j’y ai fait au moins tout ce que j’ai pu faire.

Je souhaite à Y. M. continuation de bonne santé pour le reste de son voyage, et entre autres moins de chaleurs, que nous n’ en essuyons depuis près de quinze jours sans

interruption et qui a déjà été ces jours derniers à 25 degrés et demi de Reaumur.

Pour le départ des quatres couriers, qui doivent suivre celui-ci, je me réglerai d’après les directions que me prescrit V. M.

Je me réglerai également d’après Ses ordres au sujet des sommes, qu Elle me prescrit de préléver de la chambre, et de faire remettre au comte de Cobenzl, auquel j’enverrai un Courier des nôtres, ne fut ce que pour le mettre à même de pouvoir présenter à l’Impératrice la lettre de V. M., qui doit lui faire grand plaisir, et que j’ai trouvé au dessus de tous les éloges que je pourrois lui donner.

Je La supplie de vouloir bien me continuer les sentiments, dont Elle a la bonté de vouloir bien m'assurer et de daigner être persuadé en échange, que personne dans le monde ne Lui est certainement plus attaché et plus dévoué que moi.

JOSEPH AN KAUNITZ

à La Haye ce 10 Juillet 1781.

Mon cher Prince, J’ai reçu par le Courier votre Lettre du 1er Juillet, je vous écris celle-ci de la Haye où je suis arrivé hier après midi et d’où je compte repartir demain matin.

Je ne saurois rien ajouter à ce que votre clairvoyance vous a fait écrire au Comte de Cobenzl.

Quant aux affaires d'ici les deux Partis ont taché de me faire faire quelques démarches qui pussent etre interprétées en faveur d'un chacun; mais j'ai soigneusement

évité tout ce qui auroit pû me compromettre dans ce genre, et je crois même que le parti françois sera content de moi. J'ai été voir M. de la Yauguyon, de même que le Prince Stadthoudre et la Princesse. Le Prince Louis de Brunswic m'a témoigné infinement d'empressement, mais je me suis contenu dans les égards que je lui devois comme Parent. La Princesse d'Orange est certainement une femme d'esprit, mais impérieuse et qui a l'air d'etre plutôt méchante que bonne; quant à lui, il paroit un bon Prince, mais d'une espèce bien foible.

Je compte voir aujourd' hui les objets materiels et diner avec Leurs Altesses à leur maison de Campagne au Bois ou Elles logent actuellement.

Je ne puis vous cacher que le bon vieux Baron de Reischach est tellement affoibli d'age et d'infirmités que s’il y avoit la moindre chose à négocier ici, il faudroit absolument penser à lui envoyer quelque aide; car il ne bouge de sa chaise et est entièrement adonné aux anciens principes et tenu par la clique Angloise ; il ne voit et ne fait autre chose que ce que le Prince Louis et le Greffier Fagel lui disent.

Adieu, mon cher Prince, je vais continuer ma route pour la Nord-Hollande, soyés en attendant bien convaincu de la sincérité de mes sentimens d’estime et d’amitié avec les quels je suis

(Signé:) Votre très affectioné JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le 15 Juillet 1781 par le garde Courier hebdomadaire.

(Dicté par S. A.)

La lettre du comte Cobenzl très-humblement ci-jointe m'apprend, que je ne dois plus attendre ici le Courier de Petersbourg, que jusqu’ici j’ai compté voir arriver tous les jours, et j’ai même grand' peur, qu'à force d’avoir voulu prévoir tous les cas, pour avoir oublié exactement celui qui aura lieu, c'est à dire, que de Paris Y. M. I. ne retournera pas à Bruxelles, mais reviendra en Allemagne par la route de Strasbourg ou à peu près, il pourroit fort bien arriver qu'il manquât V. M. tout à fait. Heureusement mes lettres de Bruxelles du 4 m’apprennent, que V. M. a reçu celle que j’ai eu l’honneur de Lui adresser par estafette et par laquelle Elle aura vu, qu'Elle peut en toute secuiité aller voir la famille de Montbeillard, que j'ai déjà fait prévenir et que V. M. par conséquent trouvera très certainement au logis; mais je dois avertir V, M., que ce n’est point à Montbeillard, mais à sa maison de campagne, nommée Etupes à une demie heure de distance de Montbeillard qu’Elle la trouvera, que cet endroit est encore à la rive gauche du Rhin, que l’on y arrive de la station de Bedford, d’ Etupes à Strasbourg et non de Strasbourg à Etupes: attendu qu'il faudroit retrograder, si on alloit à Strassbourg avant d'avoir été à Etupes. V. M. avec son attention ordinaire à toutes choses saura peut-être déjà tout cela, mais j'ai cru cependant devoir l’en informer à tout événement.

Le Courier porteur de la lettre de V. M. à l’Impératrice de Russie est parti le 11. J’en ai dépêché un autre pour

Paris le 13 avec une expédition pour le comte de Mercy, dont copie est ci-jointe, et je me suis d’autant plus déterminé a cette expédition, que le comte de Mercy se trouvera moyennant cela avoir à l’arrivée de V. M. tout au moins un Courier de plus à sa disposition.

Pour ce qui est de la prétendue rupture de la négociation du traité d’amitié, qui étoit sur le tapis avec la Russie, le Comte de Mercy se sera sans doute déjà expliqué en conséquence vis-à-vis du ministre françois, et Y. M. jugera à propos sans doute de s’expliquer de même, ni plus ni moins, supposé ou’on Lui en parle, ou qu’Elle veuille en parler Elle même de son propre mouvement et comme par manière de conversation.

Quant à l'Espagne, d'après nos dernières lettres, il ne paroît plus douteux, qu’elle est déterminée enfin à quelque grande entreprise, apparemment sur ce que j'ai dit ici au marquis de la Torre, qui est un homme honnête et sensé, en substance: „Si vous voulés Gibraltar ou autre chose, commencés par vous mettre dans le cas d’avoir quelque chose d'importance à rendre.« Ce que ce pourra être on l’ignore, et j'ai grand' peur, qu'ils ne prennent de préférence le plus mauvais des partis possibles.

Il parviendra aussi par cette expédition à V. M. un circulandum et recirculandum du conseil d'Etat; bon et sage comme Elle est, Elle verra mieux que nous ce qui Lui paroîtra convenir, et ce qu’Elle ordonnera, sera fait comme de raison.

Je baise les mains à V. M. I. avec la plus profonde

soumission.

JOSEPH AN KAUNITZ

Utrecht ce 16 Juillet 1781.

Mon cher Prince. Je viens de recevoir ici le Courier. Je vous suis bien obligé des details que vous me mandés et des dispositions préalables que vous avés prises par rapport à Montbelliard , cependant pour ne pas y tomber comme une bombe, je compte écrire une Lettre au Prince pour l’en prévenir.

Je viens de finir ma tournée en Hollande dont j’ai été très content, j'y ai non seulement trouvé beauté de Local, richesse d’industrie incomparable et incroyable si on ne la voit point, mais aussi de la bonhommie et de la prévenance de la part des habitans qui m’étoit entièrement inattendue. Je crois avoir trouvé moien dans ce moment de troubles, de ne choquer aucun des deux partis, de ne m’engager à rien vis à vis le Prince Louis et surtout de paroître beaucoup plus françois que le Roi de Prusse n’auroit envie qu’on me crut; J’ai même trouvé occasion de le témoigner très positivement à M. de la Vauguyon, dont je vous parlerai plus au long la première fois.

Je suis parfaitement de votre avis au sujet de la médiation et j’arrangerai en conséquence mes propos si l’on venoit à m'en tenir à Versailles.

Je parts d'ici tout de suite pour Ruremonde, Aix la Chapelle et Spa, d’où je reviendrai à Bruxelles.

Adieu, mon cher Prince, portés-vous bien et soyés persuadé de la parfaite considération et amitié avec la quelle je suis

(Signé:) Votre très affectioné JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Ruremonde, ce 17 juillet 1781.

Mon cher Prince. Je vous joins ici la Lettre qu’un officier Russe vient d'apporter directement à Bruxelles, d’où le Prince Starhemberg me l’a envoyée ici; elle contient la nouvelle de l'arrangement pour le mariage en question. Je n’ai qu'un moment et je vous prie après lecture faite de la remettre dans la lettre ci-jointe que j'écris à mon frere le Grand-Duc et que vous voudrés Lui envoyer aussitôt par un garde.

Je fais rester l'officier Russe à Bruxelles jusqu'à mon retour pour 1’ expedier en suite de là avec ma réponse. Adieu mon cher Prince, je vous réitéré avec plaisir l’assurance de la parfaite estime et amitié avec les quelles je suis.

KAUNITZ AN JOSEPH

Dujardin à Mariehilff le 22 Juillet 1781.

(Dicté par S. A.)

Si la cendescendance de l'Impératrice de Russie au voyage de Mr. le Grand-Duc n’etoit que la suite des instances de jeunes gens, auxquels il a pris l'envie de voir le monde, ce seroit sans doute une chose très simple; mais la lettre du comte de Cobenzl nous apprend que ce n’est pas par eux, mais par l’Imperatrice Elle-même et son favori, que le projet en a été conçu, qu'il a fallu même une négociation pour engager le Grand Duc et la Grande-Duchesse

à en faire la proposition, et que ce n’est que sur les répresentations réitérées du prince Repnin qu'ils s’y sont déterminés, peut-être parce qu'ils se sont apperçus que l'on étoit décidé à vouloir les éloigner pour quelque tems, ou peut-être aussi parce qu'ils ne s'en sont pas doutés. C’est ce qui est douteux, mais ce qui ne l’est point, c’est que de concert avec son favori, l'Impératrice a imaginé cet éloignement, et qu'il faut qu' Elle ait eu sans doute pour cela une puissante raison. Il est impossible d'assurer ce qui peut L'y avoir déterminé; la conjecture la plus vraisemblable cependant me paroît être: qu’Elle pourroit avoir découvert quelque intrigue nouvelle et serieuse du Roi de Prusse et du comte Panin , pour culbuter le prince Potemkin, et qui sait peut-être même pour faire beaucoup pire encore. Que pour en prévenir et traverser les effets on veut éloigner pour toujours Mr. de Panin, peut-être meme d’autres personnes de sa clique, et que pour pouvoir procéder avec moins de risque et plus de tranquillité à cette operation, on a jugé dévoir éloigner le Grand-Duc avec son épouse, afin de pouvoir pendant leur absence faire maison neuve, tout à son aise, en jouant la comédie fort adroitement, avec la décadence prétendue du credit de Potemkin, et autres intrigues de cette espèce. La défense de passer par les Etats du Roi de Prusse en venant à Vienne, vient assés à l’appuy de cette idée; mais quoiqu’il en soit, ce voyage, qui ne paroît presque fait que pour faire une visite à V. M. I. et ensuite à la plus grande partie de sa famille en Italie, est et sera toujours à bon compte un événement, dont les suites peuvent nous être des plus avantageuses, et dont moyennant cela je suis certain

que V. M I. tâchera de tirer tout le parti possible et désirable.

Je sais que je me conforme à ses intentions, lorsque je Lui parle à coeur ouvert, et je crois par conséquent ne pas devoir Lui dissimuler mes idées en gros sur cet important sujet.

Il me semble, que l’effet qu’il pourroit convenir de faire sur le coeur et sur l’esprit de Mr. le Grand-Duc et de Mme. la Grande-Duchesse pendant qn’ils seront avec Y. M. et dans Ses états, ce seroit: lmo de tâcher de se les attacher de plus en plus par la conduite la plus franche, la plus honnête et la plus amicale ; et 2do de leur faire prendre une haute idée de la puissance de cette monarchie par tous les moyens imaginables, qui peuvent produire cet effet sur l’esprit de jeunes princes accoutumés à juger de la grandeur par des dehors de toute espèce. A cette fin il me paroit, que comme dans des occasions de cette importance, chi pi ù spende, me no spende, soit par cette raison, soit pour rendre leur séjour à Vienne le plus agréable que faire se pourra, il pourroit être fort utile de leur presenter la cour et la ville dans tout son éclat possible. La première de ces deux choses ne peut être faite que par V. M. en fesant venir d'Italie, par exemple, pour donner un magnifique opéra serieux italien, trois ou quatre des meilleures voix, qui existent actuellement, ainsi que la meilleure trouppe de ballets possibles avec le jeune Vestris et Mlle. Hennel. En rassemblant, pour le tems que sera ici le Grand-Duc, au manège de la cour en ville, chose dont on dit qu* il s’amuse, outre les meilleurs chevaux et les meilleurs écuyers que peut avoir V. M. à ce manège, ainsi qu’à

celui de campagne l'écuyer Rainer avec tous les meilleurs de celui qui Lui est confié. Unebelle chasse du cerf le jour de la St. Hubert, une autre belle chasse dans les toiles; des bals à la rédoute, gratis, pour le rendre bien nombreux; une magnifique partie de traîneaux pendant l'hyver; du meilleur qu'il se puisse en spectacle national tragique, comique et en musique; un beau concert au Belvédere, à quelle fin il faudroit faire venir aussi un premier violon, Pugniani ou Nardini par exemple, ne fut-ce que pour l'opéra, pareeque nous en manquons absolument. Un jour d'appartement pour y rassembler toute la noblesse de Vienne. On pourroit même faire insinuer aux plus considérables de la noblesse des provinces, qu'il séroit agréable à V. M., qu’ils se rendissent à Vienne pour ce tems-là, peut-être pourroit on faire donner un beau feu d’artifice, supposé que le tems et la saison le permettent etc. etc., en un mot, tout ce qu'on pourroit imaginer pour arrêter ici ces illustres personnes, au moins pendant une bonne partie de l’hyver. Il est outre cela encore d’autres choses, auxquelles il me semble, quil sera indispensable de pourvoir, comme, par exemple, à une dame au moins du Pays, pour aider à V. M. à pouvoir faire les honneurs de chez Elle, ce* que sans cela Elle ne pourroit guères toute seule et n’ayant ici aucune des Mesdames Ses soeurs. Il faudroit aussi s’assurer d'une maison pour les cas que ces illustres hôtes ne voulussent loger ni chez le prince Galitzin ni dans la Burg; et cela supposé je ne verrois guères rien de convenable que l'hôtel de Lichtenstein dans la Herrngasse.

L’usage que V. M. I. croira pouvoir ou vouloir faire du militaire comme spectacle, V. M. sait mieux que moi ce

qui peut convenir à cet égard, et moyennant cela, je crois que j’ai dit à peu près tout ce qui me paroît pouvoir être digne de ses reflexions. Ce n’est au reste que pour lui épargner une partie de la peine d‘y penser que je Lui indique à la hâte tout ce qui m’est venu dans la pensée: ce que je puis avoir oublié, la sagacité de V. M. y pourvoira, et Sa bonté excusera la bonne intention, quand même Elle jugeroit dévoir envisager les choses dans un point de vue différent. Je ne dois point appréhender par conséquent que mes rêveries puissent l'importuner, et c’est dans cette confiance que je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.

Postscript autographe du jardin à Mariehilff le 22 juillet 1871.

Si ma lettre est pleine de rêveries, en voilà une bien plus forte encore, et que cependant je ne crois pas pouvoir dissimuler à V. M. I. sans donner atteinte à mon attachement pour Sa personne. On espère facilement, ce que vivement on désire, et moyennant cela je ne puis pas m’empêcher de me flatter que Y. M. I. nous donnera peut-être encore un jour, plus tôt ou plus tard, la consolation de la révoir, en ménage. Si jamais cela arrive, il faudra sans doute ou en totalité ou au moins en partie, ce que je propose dans ma lettre.

Il y auroit un bien beau moyen d'englober les dépenses qu'il faudra faire alors, dans celles, donc V. M. ne pourra guères se dispenser actuellement, et si par hazard Y. M. se déterminerait pour Elle même en faveur de Madame la Princesse Elisabeth de Würtemberg, voici quel il seroit. Il

faudroit engager, en ce cas, toute la famille de Montbeillard à se rendre ici pour le tems auquel pourront y venir le Grand-Duc et la Grand' Duchesse de Russie, et leur donner par là la surprise, sans doute, et en même tems la compagnie la plus agréable des possibles. Il faudroit même inviter à venir ici les frères de Mme. la Grande-Duchesse, ainsi que Mr. le Duc de Würtemberg régnant, célébrer le mariage pendans l’hyver, et faire servir toutes les fêtes au double objet, de cette auguste union et de l'amusement des illustres hôtes de V. M., ce qui feroit financièrement d'une pierre deux coups, et seroit en même tems politiquement d’une valeur incalculable.

Ce sont les idées du serviteur de V. M., qui Lui est certainement le plus attaché, je dirois de l'ami de Joseph 2de, s'il pouvoit m'être permis de me servir de cette expression.

Que Y. M. aye la bonté de les agréer à cette titre, et qu’Elle me permette de Lui réitérer l’assurance réspectueuse de tous mes sentiments pour Elle.

JOSEPH AN KAUNITZ

Bruxelles, ce 24 Juillet 1781.

Mon cher Prince, J'ai reçu par le courier votre Lettre du 15 de ce mois et je vous remercie des renseignemens que vous m'y donnés au sujet de mon voyage à Montbelliard, mais les choses ont changé depuis de face puisqu'il a plu à S. M. l' Impératrice dé m’envoyer la Lettre que je vous ai fait parvenir de Ruremonde; j'ai expédié en consé-

quence ce matin l’officier Russe avec ma réponse à S. M. et une Lettre à la Grande Duchesse dont je vous envoyé les copies; un de mes gardes est allé porter en meme tems une Lettre de ma part au Prince Eugene de Wurtemberg dont la copie est jointe à la même feuille. Toutes ces Lettres ont été écrites dans un moment de secheresse et vous trouverés sans doute qu’elles s’en ressentent. Mon Courier a ordre de venir me retrouver avec la réponse à Versailles d’où je prendrai ma route par Troyes et Langres sur Beffort sans toucher Nancy ni Strasbourg, après avoir passé chés le Prince de Würtemberg à Etupes je reviendrai par Basle pour gagner le grand chemin de Günzbourg et d’Auxbourg. Je vous envoyé aussi une dépêché que le Comte de Merci a envoyée par mon Courier et j’y joins une Lettre du Comte de Belgioioso qui est arrivée ici par la Poste.

Je ne manquerai pas de tenir à Versailles le même Langage très essentiel au bien de la chose, au sujet de notre alliance avec la Russie.

On doit s’attendre de jour en jour aux nouvelles de cette fameuse Expédition que méditent les Espanols; je souhaite qu’ils y réussissent.

Je me suis entièrement conformé à l'opinion que vous avés donnée sur l'affaire de l'Evêque de Basle rapportée au Conseil d’Etat, et qui etoit egalement appuyée sur la fermeté et les intérêts de l’Etat.

Vous avés très bien fait, mon cher Prince, d'informer le Comte de Mercy des circonstances singulières dans lesquelles je m’étois trouvé avec le Prince Louis de Brunsvie. Je crois que toutes les nuances fâcheuses auront été dissipées par ma conduite et mes propos en Hollande-, dont

à la vérité le Prince n'aura pas lieu d’etre infinement satisfait. Je me suis meme trouvé dans le cas d'informer M. de la Vauguyon d'une menée sourde que la ville d’Amsterdam s urtout guidée par le Bourguemaître Rendorp faisoit dans ce moment par l’entremise du Ministre de Sardaigne en Hollande pour s’arranger une paix et un accommodement privatif avec l’Angleterre. Cette nouvelle doit avoir convaincu 1 a France, si elle est convaincable, de ma façon de penser à mon égard.

J’ai eu l’occasion à Spa d’y voir familièrement le Prince Henry, quoique je ne me fie aucunement à lui et que ses brouilleries avec le Roi paroissent des affaires arrangées entre eux, comme dit le proverbe, de Larrons en foire. Cependant tout ce que j’ai pu en tirer de positif, c’est qu’il espère et fait des voeux au ciel pour que l’existence du Roi ne soit plus longue et qu’il se flatte d’avoir du crédit sur l’esprit de son neveu, qu’il dit penser tout autrement que le Roi son oncle, surtout par rapport à un million de chicannes et de petits moiens. Au reste j’ai eu pour lui tous les égards de politesse et j’ai même accepté un petit Diner cliés lui, composé de 1’ Abbe Raynal et de M. de Grimm.

Enfin je crois avoir trouvé moien de contenter la société angloise et françoise , car en allant le droit chemin on ne heurte nulle part.

Le Sr* Bolts est arrivé ici; quant à l’Octroy à accorder il paroit d’accord avec les Proli, et pour ses autres affaires d’argent, il y a apparence qu’ils s’arrangeront à l’amiable. Cependant je vais examiner plus en détail ces objets pendant les peu de moments que je serai encore ici pour y donner une resolution definitive.

Beer, Joseph II. und Kaunitz. 7

Je compte partir d’ici le 27 pour Valenciennes, de là aller voir le fameux Canal de Picardie et puis prendre ma route par Saint-Quentin à Paris; Je compte m’établir à Versailles où je resterai 5 ou 6 jours pour aller ensuite à Montbelliard.

Comme j’ai trouvé ici dans la salle où s’assemble la chambre des Comptes un tableau assés interessant de Van Thulden, j’ai ordonné de le faire empaqueter pour être transporté à Vienne pour la Galerie où il pourra figurer dans un des appartements.

Adieu mon cher Prince, portés vous bien et ne doutés point des sentimens de considération et d’amitié avec lesquels je suis

(Signé:) Votre très affectioné JOSEPII.

P. S. Je vous envoyé aussi ci-joint la lettre d’IIeydar

Ally avec la traduction française, qui m’a été remise par le Sr- Bolts.

JOSEPH AN KAUNITZ

Bruxelles, le 27 Juillet 1781.

Mon cher Prince. Par le retour du Capitaine Bourguignon je vous envoyé les nouvelles de L’ambassadeur votre fils, qui paroissent assés interessantes. L’issue de la grande Entreprise Espagnole pourra décider de cette campagne. J’ai employé la Journée de hier et les derniers moments que j’etois ici, à discuter avec Mrs‘ Bolts et Proli les objets ultérieurs pour le commerce des Indes. Les deux Personnes, qui paroissoient si éloigné l’une de l’autre, s’étant trouvés mu-

tuellement des torts, et j'ose le dire des actions vraiment de mauvaise fois à se reprocher, viennent de s’accommoder et de s’arranger ensemble à l'amiable, quant au passé, uniquement pour que ces objets ne percent pas; quant à l’avenir il ne me paroit pas, qu’une grande compagnie seroit avantageuse ou meme faisable pour le moment, qu’il falloit éviter tout, ce qui pourroit donner grande apparence d’idées de suites à ces entreprises pour diminuer la jalousie avec laquelle elles sont regardées par toutes les puissances, par conséquent ce ne sera qu’en étendant un peu l’octroi de Bolts, et en permettant à ces Messieurs sans publication, comme à la compagnie de Fiume de faire des actions et de les vendre, et en se relâchant du coté de l’eraire pour un tems sur le payement des armes et du cuivre, ou autres objets avancés, et en s’assurant par contre, qu’à l’expiration de leur octroi la possession pleniere des etablissements qu'ils auront fait, tant à Nicobar qu’à Dellagoa restera à l’état. Vous voudrés donc mon Prince donner les ordres à Yeigl de Florence, que les arrêts juridiques de la part de la chambre et de l’eraire mises sur les effets et Marchandise du vaisseau, que Bolts à amener des Indes à Livourne, soient levés; au reste ils vont donner dans quelques jours une soumission ici au Prince de Starhemberg, qui vous sera envoyé pour délibérer et déterminer finalement tous ces objets. Vous recevrés aussi un Protocolle et deux Mémoires sur les objets principaux, qui se sont traités ici, il n’y que l’objet poulies forteresses ici, et celle pour nous de faire des Garnisons Hollandoises, qui soient déduits, tous les autres ne sont qu’ébauchés et exigent ultérieure explication. Je vous prie

donc de prendre l'objet des forteresses et des Hollandois en

mure reflexion, puisque le tems presse, et que de sa decision et de la continuation ou cessation des Garnisons Hollandoises dans toutes nos villes dépendent une infinité de petits arrangemens tant militaires quô civiles, tous très necessaires, mais en suspens j’usqu’à ce qu’on sache à quoi s’ en tenir à ce sujet.

Adieu mon Prince soyés bien persuadé de toute mon estime.

(Signé:) Votre bien affectioné JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Versailles, ce 31 Juillet 1781.

Mon cher Prince, Il ne pouvoit m’arriver de nouvelle qui me surprit d’avantage que celle que le Comte de Cobenzl nous a mandée du voyage du Grand Duc et de la Grande Ducfaesse de Russie à Vienne. Je vous suis infinement obligé de tous les details et des points de vue sous lesquels vous envisagés cet événement. Je vous joins— ici les differens ordres que j’ai crû devoir donner en conséquence à la Chancelerie de Boheme, au Conseil de guerre, a la chambre et au Comte de Rosenberg. Si vous n’y trouvés rien à observer, vous aurés soin de les faire passer aux departemens respectifs, ainsi que d’expédier deux couriers ensemble avec ma lettre au Comte de Cobenzl que je vous envoyé également sous cachet volant, afin qu’il puisse m’en renvoyer tout de suite un par la Gallicie. Par cet arrangement je compte avoir rempli en partie les avis très sages

que vous me donnés par votre lettre et qui sont conformes à la raison et aux circonstances.

Quant à Vienne je me propose à mon retour d’arranger moi-même le necessaire. A l’egard de l’Opera sérieux • d’Italie c est trop tard de se procurer quelque chose de bon et c’est d’ailleurs un spectacle si ennuyant que je ne crois pas pouvoir jamais en faire usage. Mais je verrai, s’il y auroit moyen ici, d’avoir quelque chose de passable en Ballets et qui en vaille les frais et la peine; enfin pour tous les autres objets je tacherai a mon retour de me concerter avec vous pour le mieux. Il n’y a que la maîtresse du Logis soit en propre ou de Louage qui me paroit de trop et pour recevoir une femme, il vaut cent fois mieux à mon avis de ne point lui presenter une Emule.

Au reste je vous envoyé ci-joint copie de la Réponse que le prince Eugene de Wurtemberg m’a faite. Je compte par conséquent l’aller voir à mon retour, quoique la petite Princesse se trouvoit selon le rapport de mon Courier très incommodée d’une fievre, pendant qu’il étoit à Etupes.

Je suis avec des sentimens inaltérables de considération et d’amitié, mon cher Prince

(Signé:) Votre très affectioné JOSEPH.

Von der Hand des Kaisers.

La lettre autographe, que vous avés bien voulue m’ecrire ni* a pénétré de reconaissance, j'y vois toute votre ame et vos sentimens developés le plus sincèrement à mon egard, je vous en suis infiniment obligé, mais bien des choses s’oposent encore jusqu’à present dans mon ame a ce projest.

La Princesse Elisabeth de France n’est certe pas faite pour les combatre elle est épaissie d’une façon dont vous ne vous pouvés pas faire une idée. Adieu.

JOSEPH AN KAUNITZ

Mo ntbe il lard le 7 Août 1784.

Mon cher Prince, j’ai reçu votre lettre du 29 Juillet que vous m'avés envoyée par le Courier. Vous verrés par les Lettres ci-jointes de T Impératrice et de Cobenzl, qu’un officier Russe m’a remises à Versailles, de quoi il s'agit du Voyage du grand duc et j’ai répondu par ce même officier à lTmperatrice et l’ai amené jusqu’à Montbeillard, pour que Leurs Altesses puissent savoir par Lui les plus fraîches nouvelles de Leurs parens. Je n’ai rien pu arranger pour avoir des ballets à Vienne, Noverre étant engagé en Angleterre et l’opéra allant se rouvrir au commencement d’Octobre, il n’y a pas moyen d’avoir quelque chose qui vaille, je dois entièrement abandonner ce projet, il faudroit donc se contenter du spectacle qui se trouve à Vienne.

Pour ici j’ai diné et passé ma journée avec la famille de Wurtemberg: le Pere est fort complimenteur et paroit un galant homme. La Mere est une femme de tête. Quant à la petite Princesse, Elle n’est ni belle, ni sera jamais jolie, mais une Phisionomie de douceur et d’esprit melée ensemble pourra La rendre assés interessante. Elle est très maigre, très pâle, vu qu’elle sort d’une maladie assés grave, savoir d’une Fievre continue, qui l’a tourmentée quelques jours; Elle a la bouche trop grande, et les chevuux un peu

trop blonds, Elle est fort grande pour son âge et comme elle était très faible de sa maladie, elle ne pouvoit pas dîner avec nous, et elle a du se retirer tout de suite.

Adieu portés vous bien, je compte vers le IG d' Août au soir d'être a Vienne, étant toujours

(Signé:) Votre bien affectioné JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Günzbourg, ce 11 Août 1781.

Mon cher Prince. Je vous renvoyé ce Courier en y joignant la copie de la Lettre qu'il m’a paru décent d’ écrire au Duc de Würtemberg avec sa réponse.

Quant à ce que vous voulés bien me marquer du Billet imprimé qu’on a affiché, je vous avoue, qu’aprés l’avoir examiné de toute façon j’ai l’esprit assés bouché pour n’y trouver ni sel ni malice; c’est vraiment une plattitude dont je ne conçois pas l’objet.

Comme vous m’aviés mandé le désir qu’a l’ électeur Palatin de me voir un moment en passant, je crois bien faire de prendre mon chemin par Munie et l’aller voir pour une demie journée à Nimplienbourg; étant le seul que j’aurai vu dans toute l’Empire, j' espère que cette destinction sera de quelque valeur.

Je ne compte pas beaucoup sur les avantages de l’ expédition espagnole, n’étant plus combinée avec la flotte françoise sortie depuis peu de Cadix, et uniquement conduite par Grillon que je connois personnellement. Elle est dirigée

sur Maliern et je ne sais pas comment il y aura moyen de s’emparer du fort Sr. Philippe, ainsi il faudra se borner à quelques Pirateries et dégâts à faire sur l’Isle.

Voici la Lettre du Cardinal Herzan au sujet de la demande que j’ai faite au Pape; il n’est plus question de se relâcher là dessus et il faut à présent soutenir la partie et emporter la pièce.

Je vous envoyé aussi quelques copies de Lettres écrites par le Nonce. On dit qu’il veut faire un voyage en Hongrie, cela ne peut etre qu'une lodrerie pour manger gratis cliés les evêques et Prélats, en même tems qu’il parsemeroit et echaufferoit de ses principes toutes les contrées qu’il porcoureroit. Vous voudrés donc, si le cas existe, lui faire connoitre de ma part que je croyois que dans ces circonstances sa présence pourroit etre necessaire à Vienne, et qu’il ne veuille point s’ en absenter.

Adieu, mon cher Prince, c’est toujours le 16 que je compte etre rendu à Vienne et avoir le plaisir de vous revoir, ainsi que de vous témoigner de bouche la parfaite considération avec la quelle je suis pour la vie . . .

(Signé:) Votre très affectioné

KAUNITZ AN JOSEPH

(Dicté par S. A.)

Le 12 août 1781.

On vient de me supposer que c’étoit l’intention de V . M. I., qu’on Lui envoyât encore un Courier aujourd’huy di-

manche. Je La crois actuellement à Munich, et je pense moyennant cela, que le garde porteur des paquets de ce jour pourra avoir T honneur de La rencontrer à Linz. Pour me conformer cependant plutôt plus que moins à Son intention, je crois ne point dévoir hésiter à le Lui envoyer, et comme par cet envoy j'en ai l’occasion, j’ai l'honneur de Lui faire passer la lettre de Msgr. le Grand-Duc de Toscane trèshumblement ci-jointe et les deux dernières lettres qui me sont parvenues de Petersbourg. Y. M. y verra dans la nouvelle insistance de l’Impératrice sur l’admission de Sa médiation particulière une disparate des plus marquées vis-àvis de la démarche, que, sans que personne l’en ait prié,

Elle vient de faire tout récemment, pour engager les Etats Généraux à accepter celle des deux cours impériales conjointement, mais qui ne m’étonne pas beaucoup cependant, parceque je commence à m’accoutumer à la politique inconséquente de cette cour-là. Bien pire encore. Elle verra dans l’invitation très singulière au moins, si elle n’est pas absurde, de l’accession de V. M. à la confédération maritime des puissances du Nord, à l’exemple du Roi de Prusse, de l’accession duquel on voudroit que V. M. partageât le ridicule, indépendamment de l’odiosité de l’imitation, et de toutes les réflexions, que peut mériter la très grande différence du cas rélativement au Roi de Prusse et même à l’Impératrice. Comme Y. M. I. doit être ici naturellement dans deux ou trois fois 24 heures au plustard, et que moyennant cela je serai à portée de recevoir Ses ordres à cet égard de vive voix, il seroit superflu de m’étendre davantage dans ce billet, et par conséquent n’ayant d’ailleurs rien d'important à Lui mander aujourd’ huy, je crois dé voir me borner à Lui

présenter les voeux que je fais pour son prompt et heureux retour et Lui baiser les mains avec la plus profonde soumission.

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